Un écrivain, un vrai, Pia Petersen

un-ecrivain-un-vraiPersonnalité complexe, Gary Montaigu oscille entre la recherche d’absolu, sa vocation d’écrivain, son dévouement total à son art, et les volets mondain et lucratif de son activité, encouragé en cela par son épouse, Ruth, fascinant personnage qui est elle totalement dévouée au talent de Gary, qu’elle fait rentrer avec brio dans le moule du roman populaire, se vautrant dans un succès qu’elle considère comme collectif.

 

Pia Petersen n’a pas son pareil pour mettre en mots la frénésie newyorkaise, ce mouvement constant, ces silhouettes dont on happe un détail au passage, ces figures récurrentes qui deviennent personnages – la solitude, aussi, plus douloureuse encore au milieu de la foule anonyme.

 

Avec une bonne dose de cynisme, elle pointe les dérives de l’exposition médiatique, dans un monde où tout le monde apprécie les écrivains mais où presque plus personne ne les lit. Et, avec ce roman rythmé, elle nous délivre une sentence impitoyable : en autorisant les interventions (les intrusions !), l’artiste perd peu à peu sa personnalité et finit par ne plus s’appartenir à lui-même ; en s’autorisant le mélange des genres, il perd peu à peu son art.

 

A l’heure où tout est bon dans le cochon pour faire vendre du livre, un roman efficace qui interroge sur le sens de la littérature.

 

Actes Sud, janvier 2013, 216 pages, 20 euros

 

Morceaux choisis :

 

« La littérature pourrait être rentable si les écrivains devenaient des hommes d’affaires et pourquoi est-ce que la littérature ne serait pas rentable ? Une fiction se calcule, se monte pièce par pièce. C’est une question de dosage. » (page 42)

 

« Etre l’épouse d’un homme connu donne du magnétisme, de l’allure, un statut et toute son existence en dépend, sans cela elle ne serait rien et elle ne supporterait pas de n’être rien. » (page 45)

 

« Tiens donc. Il faisait désormais partie de l’élite intellectuelle et depuis il se compromettait dans une téléréalité et il ne savait même plus pourquoi il faisait ça. » (page 54)

 

« Persuadés d’être des créateurs, les écrivains se prennent décidément trop au sérieux, comme s’ils étaient destinés à écrire et c’est vraiment n’importe quoi, voilà ce qu’il pense. Les scénaristes aussi écrivent mais ils ne se prennent pas pour des dieux, pas comme ces écrivains obtus qui pensent que leur travail s’inscrit dans une logique historique. Miles songe un bref instant qu’il déteste plus que tout les écrivains. » (page 84)

 

« Il dit qu’écrire était une histoire de flamme, de guerre, de combat. Qu’écrire n’était pas seulement une litanie de plaisir mais une manière de communiquer avec le monde, de dire ou nommer l’univers, de voir les choses, d’analyser leurs liens, d’influer sur le monde et qu’il entendait le changer, le monde, parce qu’il le fallait bien, non, le changer ? […] Les écrivains écrivaient le monde, en l’écrivant ils le formaient, le créaient à nouveau, lui donnaient des contours et que ça soit dit, s’il n’y avait plus d’écrivains, comment alors écrire le monde ? » (pages 96-97)

 

« Elle lui explique que le principe fondateur de la téléréalité ne marche pas du tout puisque dans une vie ordinaire il ne se passe pas forcément des choses intéressantes, ou quand il se passe des choses, le rythme n’est pas assez intense, pas assez de rebondissements et c’est ce que donne le scénario, une suite de rebondissements en continu pour tenir le spectateur en haleine. » (page 145)

 

« C’est pour ça que les gens sont si fascinés par les téléréalités, parce qu’ils se régalent avec la vie des autres, leurs secrets, leurs douleurs, leurs joies, ils attendent le drame, un malheur, un accident, quelque chose à se mettre sous la dent, une émotion forte, pouvoir prendre position pou l’une contre l’autre, porter un jugement, s’y reconnaître, se dire mais c’est moi que je vois, oui, c’est moi devenu star. » (page 174)

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10 réflexions sur “Un écrivain, un vrai, Pia Petersen

  1. @George : aucun doute que ce roman est fait pour toi ! On en parlait justement avec Missbouquin récemment ! 🙂

    @Sophie : tu as choisi de très bons extraits ! Un vrai plaisir de replonger dans ce roman. Et rares sont ceux que j’ai envie de relire aussi rapidement !

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