J’attends, Capucine Ruat

J'attendsQuatrième de couverture :

« Il y a beaucoup d’enfants qui ne naissent jamais, et des adultes qu’on n’a pas mis au monde. La mort a fermé les yeux des disparus et ouvert ceux des survivants, tous deux sont à présent parfaitement lucides. J’aimerais l’être moins. J’aimerais te consoler de naître dans cette famille-là. J’aimerais t’inventer un monde qui n’existe pas. J’aimerais être moins seule avec mes questions. De mon histoire j’ignore parfois ce qu’il y a à comprendre, mais je sais qu’il faut m’en débarrasser avant même de connaître ton visage, ton odeur et ta peau, ton premier cri. Pour ne pas te déranger trop tôt, pour conjurer les absences, les silences et la déraison qui rongent nos vies. Ce sont des histoires anciennes qui nous engloutissent pourtant et qui t’engloutiront sinon. Je préfère que tu naisses sans mensonge. La seule vérité c’est que j’attends. »

 

Dans la salle d’attente du cabinet médical où la narratrice patiente en attendant qu’on lui confirme la grossesse qu’elle imagine, elle fait le point sur ce qui l’a menée jusqu’en ces lieux. Son bagage familial, et le lourd poids de l’hérédité. Son rapport à ce corps qui est sur le point de changer, qui n’a été que source de déceptions jusqu’alors. Le passé résonne en écho à ce que lui renvoie son présent.

Peut-on aimer sa descendance future quand on a surtout reçu du désamour en héritage ? En quoi consiste au juste la transmission ?

Dans ce très court roman, porté par une voix qui sort d’un seul souffle, Capucine Ruat interroge sur la verticalité et l’enracinement, sur le transgénérationnel et sur ce qu’on lègue malgré soi, sur la difficulté à habiter son corps et sur ce qui fait qu’on est femme. Fort et douloureux, intime et insaisissable, intemporel et universel.

 

Le Livre de Poche, 2012 (et Stock, 2011), 124 pages, 5,10 €

 

Morceaux choisis :

 

« J’ai besoin de parler aux enfants de la plage, à la maîtresse, aux voisins, aux inconnus. Ne me protégeant de rien, je dis tout, sur moi et notre famille. Rien ne vagit alors. » (page 16)

 

« Autour de moi, les enfants arrivent sans peine, mais chez nous on meurt et personne ne naît. Ceux qui sont nés semblent empêchés de vivre. » (page 20)

 

« Bientôt tu nous fabriqueras des raisons de croire en la magie de Noël. » (page 31)

 

« Nous ne sommes jamais assez bien pour les autres ; nous le savons sans le comprendre. Nous espérons toujours ; nous devrions pourtant admettre qu’il n’y a rien à espérer. » (page 33)

 

« J’ouvre un livre, c’est ma seule façon de me défendre, de trouver ma place. » (page 36)

 

« J’ai toujours eu peur des enfants. J’ai toujours eu peur de leurs mots. J’ai toujours pensé qu’ils ne m’aimaient pas, et qu’ils pouvaient le dire tout fort. C’est pour ça que je ne les regarde jamais dans les yeux. » (page 37)

 

« A quoi sert un cœur qu’on n’use pas ? » (page 46)

 

« Est-ce que les garçons manqués font des enfants ? » (page 52)

 

« Il me semble qu’en naissant tu effaceras quelque chose de ma laideur, cette laideur qui me hante depuis toujours. » (page 61)

 

« La laideur a ceci de supérieur à la beauté qu’elle demeure. Le destin d’Alice Sapritch. » (page 62)

 

« On n’emporte pas la peine des autres, on la prend sur soi, avec soi. » (page 70)

 

« Que vais-je faire de toi ? Aurai-je la force de te porter ? Aurai-je la force de tout te dire ? Ne suis-je pas dangereuse ? » (page 74)

 

« Un enfant ne guérit de rien. Il ne guérit pas la solitude. Il ne guérit pas l’enfance. Il ne reprise pas l’amour. » (page 86)

 

« Est-ce que je vais rater ma vie avec toi ou sans toi ? » (page 87)

 

« Pleurer sa mère c’est pleurer son enfance. » (page 89)

 

« Les morts parlent parfois au-delà de la tombe. » (page 92)

 

« Là où naissent les cris, il n’y a personne, un vaste silence. Les réponses ne sont jamais les bonnes. J’ai épuisé mes questions aujourd’hui, j’ai cessé de déranger les fantômes. Le temps des anges est peut-être venu. » (page 95)

 

« Les enfants ne naissent pas toujours, ou mal. » (page 100)

 

« Il semble si long et impossible ce chemin qui pour d’autres est simple et lumineux. Il a le goût d’une douleur qui se tait. » (page 105)

 

« Y a-t-il dans chaque famille un récipiendaire des secrets et des aveux, des oublis et des remords ? Ne peut-on glisser dans un puits ses secrets sans peur qu’ils remontent un jour ? » (pages 116-117)

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3 réflexions sur “J’attends, Capucine Ruat

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