Pourquoi écrivez-vous, Isabelle Aeschlimann ?

Isabelle A

Isabelle Aeschlimann est née en 1979 et a grandi à Alle, dans le canton du Jura.

A 20 ans, elle achète son premier ordinateur portable et commence sa première nouvelle qui commence à devenir roman l’année suivante.

Un été de trop est publié à l’automne 2012 aux éditions suisses Plaisir de lire.

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Pourquoi écrivez-vous ?

Je me souviens d’une rédaction lorsque j’avais aux environs de douze ans. Nous avions dû inventer une histoire et j’en avais éprouvé un immense plaisir. Par la suite, au cours de ma scolarité j’ai été très frustrée de ne plus avoir la possibilité d’explorer cet univers.

Nous avions des dissertations, ce qui n’a rien à voir avec de la création, et je détestais ça. J’avais des notes catastrophiques. Nous n’avons jamais appris à raconter une histoire. Alors qu’en Amérique il y a les cours de « Creative writing ».

Pendant mon adolescence, j’écrivais souvent. Je tenais un journal. Cela m’aidait à gérer mes émotions. Les retranscrire en mots m’obligeait à les comprendre et à les analyser avec recul.

A 20 ans, j’ai voulu entrer dans la vie active et partir à l’étranger. Loin des salles de cours, je suis devenue une grand lectrice de romans. Jusqu’à ce que j’éprouve l’envie d’inventer moi-même une histoire. C’est à cette période-là que je me suis sérieusement mise à l’écriture.

 

Au cours de ma vie, j’ai tâtonné à la recherche de la forme d’art qui me correspondait le mieux. J’ai joué du piano pendant 15 ans, j’ai fait du théâtre, un peu de bd et découvert avec délectation l’univers de la peinture. J’aime retourner à l’un ou l’autre, mais l’écriture reste celui qui répond le plus à mon besoin de m’exprimer. Parce qu’avec l’écriture, tout est possible. C’est de la création à l’état brut. On n’a besoin d’aucun matériel si ce n’est d’une feuille et d’un crayon. On peut s’y adonner à tout moment et partout.

Quand j’écris, j’entre en méditation, je me plonge dans une quatrième dimension.

J’aime créer un univers, construire des personnages. J’ai le sentiment de jouer la comédie, de vivre plusieurs vies en même temps. Je me sens toute puissante, je peux faire de mon histoire ce que je veux, accéder à ce qui ne m’est pas possible dans la vie réelle, réaliser mes fantasmes ou exorciser mes mauvaises expériences.

En ce moment, je recommence un livre. Je suis au début et tout est à créer. Des idées me percutent à tous moments, des personnages viennent me hanter dans mon quotidien. Même la nuit, mon cerveau est soudain en pleine activité et je vois mes personnages naître, le décor se mettre en place. C’est un état second, une forme d’exaltation comme si le sang coulait plus vite dans mes veines, et j’adore ça.

AeschlimannEnsuite il faudra remanier le texte, traquer les répétitions, supprimer, raccourcir, chercher des synonymes, donner un rythme aux phrases, les déplacer, les casser, les reconstruire puis les casser à nouveau. J’aime cette réflexion, ce travail minutieux. C’est une activité qui prend beaucoup d’énergie, mais quand un texte prend forme, on ressent un sentiment d’accomplissement et de joie.

 

Etre lu c’est la cerise sur le gâteau. Notre activité solitaire devient un partage. J’écris pour moi, mais j’écris aussi pour être lue. Pour divertir un public, de la même manière que si je faisais un one-woman show. J’aimerais donner envie de lire. C’est ma seule ambition : que le lecteur soit pris dans mon histoire et se réjouisse de se plonger dans mon livre, malgré la fatigue, la vie de fou qu’on mène. Moi-même j’adore devenir complètement accro à un livre, avoir hâte de retrouver les personnages et la suite de leurs aventures.

Bien sûr des choses me dérangent, des sujets me touchent. Mais à ce stade de ma vie, je n’ai pas envie d’écrire sur ces sujets. Je veux juste me divertir et divertir mes lecteurs. Je veux me sentir bien pendant que j’écris, je ne veux pas me sentir révoltée ou triste car j’aborderais un sujet difficile.

 

Si je n’écris pas, il me manque quelque chose. Je suis nostalgique de ce jeu avec les mots. Aussi, j’ai l’impression que des textes s’accumulent dans ma tête sans que je puisse les évacuer. Je sais maintenant que j’en ai besoin. Et que si je veux être heureuse, bien dans mon couple et dans ma vie, je dois m’accorder du temps pour écrire.

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Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Je me sens mal placée pour donner des conseils alors que j’ai encore tant à apprendre. Mais je pourrais relever ceux qui me guident aujourd’hui.

Tout d’abord, si vous avez envie d’écrire, faites-le, que ce soit n’importe quoi. Ça permet de s’habituer à formuler des pensées. Et aussi à prendre un rythme d’écriture. Je pars du principe que c’est mieux d’écrire beaucoup trop et ensuite de supprimer. Dans un premier temps, il faut écrire sans trop analyser ce qui sort de nous, car c’est souvent médiocre et cela peut être très décourageant. Il faut se rendre compte que chaque phrase sera retravaillée minutieusement. Le 80% de ce qu’on écrit en premier jet n’aura plus rien à voir avec la version finale. Je pense donc qu’il faut dans un premier temps écrire le contenu avant de soigner la forme, au lieu de rester bloqué devant une page blanche parce qu’on a l’impression qu’on ne sait pas écrire.

Le conseil essentiel : il faut lire. Mais lire « activement », pour apprendre des auteurs confirmés. C’est à dire, lire d’un œil critique, en se demandant ce qui nous plaît ou pas dans tel ou tel style. En observant le choix des mots, la construction des phrases, des chapitres, les subtilités de la langue, les descriptions. De la même manière qu’un peintre débutant recopie des tableaux de maîtres avant de trouver son style.

Et je finirai par un extrait du testament littéraire d’Hemingway qui est affiché au dessus de mon bureau.

« Soyez amoureux

Crevez-vous à écrire

Fréquentez les écrivains du « Bâtiment »

Ne perdez pas votre temps

Ecoutez la musique

Regardez la peinture

Lisez sans cesse

Ne cherchez pas à vous expliquer

Ecoutez votre bon plaisir

Taisez-vous »

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Précédent rendez-vous : Pierre Stasse

Prochain rendez-vous : Pia Petersen 

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3 réflexions sur “Pourquoi écrivez-vous, Isabelle Aeschlimann ?

  1. Toujours aussi intéressant de lire ces rencontres avec des écrivains, ils sont tous différents mais certaines choses leur sont communes comme cette amour de lecture qui va de pair avec le besoin d’écrire. Merci pour ce partage.

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  2. Pingback: Pourquoi écrivent-ils ? | Sophielit

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