J’attends, Capucine Ruat

J'attendsQuatrième de couverture :

« Il y a beaucoup d’enfants qui ne naissent jamais, et des adultes qu’on n’a pas mis au monde. La mort a fermé les yeux des disparus et ouvert ceux des survivants, tous deux sont à présent parfaitement lucides. J’aimerais l’être moins. J’aimerais te consoler de naître dans cette famille-là. J’aimerais t’inventer un monde qui n’existe pas. J’aimerais être moins seule avec mes questions. De mon histoire j’ignore parfois ce qu’il y a à comprendre, mais je sais qu’il faut m’en débarrasser avant même de connaître ton visage, ton odeur et ta peau, ton premier cri. Pour ne pas te déranger trop tôt, pour conjurer les absences, les silences et la déraison qui rongent nos vies. Ce sont des histoires anciennes qui nous engloutissent pourtant et qui t’engloutiront sinon. Je préfère que tu naisses sans mensonge. La seule vérité c’est que j’attends. »

 

Dans la salle d’attente du cabinet médical où la narratrice patiente en attendant qu’on lui confirme la grossesse qu’elle imagine, elle fait le point sur ce qui l’a menée jusqu’en ces lieux. Son bagage familial, et le lourd poids de l’hérédité. Son rapport à ce corps qui est sur le point de changer, qui n’a été que source de déceptions jusqu’alors. Le passé résonne en écho à ce que lui renvoie son présent.

Peut-on aimer sa descendance future quand on a surtout reçu du désamour en héritage ? En quoi consiste au juste la transmission ?

Dans ce très court roman, porté par une voix qui sort d’un seul souffle, Capucine Ruat interroge sur la verticalité et l’enracinement, sur le transgénérationnel et sur ce qu’on lègue malgré soi, sur la difficulté à habiter son corps et sur ce qui fait qu’on est femme. Fort et douloureux, intime et insaisissable, intemporel et universel.

 

Le Livre de Poche, 2012 (et Stock, 2011), 124 pages, 5,10 €

 

Morceaux choisis :

 

« J’ai besoin de parler aux enfants de la plage, à la maîtresse, aux voisins, aux inconnus. Ne me protégeant de rien, je dis tout, sur moi et notre famille. Rien ne vagit alors. » (page 16)

 

« Autour de moi, les enfants arrivent sans peine, mais chez nous on meurt et personne ne naît. Ceux qui sont nés semblent empêchés de vivre. » (page 20)

 

« Bientôt tu nous fabriqueras des raisons de croire en la magie de Noël. » (page 31)

 

« Nous ne sommes jamais assez bien pour les autres ; nous le savons sans le comprendre. Nous espérons toujours ; nous devrions pourtant admettre qu’il n’y a rien à espérer. » (page 33)

 

« J’ouvre un livre, c’est ma seule façon de me défendre, de trouver ma place. » (page 36)

 

« J’ai toujours eu peur des enfants. J’ai toujours eu peur de leurs mots. J’ai toujours pensé qu’ils ne m’aimaient pas, et qu’ils pouvaient le dire tout fort. C’est pour ça que je ne les regarde jamais dans les yeux. » (page 37)

 

« A quoi sert un cœur qu’on n’use pas ? » (page 46)

 

« Est-ce que les garçons manqués font des enfants ? » (page 52)

 

« Il me semble qu’en naissant tu effaceras quelque chose de ma laideur, cette laideur qui me hante depuis toujours. » (page 61)

 

« La laideur a ceci de supérieur à la beauté qu’elle demeure. Le destin d’Alice Sapritch. » (page 62)

 

« On n’emporte pas la peine des autres, on la prend sur soi, avec soi. » (page 70)

 

« Que vais-je faire de toi ? Aurai-je la force de te porter ? Aurai-je la force de tout te dire ? Ne suis-je pas dangereuse ? » (page 74)

 

« Un enfant ne guérit de rien. Il ne guérit pas la solitude. Il ne guérit pas l’enfance. Il ne reprise pas l’amour. » (page 86)

 

« Est-ce que je vais rater ma vie avec toi ou sans toi ? » (page 87)

 

« Pleurer sa mère c’est pleurer son enfance. » (page 89)

 

« Les morts parlent parfois au-delà de la tombe. » (page 92)

 

« Là où naissent les cris, il n’y a personne, un vaste silence. Les réponses ne sont jamais les bonnes. J’ai épuisé mes questions aujourd’hui, j’ai cessé de déranger les fantômes. Le temps des anges est peut-être venu. » (page 95)

 

« Les enfants ne naissent pas toujours, ou mal. » (page 100)

 

« Il semble si long et impossible ce chemin qui pour d’autres est simple et lumineux. Il a le goût d’une douleur qui se tait. » (page 105)

 

« Y a-t-il dans chaque famille un récipiendaire des secrets et des aveux, des oublis et des remords ? Ne peut-on glisser dans un puits ses secrets sans peur qu’ils remontent un jour ? » (pages 116-117)

Pourquoi écrivez-vous, Karine Tuil ?

tuilKarine Tuil est née en 1972. Elle est l’auteur de neuf romans dont Pour le pire, Tout sur mon frère, Quand j’étais drôle (prix TPS Star du meilleur roman adaptable au cinéma), Six mois, six jours. Le dernier en date, L’invention de nos vies, vient de paraître aux éditions Grasset.

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Pourquoi écrivez-vous ?

Je ne sais pas si je peux répondre explicitement à cette question, mais je peux néanmoins apporter quelques éléments de réponse. J’ai toujours aimé lire et écrire. Très tôt, ma mère m’a donné à lire des textes forts – pas toujours adaptés à mon âge, d’ailleurs –, dans une liberté totale, m’incitant à échanger avec elle après lecture, sans tabou.

