Arrête, arrête, Serge Bramly

arrete aretePrésentation de l’éditeur :

Peu de temps avant la fin de sa peine, un détenu en liberté conditionnelle coupe son bracelet électronique. Il dit adieu à sa fille et s’enfuit à Paris. Personne ne comprend la raison de cette cavale.

Après seize ans de prison, Vincent semble avoir perdu la tête. Ou peut-être prépare-t-il un coup…

Alors que la police le traque, il remonte les Champs-Élysées, les mains dans les poches.

Le regard d’une jeune femme le trouble. Une jeune femme pâle et languide, qu’il croit reconnaitre, quelques heures plus tard, dans la pénombre d’un club échangiste où il a trouvé refuge…

Comment l’amour peut-il éclore dans un tel endroit ?

Les sentiments brilleraient-ils d’un éclat particulier lorsqu’ils fleurissent au bord du gouffre ?

 

 

Vincent a pris seize ans pour meurtre, mais il a presque fini de purger sa peine. Pourquoi tout risquer si près du but ? Son frère et les policiers cherchent à comprendre – son frère, surtout. Pendant ce temps, Vincent se déleste de ce qu’il a. Et, dans un club « réservé aux couples, tenue correcte exigée, c’est affiché sur la porte », il croise Anne-Gisèle.

 

Quelles pulsions de vie reste-t-il quand on n’a plus rien à perdre ? Où, comment prendre une dernière dose de liberté quand on est condamné ? et « a-t-on le droit d’impliquer quelqu’un dans son naufrage ? » (page 82)

Le problème – ou le miracle -, c’est que tant qu’on est encore en vie, on peut aimer.

 

Arrête, arrête, c’est le début de la chanson Demain tu te maries qu’interprétait Patricia Carli en 1963, « chanson miraculeuse » pour Vincent. Parce que quand demain s’apparente à une forteresse imprenable, on est prêt à tout…

Arrête, arrête, c’est ce très court roman de Serge Bramly (prix Interallié 2008 pour Le Premier Principe – Le Second Principe), qui n’a finalement pas grand chose à voir avec le visuel qui figure sur sa couverture, et dont on ne sait pas bien où il nous emmène avant que l’on se retrouve percuté en plein cœur – à ne jamais pouvoir oublier cette tranche de vie avec Vincent.

 

 

NiL Editions, août 2013, 128 pages, 12,90 €

 

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Trois phrases :

 

« Quand un évènement imprévu vous accable, et qu’il n’y a rien ni personne contre quoi se battre, il est normal que vous en vouliez à la terre entière. » (page 37)

 

« Il en voulait aux chanteurs, aux stars de sa jeunesse, lorsqu’il les apercevait à la télévision ou dans les magazines, de s’être fanés et racornis au point de ne plus ressembler aux portraits qui ornaient les galeries de sa mémoire – une belle tromperie. » (pages 60-61)

 

« Il lui rendit son baiser et se laissa guider tel le condamné à qui l’on accorde la grâce d’un sursis qu’il n’a pas sollicité. » (page 83)

 

 

 

 

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Chambre 2, Julie Bonnie

Présentation de l’éditeur :

chambre-2Une maternité. Chaque porte ouvre sur l’expérience singulière d’une femme tout juste accouchée. Sensible, vulnérable, Béatrice, qui travaille là, reçoit de plein fouet ces moments extrêmes.

Les chambres 2 et 4 ou encore 7 et 12 ravivent son passé de danseuse nue sillonnant les routes à la lumière des projecteurs et au son des violons. Ainsi réapparaissent Gabor, Paolo et d’autres encore, compagnons d’une vie à laquelle Béatrice a renoncé pour devenir normale.

Jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus supporter la violence du quotidien de l’hôpital.

Un hommage poignant au corps des femmes, et un regard impitoyable sur ce qu’on lui impose.

 

 

Chambre 2 est un roman de femmes. En alternance, Béatrice rapporte ce qu’elle voit, ce qu’elle vit dans cette maternité où elle travaille faute d’autre chose, et revient sur sa propre histoire qui l’a menée jusque là.

 

Tellement de souffrance accompagne la naissance, consacrée moment de bonheur à un point tel qu’il est indécent d’oser aller mal. L’accouchée peut ressentir quelque douleur dans sa chair, mais sa félicité pleine et totale est l’assurance d’une âme sans fêlure ; tout juste lui accordera-t-on la grâce du baby-blues un peu plus tard, loin des regards et des appareils photos, sous réserve qu’il ne l’empêche pas de se reproduire encore. En France, le confort de l’équipe médicale passe bien souvent avant celui de la mère et du bébé (sinon, aucun accouchement ne se ferait sur le dos) – mais chut.

 

La naissance est Le Grand Secret. Les femmes qui sur tant de sujets se disent tout, les mères qui n’ont de meilleure ambition que de transmettre à leurs filles ce que la vie leur a enseigné, toutes aiment mieux enfermer la venue au monde dans le mystère d’une béatitude conséquence du bonheur conjugal. Il n’y a pas de raison que tu n’en passes pas par là toi aussi. Rejoins mon camp, ce territoire dont on ne revient pas. Et donne-moi des petits-enfants.

 

Parfois, bien sûr, les choses se passent bien, les êtres et la terre sont connectés, et cela réconcilie avec l’humanité toute entière.

 

Le parcours amoureux et physique de Béatrice est complexe mais rien n’est jamais définitif, et même à l’hôpital le mieux sécurisé, même à la vie la plus cadenassée il se trouve toujours une issue de secours.

