Troubles, Claudine Desmarteau

troublesPrésentation de l’éditeur :

«Trop de monde. Trop de fumée. Trop d’alcool. Trop de gens défoncés qui te marchent sur les pieds en titubant. Lassitude. Fatigue. Envie de tout lâcher, de me laisser porter par les ondulations des corps qui gesticulent autour de moi.»

De soirées au goût amer de bière, en fêtes au goût âpre de vodka, une bande de lycéens traîne la mélancolie de ses dix-sept ans.

Dans un monde qui vacille, Camille cherche son salut dans la force de son amitié pour Fred et dans sa passion pour le cinéma.

 

La vie de Camille se partage entre le lycée, où ce qui se passe entre les cours est évidemment bien plus important que ce qui se passe pendant, et son domicile, où ses parents se séparent mais, faute de moyens, décident de continuer à vivre sous le même toit. Camille passe son temps avec Fred, mais Fred est de plus en plus porté sur la fumette, il prend de plus en plus de risques, et cela ne plaît pas trop à Camille, qui n’aspire rien d’autre qu’au calme et à la discrétion.

Alors que l’amitié de Camille pour Fred prend des contours étranges, Camille met en parallèle la vraie vie et celle que raconte le cinéma, bien loin de sa classe de première, le cinéma qui est aussi son rêve d’avenir. Se faire des films.

Jusqu’au week-end où tout bascule… Et là, il faudra bien affronter la (terrible) réalité.

 

Troubles est un roman très rythmé, constitué majoritairement de dialogues qui font entrer d’emblée dans l’univers des protagonistes et les préoccupations de leur âge. Dans les beaux discours comme dans les non-dits, les failles, les angoisses et les doutes se font jour. Au récit du quotidien de Camille se mêlent ses ressentis sur les films que l’ado regarde – ces pages sont autant d’invitations à (re) découvrir ces grands moments du septième art – et auxquels Camille se raccroche.

Claudine Desmarteau réussit l’exploit de ne jamais indiquer au lecteur si Camille, qui narre l’histoire, est un adolescent ou une adolescente (exercice plus complexe qu’il n’y paraît, je m’en rends compte avec ces quelques lignes), rendant plus opaque et plus marquante encore cette plongée en eaux troubles.

 

A partir de 13 ans

Albin Michel Wiz, août 2012, 192 pages, 12 euros

 

Morceaux choisis :

 

« Faut choisir ce qu’on veut être dans la vie. Un cabri qui prend le risque de se faire dévorer par l’ours, ou un aigle qui zieute tellement bien tous les dangers d’en haut qu’il atterrit jamais. Il est condamné à voler tout seul. Tu crois que tu préfères être l’oiseau ? Réfléchis bien. » (page 8)

 

« Au mois de juin, on passera le bac de français et l’an prochain, l’examen qui mettra fin à nos vies de lycéens. Et après ? C’est maintenant qu’il faut commencer à y penser. On nous le répète assez. Et ça nous angoisse assez. » (page 29)

 

« En grandissant, on apprend à devenir faux cul. » (page 50)

 

« Le cerveau, c’est comme la forêt amazonienne. Moi j’ai pas envie de rester toute ma vie à me faire chier dans un petit pré carré. Je veux explorer des zones obscures. » (page 125)

 

« A vrai dire, je le sens moyen, ce week-end. C’est le côté colo, qui me chiffonne. Pour un peu, je leur ferais faux bond… Mais j’ai pas envie de me faire traiter d’autiste, une fois de plus. Pas envie non plus qu’ils passent deux jours à s’éclater sans moi, je l’avoue. Alors je fais semblant d’avoir hâte, tout en espérant une tempête, la veille du départ, qui couche des troncs d’arbres sur des centaines de kilomètres de voies ferres entre Saint-Lazare et Lisieux. » (page 148)

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Une réflexion sur “Troubles, Claudine Desmarteau

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