La littérature a donc été pour moi le lieu où la liberté pouvait s’exprimer pleinement ; l’espace où la transgression pouvait être autorisée, voire sublimée. J’ai commencé à écrire de courts textes, vers huit ans, des poèmes, à l’adolescence, et un premier roman – qui n’a pas été publié – à Tuildix-neuf ans. J’avais le désir très fort d’être écrivain. Par goût de la solitude et par amour des mots. J’aime la langue, le pouvoir des mots. Enfant, je m’endormais en lisant le dictionnaire. Je ne me souviens pas d’une seule journée passée sans lire ou écrire. J’ai écrit un autre roman (non publié) à vingt-et-un ans et un troisième, vers vingt-quatre ans – en menant de front mes études de droit (je suis titulaire d’un DEA de droit de la communication d’Assas ; j’avais commencé une thèse que je n’ai jamais soutenue). C’est ce troisième et court texte sur la lente déréliction d’un couple qui sera finalement publié – « Pour le pire » – après avoir été remarqué par Jean-Marie Rouart, alors directeur du Figaro Littéraire à l’occasion d’un concours sur manuscrits organisé par la fondation Simone et Cino del Duca.

Aujourd’hui, si j’essayais d’analyser les raisons qui me poussent chaque jour à écrire, je dirais que j’aime le travail sur les mots, la solitude, que j’ai le goût des choses cachées. J’écris aussi comme un observateur social. L’écrivain est celui qui va décrire sa Tuil_société à un moment donné. Ecrire, c’est questionner, tenter de trouver sa place dans le monde. Comme Cioran, je pense qu’un livre doit « être dangereux » et, comme Kafka, qu’il doit être « la hache qui brise la mer gelée en nous. » L’écriture est un rapport de force.

 

 

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Tuil__Je lui conseillerais d’écrire chaque jour, de lire beaucoup (pas moins de trois heures par jour) et pas seulement des romans mais aussi de la philosophie, la presse, des ouvrages techniques – d’être curieux, de rester en éveil. Je lui conseillerais aussi, dans un premier temps, d’écrire sur un sujet qu’il connaît bien, un sujet qui le mette mal à l’aise. Il faut écrire contre, dans un état d’hostilité. Cela produit les meilleures œuvres.

 

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Précédent rendez-vous :  Sandrine Roudeix

Prochain rendez-vous : Valentine Goby

 

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L’invention de nos vies, Karine Tuil

Présentation de l’éditeur :

invention GFSam Tahar semble tout avoir : la puissance et la gloire au barreau de New York, la fortune et la célébrité médiatique, un « beau mariage »… Mais sa réussite repose sur une imposture. Pour se fabriquer une autre identité en Amérique, il a emprunté les origines juives de son meilleur ami Samuel, écrivain raté qui sombre lentement dans une banlieue française sous tension. Vingt ans plus tôt, la sublime Nina était restée par pitié aux côtés du plus faible. Mais si c’était à refaire ?

À mi-vie, ces trois comètes se rencontrent à nouveau, et c’est la déflagration…

« Avec le mensonge on peut aller très loin, mais on ne peut jamais en revenir » dit un proverbe qu’illustre ce roman d’une puissance et d’une habileté hors du commun, où la petite histoire d’un triangle amoureux percute avec violence la grande Histoire de notre début de siècle.

 

L’usurpation d’identité est en soi un point de départ hautement romanesque. Ce qu’en fait Karine Tuil dépasse toutes les attentes. « L’art de la réussite consiste à savoir s’entourer des meilleurs », disait JFK. Sam Tahar l’a compris très tôt. La façon dont il s’élève socialement est fascinante. Mais plus l’on monte haut, plus la chute, le cas échéant, est vertigineuse.

 

« Ce roman va bien au-delà de la question identitaire : il embrasse le monde, l’interroge, l’explique, le décortique. », écrit Mohammed Aissaoui.

C’est que Karine Tuil ne fait aucune concessions sur la société moderne, le culte des apparences, les enjeux de pouvoir dans les médias, les entreprises, le couple, les effets pervers du communautarisme/d’un communautarisme poussé à l’extrême (ceux qui disent clichés, sur la religion en particulier, sous-entendraient-ils que la vie n’en est pas truffée ?). Elle malmène ses personnages, les fait se prendre l’existence de plein fouet.

 

Dès les premières pages, L’invention de nos vies se révèle addictif. Le rythme haletant et la densité de la narration sont intensifiés par une écriture nerveuse et chargée, parce que Karine Tuil ne choisit pas – elle additionne les termes, les expressions, les morceaux de phrases, et cela finalement ajoute à la nuance, à la précision. Chaque personnage croisé ou presque a droit à sa note de bas de page, commentaire partial, fragment de vie, instantané dans le ton de l’époque du roman, dans l’esprit des flashs dont est émaillé le film allemand mythique Cours, Lola cours (1998).

 

Avec beaucoup de talent, Karine Tuil analyse enfin ce qu’on attend des autres, ce qu’on projette sur eux, et ce que l’écriture fait de la vie/ce que la vie fait de l’écriture. C’est captivant de justesse.

 

Comptant parmi les titres les plus attendus de cette rentrée littéraire, L’invention de nos vies est une formidable fresque contemporaine, un portrait sans complaisance de cette ère de l’immédiateté et de la performance dans laquelle nous évoluons, et où l’image bien souvent prime sur le sens – et un bonheur de lecture.

 

Grasset, 21 août 2013, 496 pages, 20,90 euros

 

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Pourquoi écrivez-vous, Karine Tuil ?