 

 

Ce roman rassemble tous les thèmes qui me préoccupent ces temps-ci. La maternité (le désir de maternité, l’absence de maternité, la légitimité de la maternité, son intérêt, la façon dont on accouche les femmes en France), le corps (ce qu’il dit, ce qu’il cache, son pouvoir, la capacité de l’esprit à le laisser décider ou au contraire à prendre l’ascendant), le désir (comment on l’écoute, comment on le canalise, comment on le nie, ce qu’on en fait), l’amour (comment il naît, pourquoi il part, et la plus grande injustice de tous les temps : sa fatale asymétrie), le sens de la vie (trouver sa place au monde, cocher ou non les cases, désobéir, s’affranchir, être).

 

Dans l’écriture de Julie Bonnie perce l’urgence – ou jaillit, plus encore que perce. Urgence de dire pour ne pas oublier, nécessité de consigner pour faire exister, urgence d’extérioriser pour sauver sa peau, dans un mélange de violence et de tendresse, de larmes et de sourires, de sang et de baisers.

Prix FnacCar c’est bien cela dont il s’agit. Sauver sa peau. Pour Béatrice, la narratrice, préservons le mystère. Mais il semble que Julie Bonnie, elle, y soit parvenue. En nous livrant un cri – un grand roman. Champagne.

 

Chambre 2 a reçu le prix du Roman Fnac 2013

 

Belfond, août 2013, 188 pages, 17,50 €

 

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Citations choisies :

 

« C’est dingue l’énergie que je déploie pour être lisse, transparente. Il me faut contenir, afin de ne pas exploser, car exploser ne fait pas partie du travail d’auxiliaire de puériculture. » (page 19)

 

« Le soir, quand je rentre, je pleure, d’une fatigue nerveuse intense et de toutes les émotions, toutes les femmes en larmes, tous les bébés hurlants, les pères agressifs, les médecins odieux. » (page 22)

 

« Je ne peux pas tout réparer d’un coup. » (page 26)

 

« Gabor était maître de l’humour absurde, probablement parce qu’il naviguait depuis toujours sur un bateau qui n’allait nulle part. » (pages 49-50)

 

« Mon amour est parti par la fenêtre, et il a emporté mes ailes. » (page 51)

 

« Les chirurgiens ne savent pas ce qu’ils découpent. On leur a appris la chair, la peau, l’utérus, le muscle.

Pas l’âme.

Ils ne savent pas du tout ce qu’ils font. Ils remettent une dame dans un lit, avec des agrafes elle a l’air entière.

L’opération s’est bien passée, la cicatrice est belle, le bébé va bien. Pourtant ils ne remettent pas l’âme. » (page 53)

 

« Comment on fait pour avoir une âme en béton ? Comment vivent les gens qui n’ont pas peur ? » (page 57)

 

« On en veut vite à ceux qui n’ont pas besoin de nous. » (page 71)

 

« J’ai bien compris que ce n’est pas mon boulot de dire ou même de penser quoi que ce soit. » (page 82)

 

« Ce qu’elle a pleuré, ce jour-là, dépasse l’entendement si l’on n’a pas soi-même vécu la mort d’un bébé, si malade ou monstrueux soit-il.

Le cerveau passe de oui à non en une fraction de seconde et c’est de l’énergie nucléaire qui le fait trembler dans la boîte crânienne. » (page 89)

 

« J’aime particulièrement que Gabor sache se taire. » (page 102)

 

« Il pousse des ailes à tout le monde sauf à moi. » (page 115)

 

« Plus le temps passe, plus j’étais heureuse à l’époque, par contraste. » (page 118)

 

« Elle, elle veut changer le monde quand moi je ne peux que le subir, mais elle m’entend. Je trouve cela précieux. Très précieux. […] Elle se sent à sa place, les pieds bien ancrés dans le sol, sûre de ses positions et de son travail. Du coup, elle me laisse une place, si précieuse, une place avec mon nom dessus avec moi dedans, une place que je peux prendre sans décevoir personne. » (page 138)

 

« En restant, il aurait tout détruit, même les souvenirs. » (page 156)

 

« Se taire est un meurtre de soi-même. » (page 162)

 

« On n’est seul que dans sa propre tête. » (page 166)

 

« A l’hôpital, on se protège comme on peut, mais on est tous au bord du gouffre. » (page 181)

Les Aventures du concierge masqué – L’Exquise Nouvelle saison 3

EN a - CopieVingt nouvelles, soixante-et-un auteurs, un mystérieux Concierge Masqué et une bonne action. Tel est le programme de ce recueil collectif intitulé « Les Aventures du concierge masqué », qui constitue la troisième saison de l’Exquise Nouvelle.

 

Sur le principe des mix & match books, ces livres qui permettent de composer des personnages aléatoires à partir de jambes, corps et têtes très différents, chaque nouvelle a été écrite par trois auteurs sans qu’aucun ne sache avec qui il cosignerait le texte.

 

 

Parmi les soixante-et-un hommes et femmes de plume qui se sont prêtés au jeu, on retrouve des habitués du genre noir (Didier Daeninckx, Frédéric Mars, Nadine Monfils…) et d’autres qui y font leurs premiers pas, comme le journaliste François Alquier ou l’écrivain Sigolène Vinson.

La préface du recueil est signée par Maud Tabachnik.

Exquise

 

 

 

 

Pour ma part, j’ai eu la délicate mission de commencer une nouvelle… J’ai nommé ce début « Première loge ». Logique, non, pour une affaire de concierge ? Mais ce que mes acolytes ont fait des personnages que j’ai imaginés, en revanche, je l’ignore encore…

 

Pour vous donner envie de découvrir ce réjouissant projet, voici le début de mon début :

 

Quarante ans de métier. Pas rien. Surtout que ces quarante ans en sont presque soixante si on compte l’éducation, et encore plus si on ajoute les gènes et le – comment il appelle ça, déjà, le type du premier ? ah oui, le transgénérationnel.

