A qui le tour ?, Murielle Renault

a qui le tourIl y a là un retraité que la maladie d’Alzheimer guette, un sans domicile fixe qui campe sous le pont d’Austerlitz, une employée de la préfecture entre deux âges, une trentenaire battue par son compagnon et une autre qui quitte le sien puisque celui-ci ne semble pas décider à l’aimer. Ils n’auraient jamais dû se rencontrer, mais voilà : à quelques heures d’intervalle, ils ont tous gagné au loto. Et pas une petite somme : chacun a empoché plusieurs millions.

 

La Française des jeux réunit ces cinq grands gagnants pour un stage au Ritz, forme d’initiation à leur nouvel état de riche. Chacun est venu accompagné. On fait connaissance et, le champagne aidant, les liens se créent. Quelques temps plus tard, Chantal, l’employée de la préfecture, décide d’organiser un week-end en Normandie avec la bande du Ritz.

 

Entre temps, chacun a commencé à s’accommoder avec plus ou moins de bonheur à son nouveau statut. C’est qu’on ne change pas de mode de vie du jour au lendemain sans dommages collatéraux. Cette réunion supposée amicale va exacerber les tensions sous-jacentes et faire basculer la situation…

 

« Chantal mise mille euros sur le huit. Plusieurs milliers sont déjà partis dans les caisses du casino, ce soir. Ça compense l’absence de Martine, Martine qui ne vient plus nulle part, qui l’a abandonnée. La bille s’arrête sur le huit. Tout le monde la félicite. Elle les remercie et s’éloigne de la table, écœurée. Elle est toujours plus riche, c’est sans espoir. » (page 229)

 

A un rythme saccadé, les séquences s’enchaînant aussi vite que les vies des protagonistes s’emballent dès lors qu’ils gagnent le jackpot, Murielle Renault entraîne son lecteur dans une comédie délicieuse qui cache, derrière son apparente légèreté, un cœur plus sombre, plus triste. Car la mort rôde, qui vient chercher son impôt sur les sommes touchées.

Autour du fantasme de l’argent tombé du ciel, la romancière dresse les portraits de personnages plus vrais que nature et très attachants.

A qui le tour ? est un roman doux-amer qui rappelle, s’il en est besoin, qu’il ne faut pas attendre d’avoir de l’argent pour commencer à vivre. Et qui invite à se poser la question : que ferait-on du quotidien si on n’avait pas besoin d’en gagner ?

 

Le Dilettante, 6 mars 2013, 254 pages, 19 euros

 

Citations choisies :

 

« Il ne reviendrait pas voir les gars quand il toucherait son pognon. C’étaient des compagnons de malheur, et le malheur, il comptait le laisser derrière lui. » (page 17)

 

« Elle a trop d’argent, elle doit s’en délester pour ne pas rôtir en enfer. » (page 221)

 

« Tout le monde devrait avoir un coup de chance, au moins une fois dans sa vie. » (page 239)

 

« Quand on n’a pas d’argent, on peut prétendre que c’est à cause de ça qu’on n’est pas heureux, mais une fois qu’on en a ? Plus d’excuses ! » (page 242)

 

« Ce n’est pas marrant d’être riche tout seul. » (page 243)

 

« On peut tout acheter, sauf l’essentiel. Vous voyez l’ironie de la situation ? » (page 243)

 

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3 réflexions sur “A qui le tour ?, Murielle Renault

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