Prends garde à toi, Fanny Chiarello

Louise, fille unique, bénéficie d’égards maximum de la part de ses parents. Ils lui cèdent tout. Lorsqu’elle demande à faire un vide-grenier peu avant la rentrée pour se faire de l’argent de poche en vendant notamment sa robe de communion, ils acceptent. Et lorsque l’adolescente, férue de littérature et première de sa classe en français, décide qu’elle sera Carmen dans l’opéra qui constituera le grand projet de la 5ème B, ils s’organisent en conséquence.

Sauf que pour une fois, les choses résistent à Louise : car le jour de la rentrée, elle a vu débarquer dans sa classe Manon, cette fille qui a acheté sa robe de communion, et qui s’avère chanter tellement bien qu’elle est toute désignée pour obtenir le rôle-titre de l’opéra… Louise l’annonce : elle est en train de sombrer dans une grave dépression…

 

Par la voix de Louise, dont les meilleurs amis sont les dictionnaires, Fanny Chiarello nous entraîne dans un collège qui va se voir bouleversé par l’arrivée de cette Manon, immédiatement populaire, et le lancement du projet Carmen… Des caméras de télévision viendront même s’y poser. Louise a l’âge où la terre peut s’arrêter de tourner pour une déception amoureuse, amicale ou scolaire, et l’intelligence pour voir clair (la plupart du temps) dans le jeu des adultes ; cette intelligence qui, précisément, peut attirer les jalousies et exclure.

[à 11 ans, j’entrais moi aussi en 5ème B]

 

Fanny Chiarello signe un roman d’une grande justesse, rythmé et rafraîchissant, qui rappelle qu’il n’est jamais trop tôt pour apprécier les classiques-  et qu’ils aident aussi grandir.

Prends garde à toi donne d’ailleurs envie de (ré)écouter Bizet, de (re)lire Ionesco…

 

Medium de L’Ecole des loisirs (9-12 ans), février 2013, 196 pages, 9,50 euros

 

Citations choisies :

 

« Mes parents ne perçoivent pas la profondeur de ma détresse. Ils ne voient pas qu’en trois jours, ma vie a basculé. » (page 39)

 

« A la ville, nous serons Louis et Louise, mais à la scène il sera Escamillo et moi je serai Carmen. » (page 49)

 

« S’il lui pèse tant d’assumer ses responsabilités maternelles, il ne fallait pas faire d’enfant. Moi je n’ai pas demandé à naître, mais maintenant que je suis là, j’entends ne pas y être à moitié. Je veux être Carmen et je serai Carmen, même si maman doit prendre des somnifères et tous ses congés de l’année, le mercredi après-midi. » (page 56)

 

« J’ai toujours fait ce que préconisaient les adultes, ce qu’ils attendaient de moi, non par flagornerie mais parce que j’ai foi dans la sagesse qui vient avec l’âge. D’aucuns diraient que je suis une petite fille sage, et ils n’auraient pas tort, à condition que l’on entende l’adjectif dans sa bonne acception ; je ne suis pas docile, je suis raisonnable. » (page 61)

 

« Je ne comprendrai jamais pourquoi les adultes se forcent à faire des choses qui les ennuient ; ils finissent toujours par vous reprocher des sacrifices que vous ne leur avez pas demandés. » (page 114)

 

« Quand on est dans le même camp, la notion même de concurrence n’existe pas. » (page 124)

 

« A quoi ça sert d’arriver à se faire des amis, si on se moque de les perdre ? » (page 167)

 

« Pleurer est plus grave chez l’adulte que chez l’enfant, comme tomber : plus vous vieillissez, moins vous cicatrisez vite, plus les os tardent à se ressouder, et plus les larmes viennent de gouffres profonds et obscurs. » (page 181)

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2 réflexions sur “Prends garde à toi, Fanny Chiarello

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