 

Morceaux choisis :

 

invention poche« … Aujourd’hui quelles ambitions ? 1/ Obtenir une augmentation de salaire de cent euros. 2/ Avoir un enfant avant qu’il ne soit trop tard – et quel avenir ? 3/ Emménager dans un F3 avec vue sur le terrain de football/les poubelles/une zone lacustre envasée où s’ébroueraient/agoniseraient deux cygnes éburnées – les territoires perdus de la République. 4/ Rembourser leurs dettes – mais comment ? Visibilité à court terme : commission de surendettement. Objectifs : à définir. 5/ Partir en vacances, une semaine en Tunisie peut-être, à Djerba, dans un club de vacances, formule all inclusive, on peut rêver. » (page 19)

 

« Le sexe était sa forme de consolation, de réparation, sa réplique à la brutalité sociale – la plus pure, il n’en avait jamais trouvé de meilleure. » (page 27)

 

« (sa façon de tout ramener à la performance comme si la sexualité était la seule arène où il pouvait exprimer pleinement ses capacités, se mesurer aux autres et les dominer…) » (page 34)

 

« C’était la fille d’un homme qui avait construit un parc d’attraction sur son cimetière intérieur. » (page 47)

 

« Avec un tel corps, on devrait fournir le mode d’emploi. Tant de beauté, ça encage. » (page 61)

 

« Auprès d’une femme aussi belle, tu es un convoyeur fébrile au volant d’un camion blindé. Concentre-toi : tu transportes le contenu de la Banque de France ; tous les braqueurs sont là, qui t’attendent, prêts à te faire sauter la tête d’un coup de chevrotine pour s’enfuir avec le butin. Ce que tu possèdes, ils le veulent aussi et avec plus d’intensité, plus de force que toi, car ils ne l’ont encore jamais eu entre les mains, ils ne savent pas ce que c’est que d’être riche d’une femme aussi belle. » (page 63)

 

« Le désir, vois-tu, est très supérieur à la peur, il la réduit, l’atrophie presque totalement. » (page 70)

 

« Nina appartient à cette catégorie de filles passives, réservées, qui trouvent dans le retrait une forme d’amplificateur du désir ; s’il la veut, qu’il vienne la chercher, qu’il vienne la prendre. » (page 115)

 

« Notre monde est celui de l’évaluation. L’échec est terrible mais le succès est ignoble. » (Eric Rochant, cité page 118)

 

« L’épreuve de les voir ensemble, amoureux, souriants, l’épreuve de s’asseoir en face d’eux, de les voir se caresser, s’enlacer. […] L’épreuve de penser au chaos qu’est devenue sa vie intime quand leur bonheur s’exhibe devant lui comme une pute qu’il n’a pas les moyens de s’offrir. » (page 129)

 

« – Tu n’es jamais satisfait ? – Je suis exigeant, ce n’est pas pareil. » (page 131)

 

« Nina voit son reflet dans la vitre du RER, elle ne se reconnaît pas et pense : voilà ce qu’il a fait de moi. Ce que le mécanisme sacrificiel a produit. Est-ce que c’est la peur de vieillir qui la tourmente à ce point ? Non, c’est la défection. Pendant toutes ces années, elle attendait quelqu’un, quelque chose, mais personne n’est venu la sauver et rien ne s’est produit. Une fille pareille aurait dû vivre mille vies. Elle énonce mentalement ses dons, ses aptitudes, ce que la nature lui a donné, ce qu’elle a acquis par l’éducation, le travail, la persévérance, la séduction, et elle dresse son constat : Voilà, j’ai raté ma chance. » (pages 137-138)

 

« Ce jour-là, j’ai compris ce qu’impliquait réellement mon mensonge : la certitude que je ne partagerais jamais rien avec personne. » (page 179)

 

« L’attachement, cette maladie mentale. » (page 193)

 

« L’écriture – cet espace où l’on ne se réalise jamais vraiment, où le doute écrase tout. » (page 211)

 

« Dans toute liaison amoureuse, vient le moment où il faut trouver le moyen de capturer l’amour, de le figer dans un cadre sûr – un appartement, une légalisation. C’est une option qui mène irrémédiablement à l’échec, ils le savent, tout le monde le sait ; pourtant, ça ne dissuade personne. Au bout d’un certain temps, plus ou moins long, les amants veulent vivre ensemble alors que c’est précisément parce qu’ils ne vivent pas ensemble qu’ils s’aiment. » (page 217)

 

« La qualité du tissu que l’on porte sur soi, dans lequel on s’enveloppe, est un signe de valeur sociale. » (page 262)

 

« L’état d’inconscience qui précède l’écriture. L’écrit qui ne résout rien et aggrave tout. » (page 272)

 

« Tout, dans la vie, n’est qu’une question de détermination et de désir. Tout n’est qu’une question d’opportunités, de rencontres et de chances à saisir. » (page 277)

 

« La vérité, c’est que les Arabes réagissent encore comme si on cherchait à les dominer, à les coloniser, et les juifs, comme s’ils risquaient toujours d’être exterminés. » (page 278)

 

« C’est une question que l’on pose souvent aux écrivains : Combien de temps mettez-vous pour écrire un livre ? – comme si l’écriture avait un lien quelconque avec l’architecture, la construction, le bâtiment, on pourrait prévoir des délais de fabrication, une date de livraison, chacun récupérerait son dû, on serait quittes. » (page 294)

 

« Bien qu’il n’y ait pas de règles, l’écriture supporte mal les contraintes. Il y a quelque chose d’asocial dans l’acte d’écrire : on écrit contre. » (page 294)

 

« Ecrire, c’est accepter de déplaire. Le souci de perfection, l’obsession du « bien faire », du « bien écrire », ça l’angoisse. La littérature est désordre. Le monde est désordre – comment rendre compte autrement de sa brutalité ? Les mots ne devraient pas être à la bonne place. La littérature est là, précisément, dans cette zone d’insécurité. » (page 295)

 

« Personne ne peut réussir en littérature. Ecrire, c’est se confronter quotidiennement à l’échec. » (page 297)

 

« C’était dans ce monde-là et pas ailleurs qu’il voulait vivre désormais, un monde où la place d’une virgule importait plus que la place sociale. » (page 323)

 

« Léa Brenner était devenue écrivain pour « décevoir » son père. » (page 330)

 

« Personne n’est formé pour supporter la notoriété. Il n’est pas naturel d’être connu/aimé par des milliers de gens. » (page 347)

 

