Le début de la tyrannie, Tristane Banon

le-debut-de-la-tyrannie-tristane-banon-9782260020615Présentation de l’éditeur :

«Il faut faire vite, agir avant que la mort ne nettoie tout sur son passage. La mort, c’est le karcher des vivants. Alors il n’y a qu’un bref instant pour l’honnêteté, un vide entre maintenant et plus tard. C’est le seul moment de vérité entre une mère et sa fille, après commence la légende.»

 

La mère d’Alice est morte. Alice qui a tant souffert de l’intrusion de sa mère dans son quotidien, Alice dont la liste de reproches à sa mère est interminable se retrouve désemparée. Une maison avec un mur en moins. Et ces reproches, elle les exprime à chaud, avant que les bons souvenirs n’aient chassés au loin les mauvais, se remémorant en particulier les derniers temps de sa mère, ce voyage à Cuba qu’Alice avait organisé comme une ultime bulle d’air plutôt que comme une convalescence – le crabe dévore la mère.

 

Alice a trente ans et elle est incapable d’avancer, de construire. La faute au tyran. A-t-on les tyrans qu’on mérite ? Choisit-on d’être victime ? Alice n’est pas une jeune femme souffrant du syndrome de Stockholm, Alice est une fille comme on reste toutes des filles par rapport à nos mères, qu’elles aiment bien, mal, trop, pas assez, pas du tout.

 

Il y a quelques facilités dans les formules, un peu trop d’insistance parfois, mais surtout beaucoup de justesse dans les images dont Tristane Banon parsème sa prose. Son Alice est particulièrement réussie : peu importe que ce soit l’auteur ou non, c’est une génération à elle toute seule. C’est elle, c’est moi. Des Alice, il y en a tellement autour… La tyrannie est partout, de qui qu’elle vienne, et les reproches aux ascendants sont éternels.

 

Le début de la tyrannie, fluide et rythmé, se lit vite et bien. La capacité du lecteur à l’apprécier réside cependant dans son aptitude à faire abstraction des personnages publics que sont l’auteur et sa génitrice. Pour qui le peut, ce roman est une vraie bonne surprise. Je crois avoir réussi…

 

Julliard, février 2013, 192 pages, 18 euros

 

Citations choisies :

 

« C’est lorsqu’on apprend que la mort a eu lieu sans que le cerveau ne l’ait tout à fait admis qu’il est encore temps de tout se dire. C’est le seul moment de vérité entre une mère et sa fille, après commence la légende. » (page 16)

 

« Il n’y a que dans les livres que toutes les mamans du monde donnent leur vie et leur âme pour leurs enfants. Dans la vraie vie, les mères ont tous les droits : trop aimer ou mal aimer, être égoïstes ou généreuses, cerbères ou dévouées, ne pas aimer aussi. » (page 36)

 

« Après ça, on regarde sa petite maison et on se demande comment elle va tenir avec ce mur en moins. » (page 37)

 

« Rien ne lui a jamais semblé plus solitaire que la vie à deux. » (page 51)

 

« Alice donne trop, tout le temps, à tout le monde. Elle donne pour qu’on l’aime. » (page 57)

 

« Ce jour-là, Alice prend une photo de sa mère souriant face à la lagune, Maud ne l’a pas vue faire. Alice la garde pour plus tard, pour beaucoup plus tard, pour la légende, quand le temps aura effacé les mauvais souvenirs et qu’elle pourra regarder l’image, les rives du Cauto au loin et sa mère devant, quand elle pourra la regarder et se dire « C’était bien ». » (pages 69-70)

 

« On est vraiment malade quand on ne peut plus se projeter trois mois plus loin sans penser que ce n’est peut-être pas raisonnable. » (page 74)

 

« Alice n’a jamais vraiment su le montant de sa propre dette pour être née, elle sait juste qu’il serait plus facile de décrocher la lune que de satisfaire sa mère. » (page 80)

 

« Il faut savoir penser à soi pour ne pas mourir tous les jours. » (page 84)

 

« Elle voudrait tout ça, la souffrance en étendard, comme une fierté nationale, cette petite satisfaction d’avoir mal parce qu’on vit vraiment, et que les autres n’ont rien compris. » (page 87)

 

« On ne devrait jamais toucher aux souvenirs du passé, il faudrait pouvoir les mettre sous verre et se contenter de les contempler comme des objets rares. Faire la poussière dans ces endroits-là, c’est prendre trop de risques. » (page 156)

 

« Elle voudrait un visage qui porte la trace des blessures. Elle voudrait qu’on s’inquiète au premier regard, qu’on la couve, qu’on la protège. » (page 158)

 

« Elle sait que rien ne part avec la mort, que sa mère sera encore dans chacun de ses gestes. » (page 167)

 

« On se rattrape, dans la mort ? On va chercher ce que la vie nous refusait ? » (page 180)

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3 réflexions sur “Le début de la tyrannie, Tristane Banon

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