Pas seulement uen3-4couv-hdn métier, d’ailleurs, mais un mode de vie. Observer et enregistrer. Savoir et ne rien dire. Vivre au milieu sans vraiment faire partie de.

 

 

 

 

L’Exquise édition, septembre 2013, 10 euros

 

Les droits d’auteurs du recueil sont reversés à l’association des pancréatites chroniques héréditaires.

 

Pour commander son exemplaire : c’est ici que ça se passe ! >> http://www.concierge-masque.com/en3/commandez-votre-exemplaire-multi-dedicace/

 

Toutes les infos : http://www.concierge-masque.com/en3/#home

 

Le booktrailer :

 

 

 

 

 

Pourquoi écrivez-vous, Delphine Bertholon ?

Delphine Bertholon (c) Sophie Adriansen 1

 

Delphine Bertholon est l’auteur de Cabine commune (2007), Twist (2008), L’Effet Larsen (2010), Grâce (2012) et Le soleil à mes pieds (2013), tous parus chez Lattès.

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Pourquoi écrivez-vous ?

C’est idiot, peut-être, mais j’ai envie de répon-dre : parce que je ne sais rien faire d’autre.

Parce que, dès l’enfance, la seule chose qui m’intéressait dans la vie, c’était de raconter des histoires ; d’en lire, et d’en inventer. Parce que les mots étaient plus drôles à manipuler que les cubes ou les petits Poneys.

Sûrement ai-je toujours eu du mal avec la réalité, toujours eu du mal à exprimer, dans la « vraie vie », mes sentiments. Sans les émotions transmises par les livres (ceux que j’écris comme ceux que je lis), j’aurais sans doute implosé. Et puis, soyons franche : parce que je m’amuse. Parce que la langue est un jeu sans fin, plein de règles, certes, mais finalement sans loi.

BertholonJe n’ai pas de message social, moral ou politique à transmettre ; je n’ai qu’un univers qui, de fait, véhicule ma vision du monde – laquelle est, comme pour chacun d’entre nous, intrinsèquement sociale, morale et politique… Mais au fond, je crois que j’ai simplement envie de comprendre l’âme humaine (d’essayer, disons), envie de partager, de faire de l’instant une chose universelle. En tant que lectrice, c’est pareil : tomber sur une phrase et, tout à coup, avoir les larmes aux yeux – parce qu’en cela, je me reconnais. Parce qu’en lisant cela, enfin, je ne suis plus seule au monde. Avec un livre, on n’est jamais seul – qu’on l’écrive, ou qu’on le lise. Et c’est sans doute, précisément, la dimension la plus extraordinaire de la littérature.

 

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

De lire, d’écrire, de lire, d’écrire, et de lire encore ; la plupart des auteurs sont aussi de grands lecteurs. De commencer par des formes courtes, moins complexes à structurer qu’un roman. De ne pas se décourager, ne pas vouloir aller trop vite, prendre le temps, son temps – différent pour chacun. N’avoir pas peur de jeter, sans vergogne, sans état d’âme, et de recommencer, encore et encore. Peu d’écrivains (à ma connaissance, aucun, en fait !) n’a pondu du premier coup une phrase imparable, moins encore un texte imparable. L’art, comme le reste, c’est aussi du travail – avant tout, peut-être, du travail. Comme disait ma grand-mère (et beaucoup d’autres grands-mères !), c’est en forgeant qu’on devient forgeron. Par expérience, le poncif s’applique particulièrement bien à l’écriture… Et moi qui suis arrivée par la Poste, je crois qu’un bon livre, tôt ou tard, trouvera preneur. Si ce n’est pas le cas, c’est que le texte n’est pas abouti – ou pas encore. J’en ai fait les frais ; mais aujourd’hui, c’est une quasi-certitude. Alors : se remettre en question, et persévérer…

 

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Le soleil à mes pieds, Delphine Bertholon

Le soleil à mes piedsPrésentation de l’éditeur :

Il y a la petite, 22 ans, un âge comme deux cygnes posés sur un lac. Fragile et ravissante, elle peine à se jeter dans le grand monde et se réfugie dans la solitude de son appartement.

La grande, 24 ans, s’agite dans la ville : nymphomane, tyrannique et machiavélique, fascinée par la mort, elle se nourrit de la dépendance affective qu’elle impose à sa cadette.

Deux sœurs qui ont grandi avec un terrible secret et qui, dix-huit ans plus tard, se démènent pour tenter d’exister.

Le sort semblait avoir scellé leur destin, mais les rencontres quelquefois peuvent rebattre les cartes.

Le soleil à mes pieds est, avant tout, l’histoire d’une résurrection.

 

On ne sait pas tout de suite où Delphine Bertholon nous emmène mais on y va confiant. Son univers – celui de ces deux sœurs perdues, si touchantes – s’impose et on y plonge. Très vite, notre quête devient celle de ce secret qui lie les héroïnes autant qu’il les éloigne. On le devine épouvantable – il l’est. Que faire d’une réalité qui nous dépasse ? Que faire d’un drame survenu dans la solitude des 4 et 6 ans qu’avaient respectivement la petite et la grande à l’époque ?

 

Grandir avec, évoluer sans, avancer malgré, se construire contre. Et vivre, enfin.