« Ecrire, c’était trahir. Il avait toujours considéré que la littérature n’avait pas vocation à être légitime, utilitaire, morale, qu’elle crevait d’être pure, propre, sans tache. » (page 451)

 

« Un écrivain ne laisse rien perdre. » (Francis Scott Fitzgerald, cité page 453)

 

« D’une manière générale, je pense que personne n’est désolé pour autrui, je veux dire, on ressent éventuellement un peu de compassion face à la souffrance des autres mais ça n’altère jamais son propre bonheur… » (page 464)

 

« L’écriture n’est qu’une façon comme une autre de conquérir et de conserver une place sociale. » (page 468)

 

« Personne ne veut entendre le cri de la détresse sociale. » (page 472)

 

« Que fait-on des honneurs ? Est-ce qu’on a une chance supplémentaire d’être aimé ? Un accès à l’immortalité ? Devient-on invincible ? Super-héros ? Est-ce une assurance contre l’échec amoureux ? Contre la mélancolie et la haine de soi ? La vieillesse et la maladie ? Est-ce qu’on dort mieux après avoir été célébré ? Devient-on un meilleur écrivain ? Un meilleur amant ? Augmente-t-on ses chances d’être pris au téléphone ? D’avoir un rendez-vous chez le médecin ? Obtient-on une meilleure table au restaurant ? Et si on a le vertige ? » (page 487)

 

« Des sommets, on ne peut plus que redescendre. » (page 487)

 

« Ecrire, c’est avoir les mains sales. » (page 489)

Parce que tu me plais, Fabien Prade

parce que tu me plaisPrésentation de l’éditeur :

Quand un vingtenaire désœuvré, sans principes, sans attaches et sans scrupules tombe amoureux d’une grande et belle fille des beaux quartiers… Un premier roman aussi vif que drôle.

 

Théo n’est pas du genre à se faire du souci dans la vie. Avoir de l’herbe de bonne qualité, des plans d’incruste réguliers et des copains disponibles pour regarder les filles depuis une terrasse ensoleillée suffisent à son bonheur. Il a une vingtaine d’années, sillonne Paris sur son scooter, ne fait presque rien, et ne souhaite qu’une chose : que cela dure.

Et voilà qu’un jour, alors que Théo s’empoigne avec une clocharde qui lui demande de l’argent, une jeune fille élégante le reprend sur son comportement. Théo n’en revient pas : d’une part de sa beauté, d’autre part de son culot. La belle Diane, riche, bien élevée, pleine de principes, vient de débouler dans sa vie.

 

 

Nous ne sommes pas ici en présence de grande littérature ; nous ne sommes pas ici en présence d’un roman qui va révolutionner le monde. Mais quelle fraîcheur ! Quelle gourmandise ! Quelle justesse – ou alors, quelle absence totalement de détachement, ce qui concourt au même effet – dans le ton et dans la vision du quotidien !

 

Théo est un pur produit de la génération Y. Son but dans la vie, c’est de kiffer un maximum et de réduire les contraintes au minimum. L’existence n’est qu’une succession de choix, et les siens sont guidés par la jouissance à court terme. Inconséquence ? Puérilité ? En tout cas, le narrateur sait pourquoi il fait les choses et son business model, en marge de la légalité il est vrai, tient la route. Tout va d’ailleurs trop bien : il fallait qu’un élément vienne rompre le bel équilibre, et cet élément, c’est une fille…

 

Parce que tu me plais est un roman extrêmement court, écrit dans un langage direct, parfois cru, à la frontière de l’oralité. Ce Théo en devient instantanément proche et familier. C’est un cousin, un voisin, un copain.

Parce que tu me plais est un roman générationnel, à ne sans doute pas mettre entre les mains des plus de 35 ans, mais à répandre en masse entre les mains des autres qui se délecteront de s’y retrouver aussi bien.

 

On n’est jamais aussi intéressé que par ce qui parle de soi, pas vrai ? Pour ma part, j’ai dévoré ce petit livre, premier roman de Fabien Prade, sans aucune culpabilité. Vivre plutôt que construire si c’est incompatible…

Life is a game, isn’t it ? Je n’ai jamais autant joué.

 

NiL Editions, 22 août 2013, 128 pages, 14 €

 

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Trois passages :

 

« La ganja a toujours eu une importance considérable dans mon existence. Depuis mes 15 ans, j’ai eu quasiment en permanence un joint dans la bouche, et cela a pas mal modifié mon approche de la vie d’adulte.

En gros, à force de plus ou moins tirer mon épingle du jeu sans rien foutre, je comprenais de moins en moins ceux qui s’obstinaient à rester dans le circuit, alors qu’ils y échouaient.

Si ce n’était pas pour prendre de la grosse oseille et le confort qu’elle procure, à quoi bon ? A quoi bon se faire chier dans un boulot de merde, à bosser juste assez pour ne pas se faire engueuler, à attendre le week-end et les cinq semaines de congés comme un con ? Et quelle est la suite ? Rentrer chez soi le soir, retrouver son tromblon qui fait la gueule pour regarder Les Experts en VF ? » (page 20)

 

« Les gens riches, souvent, ont ça en eux. Ils peuvent s’habiller ou se coiffer n’importe comment, ils auront toujours l’air riches. C’est une énergie. » (page 71)

 

« La pression, tu te la mets tout seul. En passant ta vie à essayer de faire kiffer tout le monde, ta meuf, ton patron, tes parents. Il faut qu’ils soient tous contents, rassurés, c’est ça le but ? Mais c’est relou ! » (page 83)

 

 

Pourquoi blogguez-vous, Stephie [Mille et une pages] ?

Stephie

Stephie a 37 ans et vit en région parisienne.

Depuis le 28 décembre 2008, elle tient le blog Mille et une pages, sur lequel elle donne « ses  avis de lecture, en toute simplicité. »

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http://milleetunepages.canalblog.com/

 

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Pourquoi blogguez-vous ?

