L’abandon du mâle en milieu hostile, Erwan Larher

abandon-male-milieu-hostilePrésentation de l’éditeur :

«Je te haïssais. Avec tes cheveux verts, sales, tu représentais tout ce que j’exécrais alors : le désordre, le mauvais goût, l’improductive et vaine révolte juvénile. Tu malmenais ta féminité dans des bardes trouées, des guenilles comme jetées au hasard sur ton corps. Si tu avais été ma sœur, papa t’aurait reniée.

J’aurais voulu te voir traînée par les cheveux hors des salles, sous les injures, et rejetée au loin, loin de mon monde ; j’aurais souhaité te voir lavée à grande eau dans la cour et tes nippes brûlées dans un grand autodafé ; j’aurais aimé… Mais rien. Rien que tolérance démocratique et muette réprobation. J’enrageais.»

La suite ? Explosive. Entre la fille fantasque, rebelle, et le jeune garçon trop sage se noue une histoire d’amour dans laquelle celui-ci se jette à corps perdu, émerveillé.

Dans la France en pleine mutation du début des années 80, où le fric, les paillettes et les faux-semblants remplacent peu à peu les idéaux, le narrateur découvrira – tragiquement – un tout autre visage de sa belle compagne…

 

C’est au lycée, en classe de terminale, que les protagonistes se rencontrent. Ils s’observent de loin avant d’être rapprochés par un devoir à faire à deux. La confrontation entre le narrateur, dévoué fiston, et la jolie punkette qu’il a conquis bien malgré lui est jubilatoire. Leurs différences se font sentir en toutes choses ; et s’ils vont petit à petit s’en accommoder, le plaisir du lecteur, lui, ne diminue nullement à mesure que leur relation évolue et se normalise.

 

Erwan Lahrer dit cet âge où l’on est marqué aux fers de l’éducation, cet âge où le modèle est pour beaucoup d’abord parental, cet âge où tout cependant peut être bouleversé, et, sans crier gare, il nous emporte dans un tourbillon dont on ne sortira pas indemne.

 

A un rythme trépidant, avec pléthore de phrases à relever (voir ci-après) qui jamais ne cèdent à la facilité, il dit aussi la manipulation, l’apprentissage de la liberté, la révolte discrète, l’engagement qui n’attend pas le nombre des années, qui n’est au contraire jamais aussi viscéral que lorsqu’on a la vie devant soi. Et l’amour, surtout l’amour, et l’impuissance face à l’amour-déflagration, si fort qu’il emporte tout sur son passage.

 

Son écriture est nerveuse, fiévreuse, tour à tour drôle, enlevée, passionnée, jamais tiède, toujours sur le fil, comme le mâle du bandeau. Son roman est une bombe à retardement, qui offre une rencontre avec deux personnages inoubliables.

C’est une romance en noir et sang menée tambour battant.

 

A l’arrière-plan, il y a la musique, la musique comme fenêtre sur autre chose, la musique comme guide, les concerts et le monde de ceux qui s’y retrouvent, anarchistes du dimanche ou de tous les jours de la semaine. Dans le lot, certains iront jusqu’au bout de leurs convictions.

 

L’abandon du mâle en milieu hostile est le coup de cœur que j’espérais.

 

Plon, janvier 2013, 240 pages, 19 euros

 

« Tu n’étais pas comme nous, ta place n’était pas parmi nous, ton éruption infectieuse sur le tissu sain de notre terminale me démangeait déjà. » (page 10)

 

« Les plus forts gagnent toujours, et plus le milieu est hostile, plus ils en sortent puissants. » (page 10)

 

« Le chausson est l’ennemi de l’aventure, et la vie ne peut être qu’aventureuse. » (page 58)

 

« Je t’aimais croissant. » (page 68)

 

« Pourquoi le quotidien tuerait-il l’amour puisque précisément l’amour ne se vit qu’au quotidien ? » (page 93)

 

« Quand la concentration d’artistes au mètre carré devenait trop importante, je ne pipais plus mot. Si l’un d’eux, par extraordinaire, s’intéressait à moi, la première question portait invariablement sur mon métier – on n’est pas plus original à Saint-Germain-des-Prés qu’ailleurs. Je répondais « juriste » et aussitôt, le cadavre d’une conversation mort-née se putréfiait entre nous dans un silence sépulcral. » (page 105)

 

« Ecrire. C’est comme vomir un soir de cuite : un acte irrépressible, désagréable, dont en même temps on espère un soulagement. Alors je me souviens que j’existe encore. » (page 122)

 

« L’Histoire désamorce très bien les vies explosives. » (page 126)

 

« On ne cherche que ce que l’on est préparé à trouver, dans tous les domaines. » (page 129)

 

« On ne se fait jamais seul, on se fait souvent contre. » (page 134)

 

« En écrivant, tu défends la civilisation du livre, l’écrit contre la parole et l’image, le durable contre le fugitif. » (page 159)

 

« Pendant toutes ces années, tu as été ma seule véritable interlocutrice. Je n’avais pas besoin de m’ouvrir aux autres, tu étais le monde pour moi. » (page 169)

 

« C’est une crécelle, le malheur. » (page 173)

 

« Donner la vie, est-ce vraiment faire le bien ? » (page 181)

 

« Chaque fois que je dors avec mes chaussures, je me réveille avec mal à la tête. » (page 195)

 

« On plaque parfois ses désirs sur l’exact opposé du véritable objet de son désir. » (page 206)

 

« Faut-il vraiment faire quelque chose de sa vie ? » (page 221)

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2 réflexions sur “L’abandon du mâle en milieu hostile, Erwan Larher

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