 

Delphine Bertholon a dans l’écriture de ces fulgurances qui soufflent le lecteur. Elle aborde ici les thèmes de l’enfance et de la solitude, de l’apprivoisement de soi et du monde, de la sororité qui n’est pas que complicité et réjouissances. Son roman ne se lâche pas, il se lit vite mais restera longtemps en mémoire. Car à l’intérieur, comme dans le titre et sur le bandeau qui orne la couverture, se trouve du soleil, lumineux comme l’espoir qui nous accompagne une fois l’ouvrage refermé : il n’est jamais trop tard pour renaître à soi et au monde.

 

JCLattès, août 2013, 188 pages, 16 euros

 

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Extraits choisis :

 

« Quand on a une sœur, on n’est plus jamais seule. » (page 10)

 

« On dit que les souvenirs s’estompent, que les visages se floutent, on suppose la mémoire soluble dans le temps. Mais concernant Maman, l’image reste précise comme marquée au fer rouge. » (page 28)

 

« Quelquefois, elle tente en boucle de se rassurer : un jour j’aurai de la chance un jour j’aurai de la chance un jour j’aurai de la chance.

Peut-être les humains ont-ils une réserve de bonheur, une sorte de batterie ? On en utilise un petit bout de temps en temps et à force, ça s’épuise. Mais sa batterie est neuve alors un jour, oui, elle aura de la chance. Elle ne croit pas en Dieu, c’est juste de la logique : ça ne peut pas toujours tomber sur les mêmes. » (pages 28-29)

 

« Elle se désole qu’il faille travailler pour vivre. » (page 32)

 

« Voir sans être vue, un oiseau sur une branche. » (page 46)

 

« Elle se demande pourquoi le simple fait d’exister coûte si cher. » (page 56)

 

« Elle a beau être en vie, elle est comme Maman morte – pleine d’occasions manquées. » (page 68)

 

« Les enfants ne se lavent pas sans y être obligés. » (page 87)

 

« Si je croyais en Dieu, j’aurais au moins quelqu’un à qui m’en prendre… » (page 105)

 

« Elle aimerait cesser d’être tellement Alice, un coup immense, un coup minuscule, toujours inadaptée, jamais dans la bonne maison ni de la bonne dimension – et la Reine de cœur en forme de grande ! » (page 109)

 

« Si j’étais seule au monde, les secrets seraient mieux gardés. » (page 131)

 

« Elle allume une cigarette. En quelques minutes, trois personnes viennent lui en piquer une. Fumer rend visible… » (page 139)

 

« Elles sont un fait divers sans coupable et s’il n’y a pas de coupable, il n’y a pas de victimes. C’était la faute au caillot, la faute à l’anévrisme, la faute à pas de chance. Mais elles seront toujours coupables d’avoir fait comme si de rien n’était. » (page 145)

 

« Debout face au miroir, elle se cherche des rides, mais elle n’en trouve aucune ; à croire que le réel refuse de l’imprimer. » (page 146)

 

« Elle ne cherche personne. Elle ne veut pas combler un vide, mais vider un trop-plein. » (page 149)

 

Les adolescents, « ces adultes en instance, ces possibles humains qui n’ont rien d’autre à faire que de grandir encore. » (page 164)

 

« Il n’y a pas de risques à trop grandir… sauf de se noyer dans ses propres larmes. » (page 173)

Vertiges, Lionel Duroy

VertigesJ’ai dit sur My Boox tout le bien que je pensais du roman de Lionel Duroy paru le 22 août dernier (Julliard, 480 pages, 21 € – voir aussi la présentation sur le site de l’éditeur).

Pendant sa lecture, j’ai relevé des petites phrases ou des extraits plus longs en quantité. Parce que Lionel Duroy, qui « passe son temps à se décortiquer » comme il l’écrit, réussit par les mots à s’approcher au plus près de l’indicible.

Ci-dessous, un florilège de ces morceaux choisis.

 

 

 

« Est-ce qu’une femme, croisant un homme, peut être soudain traversée d’un tel pressentiment – celui-ci est l’homme de ma vie ? » (page 35)

 

« Cécile n’avait pas le pouvoir d’effacer le mal que m’avait fait notre mère, mais elle avait celui de me distraire d’elle, de m’emmener de l’autre côté du mur, dans une vie que je ne soupçonnais pas. » (page 69)

 

« Nous nous engageons poussés par des sentiments confus et indicibles, et donc inévitablement sur des malentendus. » (page 69)

 

« Tout le monde n’a pas la chance d’être orpheline. » (page 91)

 

« Je suis un homme en morceaux, mais c’est un secret que je ne livrerais pour rien au monde car je suis bien conscient qu’il en va de ma survie. Quelle femme voudrait d’un homme en morceaux ? » (page 96)

 

« Ce qui m’est le plus précieux dans notre histoire, c’est l’amour et l’intérêt que tu me portes. Je me sens si petite, si misérable quand tu n’es pas là. » (page 97)

 

« Je reste, comme si quelqu’un en moi se souvenait que mieux vaut être transparent dans le regard de la femme de la maison qu’abandonné et perdu. » (page 105)

 

« Est-ce que ce n’est pas ça le courage – aller au-devant des choses et les observer, puis les mettre en mots, jusqu’à ce qu’elles existent en nous et cessent de nous atteindre ? Ne pas les fuir, les mettre en mots. » (page 141)

 

« Comment ai-je pu perdre Cécile, ne pas trouver les mots pour construire une maison indestructible autour de nous ? Les mots, je les trouvais après, quand tout était fini, et alors j’en faisais des livres et des livres. » (pages 163-164)

 

« Elle contient en elle les promesses d’un bonheur trop immense pour être simplement envisagé, et en même temps jamais je n’ai haï une femme comme je la hais, à part peut-être notre mère. » (page 185)

 

« – Tu n’as pas voulu reconstruire ta vie avec moi simplement par ce que tu m’as trouvée jolie dans le contre-jour d’un matin de septembre.