A la base, je n’y avais pas réfléchi. J’ai commencé à lire le blog de Leiloona, à y piocher des idées de lecture et à revenir mettre un petit commentaire pour lui dire si j’avais aimé ou non.  

Puis je me suis aperçue d’une part que je n’avais aucun endroit pour parler des livres que j’avais découverts moi-même mais également qu’il m’arrivait d’oublier avoir lu un roman, le racheter pour constater de ma bévue après quelques pages. Et comme la Steph1mode du carnet de lectures est un peu dépassée, je me suis lancée.

Maintenant, c’est devenu un petit rituel d’écrire mes impressions de lecture. Je le fais avec plus ou moins de bonne volonté néanmoins… à certaines périodes, je m’aperçois que j’en ai moins envie. Alors j’apprends à m’écouter et je diffère la rédaction du billet.
J’ai commencé à bloguer par goût et par envie de partager coups de cœur et déceptions. J’ai découvert plein d’autres blogs de personnes ayant le même goût que moi pour la lecture. Un réel bonheur puisque peu de gens autour de moi lisaient régulièrement. J’ai fait la connaissance de pas mal d’entre elles et certaines sont devenues des amies, des confidentes. Tenir un blog m’a beaucoup apporté.
Mille et une pages banniere
J’ai été prise moi aussi au jeu des services de presse. Nombre d’éditeurs envoient des romans aux blogueurs en échange d’un avis sur leur blog. C’est grisant de recevoir des romans, de se dire qu’on nous fait confiance, qu’on en reçoit certains parfois avant même leur sortie en librairie. J’ai encore bien du mal à refuser une proposition – j’aime trop les livres pour ça – mais je pense être honnête quant à l’avis que je donne sur ce que je lis. Et surtout, je ne prends pas la grosse tête parce que ma boîte auxSteph2 lettres est souvent comble… C’est une mode, juste une « mode ». On nous envoie des livres, ça coûte peu et on peut offrir une certaine visibilité à des titres. Les éditeurs continuent de clamer que nous ne sommes pas prescripteurs d’achat, soit. Je me demande donc un peu la raison pour laquelle certains titres inondent la blogosphère… Cette digression pour dire que je suis ravie de recevoir des livres et que je ne me pose pas d’autres questions. Le jour où cela s’arrêtera, je continuerai à lire comme je l’ai toujours fait : bibliothèques, prêts d’amis, librairies.
Bloguerai-je toujours ? Grande question… En tout cas, si je veux continuer, je vais devoir me renouveler un peu, sous peine de finir par m’ennuyer.

 

 

 

Mille et une pagesQuel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant bloggeur ?

Au final, je n’ai qu’un conseil : bloguer pour le plaisir et ne pas se prendre au sérieux. Ne pas ouvrir un blog pour recevoir des services de presse, en se disant qu’on va lire à l’œil. Je pense que c’est le meilleur moyen pour perdre le plaisir de lire et d’échanger. Et que cette pratique contribue à scier la branche sur laquelle nous sommes assis.
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Précédent rendez-vous : Géraldine [Les coups de cœur de Géraldine] 

Prochain rendez-vous : la pause estivale, au cours de laquelle sept bloggeurs littéraire ont avoué pourquoi ils blogguaient, se termine. Dès mercredi prochain, la rubrique « Pourquoi écrivez-vous ? » reprend du service !

Le petit livre des gros câlins, Kathleen Keating

Livre calinsOn sous-estime le pouvoir des câlins. « Manifestation d’amour, d’affection, de compassion et de joie, les câlins ne sont pas seulement délicieux, ils sont nécessaires. Les scientifiques du monde entier ont prouvé que les câlins sont aussi indispensables à notre bien-être physique qu’à notre équilibre affectif. » (page 13). Les câlins participent notamment à la croissance des bébés. Ils aident aussi à rester mince : « Nous avons moins besoin de manger quand nous sommes gavés de câlins. » (page 15)

La prescription de l’auteur est précise :

« Pour survivre : 4 câlins

Pour se maintenir en forme : 8 câlins

Pour se sentir vraiment heureux : 12 câlins » (page 27)

Ceci par jour et par personne – minimum, il n’y a évidemment pas de maximum.

 

Dans ce petit livre-friandise, Kathleen Keating, conseillère en santé mentale, rappelle les bienfaits des câlins, en expose les différents types et apporte son éclairage le langage des câlins ; « Les câlins, mieux que l’esperanto, parlent une langue universelle… » (page 62) « Un gros câlin vaut mieux qu’un long discours. » (page 64)

 

calinsIllustré de gros ours signés Mimi Noland – les ursidés seraient les inventeurs des câlins -, ce Petit livre des gros câlins est à offrir à ceux qui doutent de leurs vertus. « Vivre, c’est se câliner l’un l’autre, en regardant ensemble dans la même direction. » (page 82)

Faites des câlins, pas la guerre !

(Inutile de préciser ce qu’on a envie de faire aussitôt la lecture achevée.)

 

Points, 1994, 96 pages, 4,50 €

 

Merci à Séverine !

Max, Sarah Cohen-Scali

MaxPrésentation de l’éditeur :

« 19 avril 1936. Bientôt minuit. Je vais naître dans une minute exactement. Je vais voir le jour le 20 avril. Date anniversaire de notre Führer. Je serai ainsi béni des dieux germaniques et l’on verra en moi le premier-né de la race suprême. La race aryenne. Celle qui désormais règnera en maître sur le monde. Je suis l’enfant du futur. Conçu sans amour. Sans Dieu. Sans Loi. Sans rien d’autre que la force et la rage. Je mordrai au lieu de téter. Je hurlerai au lieu de gazouiller. Je haïrai au lieu d’aimer. Heil Hitler ! »

Max est le prototype parfait du programme « Lebensborn » initié par Himmler. Des femmes sélectionnées par les nazis mettent au monde de purs représentants de la race aryenne, jeunesse idéale destinée à régénérer l’Allemagne puis l’Europe occupée par le Reich.

