La faute à Mick Jagger, Cyril Montana

La faute à Mick JaggerPrésentation de l’éditeur :

L’enfance de Simon se déroule chez les hippies, dans les fermes communautaires. Ne se préoccupant de rien, ses parents dansent, boivent, fument, rient, et peut-être pensent-ils. Mais à quoi ? A l’âge adulte, Simon, personnage tragi-comique, ne réussit pas à choisir entre deux femmes qu’il aime, l’une, douce et aimante, l’autre, nerveuse et hystérique.

Bien que retraçant une trajectoire personnelle qui démarre dès l’enfance de Simon, « La faute à Mick Jagger » aborde avec une pointe d’humour et de détachement une thématique universelle : l’héritage familial.

 

La mère de Simon, séparée de son père, sombre peu à peu dans la folie. Le jeune garçon navigue comme il le peut dans les eaux familiales tourmentées, tiraillé entre les adultes qui décident pour lui – quand ils ne laissent pas la drogue ou les membres de la communauté du Lubéron décider pour tous.

 

A l’âge adulte, Simon, qui est finalement parvenu à grandir sans trop de dégâts, connaît un nouveau tiraillement : il hésite entre deux femmes, Lucile, douce et attentive, calme et raisonnable, et Angelica, enflammée et imprévisible, insatiable et insupportable. Mais une troisième bouscule son équilibre : sa mère l’appelle et lui demande de venir la voir à Niort où elle réside – sa mère qui souffre car la tête de Mick Jagger est entrée dans la sienne et la première est plus grosse que la seconde. Simon rapplique. Il sait bien que Mick Jagger n’est nullement responsable de la situation. Mais il va bien falloir que lui, Simon, y trouve une solution.

 

Le troisième roman de Cyril Montana est un incessant aller-retour entre l’enfance et l’âge adulte. Le grand Simon, à la première personne, raconte ses errances d’homme incapable de se défaire du fardeau familial qui le leste depuis toujours. Il porte un regard très tendre, à la troisième personne, sur le petit Simon qu’il a été, tendresse qui amortit la violence de ce que l’enfant traverse dans un monde où les soixante-huitards s’intéressent à leur présent plus qu’à l’avenir de leurs enfants.

 

La faute à Mick Jagger est une chronique familiale forte et touchante servie par une écriture tour à tour légère, presque gouailleuse, ou plus recherchée – le tout à un rythme saccadé qui fait qu’on ne la lâche pas.

Quant à la part autobiographique de ce roman… Il faudrait poser la question à Cyril, le petit garçon qui pose en couverture.

 

J’ai lu, octobre 2010 (et Le Dilettante, 2007), 160 pages, 4,80 euros

 

Extraits choisis :

 

« C’est fatigant d’être un hypersensible, tout nous touche très fort. » (page 9)

 

« La France profonde. Celle qui a déjà pensé avant d’avoir réfléchi, déjà frappé avant d’avoir parlé, qui sait avant d’avoir appris. La France des lieux communs. » (page 16)

 

« C’était une musique psychédélique, un peu hindoue, post-baba. Fascinant. Ça m’a donné envie de me défoncer pour penser autrement, aller plus loin, oublier un peu et vivre plus fort. » (page 26)

 

« J’ai un problème avec le monde extérieur. Dans le fond, je ne vois pas l’intérêt d’être soigneux, je trouve que c’est une perte de temps. On s’en fout du matériel, un objet, une fringue ça se jette, ça se remplace, c’est fait pour ça. » (page 79)

 

« Les gens auraient les mêmes rapports au feu rouge qu’aux lois. Certains freinent dès qu’ils voient la couleur orange et accordent respectueusement un mètre de distance aux piétons pour qu’ils puissent traverser, d’autres par contre mangent carrément les bandes blanches avec leurs roues avant, et démarrent dès que le feu opposé passe à l’orange, quitte à se tordre le cou pour gagner deux secondes qui seront par ailleurs perdues au feu suivant. » (page 103)

 

« Les autres enfants voyaient bien qu’il n’était pas comme eux, parce qu’un môme de cet âge porte, dans la façon qu’il a de s’habiller, les marques de sa solitude. Il peut garder les mêmes affaires plusieurs jours de suite, et ses vêtements tachés ne l’importunent pas plus que de ne pas se laver plusieurs jours, puisque personne n’est là pour le lui rappeler. » (pages 118-119)

 

« Fuir le malheur de peur qu’il ne nous trouve. » (page 126)

 

« C’était peut-être ça la solution, ne pas penser, ni se poser trop de questions. Se contenter d’être en vie. » (page 151)

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3 réflexions sur “La faute à Mick Jagger, Cyril Montana

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