– Non, bien sûr. Il me faudrait tout un livre pour expliciter le reste. » (page 197)

 

« C’est rarement léger de vivre avec Augustin, l’avais-je entendue expliquer. Il souffre, et il veut comprendre pourquoi il souffre, si bien que de livre en livre il tente de remonter à l’origine des choses, son enfance, sa mère, ses frères et sœurs, ses ruptures… Il n’en a jamais fini, inlassablement il fouille. C’est assez lourd, oui. En même temps, je crois qu’écrire le maintient dans la vraie vie. Peut-être que s’il cessait d’écrire il partirait je ne sais où, dans un autre monde, dans la folie peut-être, je ne sais pas. Et disant cela, elle avait eu un mouvement du bras en direction du ciel, comme si j’avais pu m’envoler d’un moment à l’autre si par hasard j’avais arrêté d’écrire, et ne plus jamais redescendre parmi les hommes. Disparaître en somme. » (page 205)

 

« Il arrivait un jour où l’un des protagonistes, se sentant mourir sous le poids du ressentiment, se levait et disait tout haut ce que chacun savait mais ne voulait pas entendre. C’est ce que j’avais fait avec mon autobiographie, dans un réflexe de survie, ne mesurant pas la haine que je susciterais en retour ni les ruptures qui en découleraient, et leurs conséquences, comme des maladies incurables avec lesquelles il faudrait composer. » (page 220)

 

« J’ai tant de livres à écrire, tant de livres en retard. Mais parfois aussi je suis rattrapé par le désespoir, le sentiment de mon impuissance à vaincre le chaos par des mots, par des livres et, dans ces moments fugitifs, l’idée que je pourrais être tué m’apparaît comme une libération. » (page 222)

 

« Nous, notre famille, nous ne sommes pas des gens normaux, nous vivons dans la guerre tandis que le monde autour de nous est en paix. […] Tout cela pour dire qu’à dix ou douze ans, mon rêve le plus captivant, celui dont je me repassais le film au moment de m’endormir, était d’imaginer que la guerre allait enfin s’abattre sur la France et qu’ainsi nous ne serions plus les seuls à en supporter tout le poids. » (pages 224-225)

 

« J’ai mis des années à me débarrasser d’eux, je suis encore très loin d’avoir exprimé tout le mal qu’ils nous ont fait, et aujourd’hui j’irais plomber notre petite fille avec ce couple effrayant ? » (page 238)

 

« Les arbres du jardin sont comme nous, les humains, après l’amour, ils sont las et sans force, laissant pendre leurs longs bras, et ils semblent sourire malicieusement de tout le plaisir qu’ils viennent de prendre. » (page 265)

 

« Esther à qui j’offre un sac de voyage pour son anniversaire et qui me demande du regard, dès que la vendeuse a le dos tourné, si elle peut en voler un autre, pourquoi volerais-tu un sac, ma chérie, puisque nous avons les moyens de l’acheter ?

– Mais parce que je n’ai jamais cessé d’être la petite voyou que j’étais à treize ans, aurait-elle pu me répondre et je l’aurais aussitôt prise dans mes bras. » (page 266)

 

« Roubaix, la seule ville de France à offrir le visage de la guerre au milieu de la décennie 1990. » (page 266)

 

« J’ai besoin d’écrire sur ce qu’il y a d’infiniment douloureux dans une disparition, l’interruption, sans que rien ne soit formulé, de désirs et de sentiments qu’on imaginait éternels dans notre bêtise, ou notre ingénuité. Bien sûr, il y a la souffrance de ne plus pouvoir se toucher, de ne plus pouvoir s’embrasser ni faire l’amour, mais le plus cruel, le plus mystérieux aussi, c’est le basculement du souci permanent qu’on avait de l’autre dans un vide abyssal où l’on doit s’accoutumer à ne même plus savoir s’il est vivant ou mort. Huit jours plus tôt, on tremblait si l’autre avait une heure de retard en regardant par la fenêtre la pluie qui tombait dans le crépuscule hivernal, pourvu qu’il n’ait pas eu un accident, et maintenant on doit continuer de vivre, de manger et de dormir sans rien savoir de ce qu’il traverse. Est-ce que ça n’est pas la chose la plus stupéfiante qui soit ? Celle qui nous renvoie le mieux l’image de notre insignifiance, de la précarité de nos attachements, et sur laquelle nous n’aurons jamais fini d’écrire ? » (page 267)

 

« La mort nous humilie sans cesse – avant de nous anéantir, elle nous prend tout ce que nous avons vécu au fur et à mesure que nous avançons et je ne connais qu’un moyen de lui tenir tête, c’est de mettre en mots ce qu’elle nous vole car elle est impuissante face aux livres. » (page 268)

 

« On ne se refait pas du jour au lendemain, mais aujourd’hui je sais qu’à force d’autodiscipline et de volonté on parvient à corriger sa nature, à étouffer des mouvements de rejet, ou de colère, sur lesquels on s’appuyait autrefois pour garantir son intégrité, jusqu’à devenir petit à petit un homme de compromis. » (page 273)

 

« Ce n’est qu’en écrivant que j’en viendrai à me demander : mais pourquoi est-ce que je ne me suis jamais laissé aller dans ses bras, comme si la tendresse immense qu’elle avait au début représentait une menace ? » (page 274)

 