Une fable historique fascinante et dérangeante qu’on ne peut pas lâcher.

Une lecture choc, remarquablement documentée, dont on ne sort pas indemne.

 

 

Ce livre est deux choses : un vrai grand roman, avec des personnages forts, et un document historique d’une grande précision sur ce Lebensborn, une des atroces traductions de la volonté de quelques hommes de sélectionner certains de leurs semblables et de supprimer les autres – finalement assez peu abordé en littérature, et dont l’existence n’a été qu’une rumeur jusque dans les années 70.

 

Au fil de quatre grandes parties, Sarah Cohen-Scali fait parler Max. Une petite décennie de vie qui commence in utero. L’auteur ne nous épargne rien des ambitions du garçon, jeunes mais déjà démesurées, ni des obstacles qui se dressent sur sa route vers un aryanisme idéal. Et quand le garçon se lit d’amitié avec un jeune juif de son âge, les choses prennent une drôle de tournure…

 

Publié dans la collection « Scripto » destinée aux 13 ans et plus, indiqué en particulier à partir de 15 ans, ce roman est en réalité, de par sa valeur documentaire et son apport historique, un ouvrage tout public – adulte, entends-je.

 

La voix du narrateur n’est pas sans évoquer celle du jeune Oskar dans Le Tambour (Die Blechtrommel, 1979), le film adapté du roman éponyme de Günter Grass. Et comme la voix d’Oskar qui fait éclater les vitres, celle de Max est inoubliable.

 

Prix Sorcières 2013, catégorie Romans ado

Gallimard Scripto, 2012, 480 pages, 15,90 euros

 

Deux passages :

 

« Nous, les bébés, avons été vêtus de barboteuses une pièce, courtes, bouffantes au niveau des cuisses, avec des manches ballon et un col Claudine. Un petit drapeau noir et rouge du Reich a été planté au pied de chacun de nos berceaux. » (page 62)

 

« J’ai quatre ans maintenant. […]

Mon diagnostic racial est excellent, même s’il n’est pas encore définitif. Beaucoup de traits physiques ne sont pas encore marqués chez l’enfant en bas âge comme moi et il faut attendre un stade de développement plus avancé. Néanmoins, tous les espoirs sont permis. […]

Une gueule d’ange. Un ange aryen. » (pages 124-125)

Pourquoi blogguez-vous, Géraldine [Les coups de cœur de Géraldine] ?

Géraldine

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Géraldine a 41 ans et vit à Rennes.

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Depuis juin 2008, elle tient le blog Les coups de cœur de Géraldine : « Bienvenue sur le blog de mes coups de cœur : livres, interviews d’auteurs, cinéma, musique, télévision, concerts, théâtre, évènements…  Bref, dans l’aspect culturel de ma vie ! »

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http://cdcoeurs.over-blog.net/

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Pourquoi blogguez-vous ?

Coups de coeur GParce que pourquoi pas !? En fait, en 2008, j’ai rencontré sur Rennes, dans un club de lecture amateur, une jeune femme (Liza)  qui bloguait. Je suis allée sur son blog, me suis abonnée à sa newsletter.  J’étais fascinée par le concept, moi qui suis une passionnée de lecture depuis toujours. Et puis, un jour, je me suis dit pourquoi pas moi ?! Je me suis donc  lancée timidement, sur la même plate forme que Liza, pouvant ainsi bénéficier de ses conseils, voir de son aide imparable pour créer une bannière à mon image.  Car à l’époque, mes compétences en informatique étaient proches du néant. Bloguer incite et oblige forcément à un minimum de témérité dans le domaine. Au début, je voulais créer plusieurs blogs, sur plusieurs thèmes me passionnant. D’où le début de mon adresse url : cd…. coups de cœur, carnets de voyages,  coups de gueule…. Et lorsque j’ai vu le temps que me prenait déjà un blog, j’ai décidé de réunir tous les sujets qui m’intéressaient sur un seul blog, qui  s’enrichit donc au fur et à mesure. Parallèlement, j’ai découvert des blogs par  dizaines, me suis fait des blogocopines. Bref, j’ai intégré une tribu, et ce  sentiment d’appartenance est important pour moi. Je blogue par plaisir d’écrire,  par plaisir de partager mes avis et mes découvertes. En fait, plus jeune, je rêvais d’être journaliste. La vie en a décidé autrement… Mais avec mon blog,  j’ai l’impression de faire le journalisme que j’aime, à mon petit niveau, dans  mon coin mais pour tout le monde, et sans pression. Ca me plaît. Je peux enfin partager ma curiosité légendaire , et j’espère inciter d’autres personnes à  le devenir si elles ne le sont pas déjà. J’espère distraire mes lecteurs, les  faire rire, les émouvoir, les emmener loin, les faire voyager, leur donner envie d’avoir envie, d’aller voir plus loin si c’est mieux ou pareil. Car il ne faut  pas se leurrer, on écrit un blog pour soi en premier, mais aussi pour être lu ! 1Ensuite, viennent les rencontres et les avantages qu’offre un blog tenu  régulièrement : rencontres d’auteurs, de blogueuses, recevoir des SP. C’est sympa, gratifiant ! Et cela apporte plein d’anecdotes à raconter devant des yeux ébahis qui ont la sensation que vous faites des choses extraordinaires… alors  que pour vous, le blog et ce qui s’en suit, c’est juste une passion stimulante  et… chronophage !