« Je ne veux pas lui dire combien je suis fatigué de moi, de mes livres qui tournent toujours autour du même désastre, et combien mettre en mots la vie des autres me fait du bien. J’ai soudain le sentiment d’être accueilli comme un on docteur, un homme capable d’apaiser les tourments en leur donnant du sens, d’apporter la sérénité à mon interlocuteur (que je suis tenté d’appeler mon patient), moi qui suis complètement détruit à l’intérieur, hérissé de barbelés, assiégé, inlassablement occupé à me reconstruire une maison avec les débris de mes propres ruines, livre après livre. » (pages 300-301)

 

« Un écrivain est un type qui décide un jour de monter sur la table pour dire une chose. La plupart du temps personne ne l’écoute dans le brouhaha ambiant, mais il peut arriver qu’à un moment certains tendent l’oreille et demandent aux autres de se taire pour pouvoir vous entendre. » (page 301)

 

« On ne peut jamais savoir comment un livre sera reçu. » (page 312)

 

« La tentation risque d’être grande de m’éloigner petit à petit de la véritable Esther pour en inventer une autre, certes mystérieuse comme son modèle, mais offerte et lisse, de sorte qu’elle n’éveillerait en moi aucune appréhension. » (pages 317-318)

 

« Tous mes livres se construisent ainsi, malgré moi, dans un mélange hasardeux de leurres et de vérités, comme si le trompe-l’œil était indispensable à la manifestation de la vérité. » (page 320)

 

« Il éprouve pour elle un désir insatiable et devine que derrière son assiduité à lui faire l’amour se cache l’obscur dessein d’atteindre son âme, de découvrir son mystère. » (page 327)

 

« Le type qui sera capable de l’enfermer dans un livre pour la posséder n’est pas encore né. » (page 333)

 

« Ce qui est étonnant, c’est que je ne m’étais pas vu fourrant mes pas dans les siens [Toto] et mettant ainsi Esther à la place de notre mère. A moins que je m’y sois vu, si, et que j’y sois allé avec la prétention de réussir là où il avait lamentablement échoué. » (page 348)

 

« Je lui appartenais, certes, mais elle était impuissante à me distraire de mon travail, de sorte qu’elle pouvait constater combien ce qui nous reliait demeurait fragile et changeant. » (page 351)

 

« Je vais me remettre à écrire, et je sais bien quel livre, celui qui tentera d’expliquer les ressorts secrets de nos vies, de quels héritages nous sommes faits et comment, nous débattant à tâtons pour inventer notre propre destin nous progressons si peu, si mal, quand nous ne disparaissons pas tout simplement, emportés par le poison des générations qui nous ont précédés, emportés par le poison des nôtres et n’ayant même pas eu le temps de laisser sur la terre une trace de notre passage. » (page 353)

 

« Nous avons toujours la même conversation au début, j’ai besoin qu’il sache que je démarre un livre pour avoir le sentiment de ne pas être absolument seul, mais je ne lui dis jamais rien du livre, ça ne nous intéresse pas d’en parler, il existera ou n’existera pas dans les cinquante premières pages, ce qu’on peut bien en dire avant n’a aucune importance. » (pages 355-356)

 

« Le livre ne tient qu’à un cheveu, ces trente lignes que je n’ai même pas relues, qui ne valent peut-être pas grand-chose, or il me semble qu’à partager mon secret j’ai affaibli la confiance qui me portait. » (page 357)

 

« Pour la première fois, je vais tenter de tout rassembler dans un livre, de dire l’indicible, d’où je viens, qui ils étaient, ce que j’ai fait de ce qu’ils nous ont donné à voir, à entendre, leur chagrin, leur folie, ce que j’ai fait de leur héritage, à tâtons dans les ténèbres, n’est-ce pas, sans cesse à tâtons comme nous allons tous, mais soucieux malgré tout de faire mieux qu’eux, d’être moins malheureux qu’eux. » (page 358)

 

« Il y a une grande différence entre soupçonner la vérité et la voir écrite, établie. Une fois les choses écrites, il n’y a plus d’échappatoire. » (page 385)

 

« Là, tout de suite, je me fiche bien de ne pas écrire, je me fiche bien de tout, d’ailleurs, je veux juste sauver ma peau, trouver quatre murs et un toit entre lesquels je pourrais me mettre à l’abri et laisser reposer mon cœur. » (page 390)

 

« Je songerais en m’endormant à mon tour à la pelote de nœuds qu’était devenue ma vie avec Esther et je me féliciterais de m’être enfui sans chercher à dénouer les fils. Et je recommencerais une autre pelote avec toi. » (page 406)

 

« Je vais peut-être mourir d’Esther mais je vais m’entêter à découvrir pourquoi je suis devenu l’ombre de moi-même en l’aimant. Je vais m’entêter, et plus tard j’écrirai ce que j’ai compris de nous. » (page 406)

 

« Pour ne pas m’avouer l’inavouable, qu’Esther est bien l’objet de ma peur, de ma phobie, oui (le mot n’est pas trop fort), je continue de m’accrocher à une prétendue maladie mentale que m’aurait léguée notre mère, à moins, me dis-je, que ma peur d’Esther soit l’écho dévastateur de la terreur que m’a inspirée notre mère au lendemain de l’expulsion et jusqu’à sa mort, mais ça revient à peu près au même. » (page 438)

 

« Il ne faut pas chercher à découvrir ce qui nous porte à nous enflammer, nous sommes si petits, si perdus à l’intérieur de nous-mêmes. Si décevants en vérité. » (page 445)

 

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Pourquoi écrivez-vous, Aude Le Corff ?

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Âgée de 36 ans, Aude Le Corff se consacre à l’écriture.

Les arbres voyagent la nuit (Stock, 2013) est son premier roman.

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Pourquoi écrivez-vous ?

LeCorff1La lecture et l’écriture depuis l’enfance m’apportent les réflexions, les voyages intérieurs et la fantaisie dont j’ai besoin. En écrivant un roman, je crée un univers à côté d’un monde qui ne me convient pas toujours. Mes personnages, les évènements et les lieux parfois inventés de toutes pièces – salon, lumières, rencontres, vol d’oiseaux – défilent dans ma tête comme un film quand les mots s’alignent, j’écris caméra sur l’épaule, d’ailleurs j’adore le cinéma, presque autant qu’un bon roman.

Ecrire est un besoin, j’y reviens toujours depuis que je sais tenir un crayon, j’ai pourtant essayé d’emprunter des voies plus raisonnables (et plus rentables !), rien à faire. J’aime écouter les autres, les observer en spectatrice et relater ce que je perçois, le transformer, mélanger réel et fiction. Ecrire permet de s’évader, on peut y ajouter de l’extraordinaire, de la poésie, de la dérision, cette liberté dans la créativité est assez enthousiasmante. Si j’arrive à entraîner des lecteurs ailleurs, à les toucher, je suis heureuse. Mes doutes et angoisses existentielles traversent mes personnages, mais les petits plaisirs de l’existence autant que les épreuves et les rencontres sont aussi un vivier infini pour l’inspiration.

Quand je me relis, je suis attentive à la sonorité des mots et au rythme, aussi envoûtants qu’une histoire captivante.

J’aime déjeuner avec des amis, nos fous rires et confidences, aller au ciné en amoureux, mes enfants, mais j’apprécie aussi la solitude. J’ai parfois besoin d’une semaine loin de ma famille pour ne me consacrer qu’à mes livres et à l’écriture de mon roman, prendre le temps de marcher, faire du vélo, regarder les arbres, me poser sur un rocher face à la mer, savourer le silence, n’entendre que la nature et le bruit des vagues, ne plus avoir de rythme. Une solitude nécessaire quand on écrit.

 

 

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

LeCorff2Lire beaucoup, écrire spontanément, rester soi-même, oser aborder tous les sujets sans pudeur ni honte comme le conseille Philip Roth, mais ce n’est pas toujours facile car on prend le risque de heurter des sensibilités.

On laisse dans tout roman une part de soi, il faut l’accepter aussi.

 

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Précédent rendez-vous :  Lilian Auzas

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Les arbres voyagent la nuit

Toutes les réponses à « Pourquoi écrivez-vous ? »

Les arbres voyagent la nuit, Aude Le Corff

PLes arbres voyagentrésentation de l’éditeur :

Un professeur de français à la retraite est intrigué par une fillette qui habite son immeuble. Chaque soir, après l’école, Manon se réfugie dans le jardin. Assise sous le bouleau, elle parle aux chats et aux fourmis, quand elle n’est pas plongée dans un livre. Depuis quelques mois, sa mère semble avoir disparu. 
Brisant la routine et sa solitude, Anatole finit par l’approcher. C’est autour de la lecture du Petit Prince qu’ils échangent leurs premières confidences. 
En côtoyant Manon, le vieil homme va rencontrer d’autres voisins : Sophie, une femme singulière qui le met mal à l’aise, et Pierre, le père de la fillette. C’est tous ensemble qu’ils entreprendront un voyage inattendu jusqu’au Maroc.

 

Lorsqu’ils montent dans le véhicule qui doit les mener jusqu’au Maroc, les protagonistes ont chacun des objectifs bien distincts. Manon veut retrouver sa mère, Pierre est déterminé à reconquérir sa femme, Sophie espère limiter des dégâts familiaux qu’elle juge inévitables, Anatole enfin ambitionne de continuer encore un peu à se sentir vivant. En ligne d’horizon, Essaouira, Saint-Malo du Maroc, où les heures sont bleues comme l’océan et où le vent souffle aussi fort que cognent les cœurs.

 

Le périple sera rempli de surprises, de poésie, et de liens qui se tissent. Pour chacun, le voyage se révèlera initiatique, et modifiera définitivement le cours des existences. « C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante », écrivait Saint-Exupéry dont Le Petit Prince accompagne ces improbables aventuriers.

 

La plume d’Aude Le Corff effleure les choses, les êtres et les décors pour en révéler les nuances. Son écriture est musicale et teintée de références qui sont autant de fenêtres sur le monde.

 

Les arbres voyagent la nuit est un très joli premier roman ; un roman qui incite à prendre le temps, à partager et à s’émerveiller.

 

Stock, mars 2013, 296 pages, 19 euros

 

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Quelques extraits :

 

« Nous savons toutes les deux qu’il ne faut pas chercher à lutter quand ça devient vital. J’ai quitté Pierre et Manon par amour pour un autre homme, mais aussi pour fuir l’enterrée vive que j’étais devenue. » (page 55)

 

« Rien n’est jamais fini tant que le dernier souffle n’a pas franchi son dernier obstacle. » (page 106)

 

« Quel dommage que les arbres ne voyagent pas, pense-t-elle. Ils peuvent être plusieurs fois centenaires, mais restent tout leur vie enracinés au même endroit. A quoi bon ? » (page 131)

 

« Les arbres sont tous reliés, et plus vivants qu’on le croit si on sait être à leur écoute ; c’est en chacun d’eux qu’elle retrouvera son bouleau. » (page 169)

 

« Ses maux étaient le seul moyen d’exister encore un peu, en allant consulter le médecin, en achetant des médicaments à la pharmacie. Sa déchéance physique était sa meilleure excuse pour vivre dans l’attente du clap final, reclus dans son appartement qui recevait pour unique visite quotidienne le livreur de plateaux-repas. En le mettant au rebut, la société a réussi à le convaincre qu’il était en bout de course. » (page 179)