Et puis, sans vouloir casser l’ambiance… 2008, c’est aussi l’année où mes  soucis de santé ont repris le dessus et de manière définitive, bousculant ma vie et la réduisant à peu de chose, selon moi. Depuis, je travaillais à mi-temps (oui, imparfait car depuis fin juin, c’est licenciement économique). Ce qui veut  dire beaucoup de temps libre, mais aussi beaucoup de solitude. Et je pense que ces 5 dernières années, ce blog m’a sauvée de l’ennui ou de l’affalement  bêtifiant devant une télé. Oui, ce blog m’a sauvée et me sert de mémoire, mémoire mise à mal par ma santé. C’est aussi ma seule vraie réussite, même à ce  petit niveau, de mes dernières années. Ma seule création, même si tout est  virtuel !!! Que ferais-je si je ne bloguais pas ? Je regarderais 10 fois plus la  télé, je lirais plus aussi. Le Sauveetemps passé à bloguer est du temps en moins à tourner les pages d’un livre ! Cruel dilemme non ? Bloguerai-je toujours ? Je ne sais pas. Pour l’instant, je ne m’imagine pas arrêter. Mais en même temps, comme je suis très lente (fatigue, santé), je sais que je ne pourrais pas tout tenir de front. Alors si de bonnes raisons pointaient le bout de leur nez (comme l’Amour ou un travail à temps complet), possible que je réduise considérablement ma présence sur la blogosphère, voire que je disparaisse pour passer à autre  chose. Mais ce sera sous conditions de ces bonnes raisons ! Mais la motivation dans tout cela, le moteur reste mon leit motiv depuis toujours : rencontrer,  apprendre et partager.

 

Bannière Géraldine

 

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant bloggeur ?

Well, well, plus compliqué comme question. J’ai croisé quelques lectrices qui parlaient très bien de leurs lectures. J’ai essayé de les inciter à ouvrir  un blog, je n’ai pas du être assez persuasive !
Les bonnes raisons d’ouvrir un blog appartiennent à chacun, sont dans le cœur et l’esprit de chacun je pense. Et elles sont multiples ! Les mauvaises  raisons… Eh bien elles sont peu nombreuses car un blog, c’est du plaisir. Si  le plaisir disparait, aucun contrat n’étant signé, chacun s’arrête quand il veut ! Après, chacun a sa façon aussi de concevoir son blog : un plaisir régulier,  épisodique, incontournable. La mise en garde que je me permettrais de faire concerne l’addiction possible, et l’aspect très 2chronophage d’un blog. Un blog prend forcément la place de quelque chose d’autre dans la vie. Mais en même  temps, c’est tellement passionnant et enrichissant. Les difficultés  informatiques sont un mauvais prétexte pour ne pas ouvrir de blog, car les plateformes d’hébergement sont je pense assez simples d’utilisation. Ensuite, il faut du temps pour que le blog prenne vraiment vie : il faut publier souvent et inciter les visiteurs à venir dans votre antre ! Tout de ne se fait pas du  jour au lendemain ! Et tout dépend aussi de l’importance que vous donnez à votre  blog, de votre but : vous faire plaisir ou être reconnus, voire connus dans le domaine.
Par contre, et je parle par expérience, le plus grand conseil que je peux  donner est celui-ci : si vous décidez de vous lancer, réfléchissez longuement au  nom de votre blog et à l’adresse URL que vous lui donnez. Car on n’imagine pas cela au début, mais on part pour une sacrée aventure qui peut durer un bon bout  de temps… et où il est difficile de faire marche arrière. Si j’avais su,  j’aurais appelé mon blog autrement, et l’URL serait bien plus simple à retenir ! Mais c’est sous ce nom et cette adresse que je suis “connue” et je n’ai pas le  courage de repartir à zéro et de tout changer !
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Précédent rendez-vous : Fanja [Lecture sans frontières]

Prochain rendez-vous : Stephie [Mille et une pages]

Sisters, Stéphane Denis

sistersPrésentation de l’éditeur :

 » Quand vous avez une sœur, vous ne vous posez pas de questions… Vous vivez avec cette idée qu’il y a quelque chose derrière. Qu’est-ce qu’une sœur ? Vous savez comment est votre sœur – elle vous pique vos vêtements, l’attention des parents, le type que vous voulez -, mais ça ne répond pas à la question que pendant longtemps vous ne vous posez pas : qu’est-ce que c’est, une sœur ? « 

 

S’exprime ici la sœur de celle qui fut la femme la plus célèbre de la planète, Jacqueline Kennedy Onassis, née Bouvier. Dans son récit se déroulent leurs deux vies, étrangement mêlées, entre passion et désamour, complicité et jalousie, plans de bataille échafaudés à deux et conflits jamais réglés. Dans la fraternité comme ailleurs, si on ne se construit pas seul on se construit souvent contre.

 

Par la voix de Caroline Lee Bouvier, épouse Canfield puis Radziwiłł puis Ross, percent les composantes d’une époque, d’un milieu social, d’une identité forgée des deux côtés de l’océan Atlantique. Il y est question de la famille, des ambitions, des mondanités, des déceptions, des névroses, des addictions et des hommes, autour de qui tourne le monde.

 

Voyeur juste ce qu’il faut, et véritablement captivant.

 

Prix Interallié 2001

Fayard, 2001, 172 pages, 15 euros

 

(Nombreuses) phrases indispensables :

 

« On n’échappe pas à son destin. Mais le destin n’en est pas à une évadée près. » (page 12)

 

« Au bord de la mer vous vous levez tôt à cause du bruit qui est différent de celui qui a fermé vos yeux. » (page 16)

 

« Je voulais voir ce que ça faisait avec un autre homme parce que vous avez toujours envie de changer de marque pour revenir à la première. » (page 20)

 

« Je ne lisais pas beaucoup les journaux. Quel intérêt de lire des nouvelles des gens que je voyais tous les jours ? » (page 21)

 

« Personne ne veut vous croire quand vous avez une bonne expérience, si vous n’avez pas encore l’âge de l’expérience. » (page 23)

 

« Je me permets rarement d’avoir une opinion sur quelqu’un ; j’ai toujours l’impression de fouiller dans le tiroir des sous-vêtements. » (page 30)

 

« Nous étions d’accord pour que notre jeunesse ne s’interrompe pas brusquement au début de l’été. » (page 31)

 

« J’agis toujours honnêtement quand je ne peux pas faire autrement. » (page 32)

 

« Un frère et une sœur : ça me semble une bonne définition de l’innocence, non ? » (page 33)

 

« Nous passions pour des gens riches aux yeux des journaux, mais les gens riches savaient que nous ne l’étions pas. » (page 40)

 

« Plus tard, quand je serais en Europe et Jacks à Washington, notre vieil ami l’océan ne serait pas une mer de larmes, mais le ruban liquide de nos regards. » (page 50)

 

« Ce nain fructifiant de Truman a dit que j’étais la plus belle et qu’il y avait entre nous la différence entre la porcelaine et la céramique. Mais la céramique est plus dure que la porcelaine, et dans les yeux des hommes elle renvoie plus d’éclat. » (page 57)

 

« Vous êtes d’un œuf ou de l’autre (on appelle East Hampton et South Hampton les deux œufs) et tout ce que j’aurais fait dans ma vie c’est changer de côté. » (page 80)

 

« Nous étions en train de passer, comme du papier peint dans une chambre d’enfant, et nous ne le savions pas. » (page 106)

 

« A partir d’un certain niveau social, l’amour n’a plus la même signification. » (page 125)

 

« Quand vous avez une sœur, vous ne pouvez jamais faire la part de ce qui vous revient. Dans le regard des autres, vous comprenez ? De ce qui est vous toute seule. » (page 150)

Vous mettre en appétit

Rentree litt1Dans quelques jours démarrera officiellement la rentrée littéraire 2013. Temps de crise oblige, la déferlante est moindre cette année : 555 romans seulement, contre 626 en 2012 (17 chroniqués ici), 654 en 2011 (24 chroniqués ici) et 701 en 2010 (25 chroniqués ici).

 

Dans les prochaines semaines, je vous parlerai de plusieurs romans incontournables de cette rentrée, et aussi de titres plus confidentiels qui méritent – à mon humble avis – le détour. Certains de leurs auteurs répondront aussi à mes questions dans la rubrique « Pourquoi écrivez-vous ? ».

 

555 romans, évidemment, c’est insensé et inhumain, particulièrement quand on aime autant découvrir de nouvelles plumes que retrouver celles que l’on affectionne et qui nous réjouissent en septembre de nouveautés.Rentree litt2

 

Mais c’est aussi une période de frénésie littéraire (preuve en est le beau livre 40 ans de rentrée littéraire de Pierre Jourde et Ulf Andersen, publié en 2010 par feux les éditions Anabet) et le meilleur grand bain dans lequel plonger après les vacances.

 

Alors pourquoi lutter ?

 

 

 

Cinq passages-teasers :

 

« Il arrivait un jour où l’un des protagonistes, se sentant mourir sous le poids du ressentiment, se levait et disait tout haut ce que chacun savait mais ne voulait pas entendre. C’est ce que j’avais fait avec mon autobiographie, dans un réflexe de survie, nVertigese mesurant pas la haine que je susciterais en retour ni les ruptures qui en découleraient, et leurs conséquences, comme des maladies incurables avec lesquelles il faudrait composer. »

Lionel Duroy, Vertiges, page 220 >> billet sur My Boox

 

« Dès la première étreinte elles veulent être aimées. Si on amorce un retrait elles en demandent aussitôt la raison. Contraint d’avouer la vérité – je ne suis pas amoureux de toi – on espère que la question sera archivée. Elles exigent alors de savoir la raison profonde de cette négation d’amour. La raison étant toujours blessante – trop jeune, trop Mise en page 1vieille, trop bête, trop hystérique – on biaise, on dit pieusement c’est moi qui suis incapable d’aimer. Elles insistent, elles ont toujours dans leur sac le remède qui va allumer ce cœur sec ou panser ce cœur blessé, elles insistent jusqu’à l’écœurement, jusqu’à l’évidement du cœur. Sourdes, aveugles, le mystère de la réciprocité leur échappe. »

Dominique Paravel, Uniques, pages 60-61 >> billet en ligne

 

« Le ventre un lieu que personne, ni autorité ni institution, ni parti ne peut conquérir, coloniser, s’accaparer tant Kinderzimmerque Mila garde son secret. Elle y est seule, libre, sans comptes à rendre, on peut bien prendre sa gamelle, voler sa robe, la battre au sang, l’épuiser au travail, on peut la tuer d’une balle dans la nuque ou l’asphyxier au gaz dans un camp annexe, cet espace lui appartient sans partages jusqu’à l’accouchement, elle les as eus, les Boches ; plus qu’un enfant, c’est bien ça qu’elle possède : une zone inviolable, malgré eux. Et comme disait son père, qu’ils crèvent ces salauds. »

Valentine Goby, Kinderzimmer, page 95 >> billet en ligne

 

« La ganja a toujours eu une importance considérable dans mon existence. Depuis mes 15 ans, j’ai eu quasiment en parce que tu me plaispermanence un joint dans la bouche, et cela a pas mal modifié mon approche de la vie d’adulte.

En gros, à force de plus ou moins tirer mon épingle du jeu sans rien foutre, je comprenais de moins en moins ceux qui s’obstinaient à rester dans le circuit, alors qu’ils y échouaient.

Si ce n’était pas pour prendre de la grosse oseille et le confort qu’elle procure, à quoi bon ? A quoi bon se faire chier dans un boulot de merde, à bosser juste assez pour ne pas se faire engueuler, à attendre le week-end et les cinq semaines de congés comme un con ? Et quelle est la suite ? Rentrer chez soi le soir, retrouver son tromblon qui fait la gueule pour regarder Les Experts en VF ? »

Fabien Prade, Parce que tu me plais, page 20 >> billet en ligne

 

La voix impitoyable« Quant à son âme, fatiguée, malheureuse et vieillie, elle n’avait plus la force de lutter contre la petite voix qui existe en chacun de nous. Cette toute petite voix qui, sans cesse et avec férocité, nous rappelle à l’ordre. Celle-là même qui se moque, qui félicite, qui fustige et qui décide de tout. »

Lilian Auzas, La voix impitoyable, page 40 >> billet en ligne