 

« Son corps peut lui envoyer tous les signaux de fin de vie qu’il veut, il s’en fiche. Il n’y a pas de meilleure morphine que la présence de Manon à ses côtés. » (page 180)

 

« Les adultes ont tous les droits. Ils peuvent partir sans se retourner du jour au lendemain, crapahuter avec un coquillage dans leur sac, mentir pour se protéger. » (page 182)

 

« Le temps se dilue quand on voyage. » (page 184)

 

« Depuis qu’Anaïs est partie, comme l’écrivait joliment Apollinaire à sa fiancée, le jour n’existe plus, le soleil s’est noyé. » (page 208)

 

« La répétition teinte de banalité n’importe quel chef-d’œuvre de la nature : on admire, on contemple puis on intègre le paysage, avant de se fondre en lui. » (page 210)

 

« Le soleil rend-il invisible les étoiles aux yeux des hommes pour leur cacher une part du mystère de l’univers ? Ainsi, quand ils ne dorment pas, ils oublient qu’ils sont cernés par l’infini. […] Sous un ciel diurne, les hommes vaquent à leurs activités sans se poser de questions, alors que les étoiles nous confronteraient sans cesse à notre insignifiance et à notre ignorance. » (pages 220-221)

 

« L’affection qui lie ces individus si différents est palpable. Tout dans leurs gestes, leurs mots et leurs regards indique qu’ils ne sont plus simplement liés par l’envie commune de la retrouver, mais par des sentiments plus forts, qui ont pris racine en eux et grandi pendant ce voyage. » (page 277)

 

« Près de nous est le trou béant :

Avant de replonger au gouffre,

Fais donc flamboyer ton néant ;

Aime, rêve, désire et souffre ! » (Jean Lahor, cité page 289)

Plonger, Christophe Ono-dit-Biot

PlongerPrésentation de l’éditeur :

« Ils l’ont retrouvée comme ça. Nue et morte. Sur la plage d’un pays arabe. Avec le sel qui faisait des cristaux sur sa peau. »

Un homme enquête sur la femme qu’il a passionnément aimée. Elle est partie il y a plusieurs mois, pour une destination inconnue, le laissant seul avec leur petit garçon.

Elle était artiste, elle s’appelait Paz. Elle était solaire, inquiète, incroyablement douée. Elle étouffait en Europe.

Pour son fils, à qui il doit la vérité sur sa mère, il remonte le fil de leur amour – leur rencontre, les débuts puis l’ascension de Paz dans le monde de l’art, la naissance de l’enfant – et essaie d’élucider les raisons qui ont précipité sa fin.

Des trésors de la vieille Europe aux mégapoles du Nouveau Monde, du marbre des musées au sable des rivages où l’on se lave de tout, Plonger est l’histoire d’un couple de notre temps. En proie à tous les vertiges d’une époque où il devient de plus en plus difficile d’aimer.

 

César, le narrateur, écrivain (un peu) et journaliste (surtout) de son état, s’adresse à Hector, son fils de 4 ans, et lui raconte sa mère et leur amour alors qu’il part identifier le corps de la première – cependant qu’il autopsie le second. Au prétexte de s’adresser à son fils, il joue un peu trop les professeurs. La tendance de Christophe Ono-dit-Biot à verser dans le didactique (quel besoin de préciser à quelles fins le Lutetia a été investi pendant la guerre, ce qu’est la Carte du Tendre, de donner des explications de textes des – nombreuses – références littéraires ou autres auxquelles il fait appel, de reproduire les photos des statues citées ?) est très agaçante. D’autant que ces leçons dont on se serait bien passées n’auraient pas enlevé de puissance à l’ensemble, bien au contraire.

 

Ainsi Christophe Ono-dit-Biot m’a fortement agacée sur la forme – à son érudition que je lui accordais a priori et qui ne nécessitait pas de démonstration, à ces photos de sculptures que je ne veux pas qu’on m’impose s’ajoutant longueurs et répétitions – alors même que je relevais nombre de phrases jolies et très justes, efficaces même lorsqu’elles s’avéraient convenues.

 

 

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Et pourtant, son intrigue m’a happée. J’ai été emportée dès le début par la spirale de sa quête, par ce mouvement cherchant à remonter le temps, et si j’ai cru abandonner en cours de route, l’auteur m’a finalement rattrapée in extremis – et je n’ai plus lâché son roman. J’y ai plongé, en apnée, et je me suis laissée envahir par le bleu. Trop tentant d’utiliser ce champ lexical-ci.

 

Parce que Christophe Ono-dit-Biot, écrivain et journaliste de son état, met des mots sur ce qui se joue silencieusement entre deux êtres qui se rapprochent passionnément avant de s’éloigner tout doucement, il décrit ce que les attitudes disent quand les paroles font défaut, il avance à tâtons dans le mystère de l’amour, le plus grand de tous, inépuisable sujet, beau, mystérieux et dangereux comme ces abysses dont on peut ne jamais remonter entier. Plonger ressemble à un vrai roman d’amour.

 

Une lecture en demi-teinte donc, mais quand l’impression finale est excellente, c’est sur celle-là que l’on reste, en oubliant tous les petits désagréments qui ont jalonné la lecture (ou alors, on écrit un billet de blog pour s’en souvenir – et puis, il y a comme ça des choses qu’on adore détester).

 

Plonger figure sur la première liste du prix Renaudot 2013 annoncée cette semaine.

Edit : Plonger a été récompensé par le Grand prix de l’Académie française et le prix Renaudot des lycéens.

 

Gallimard, août 2013, 448 pages, 21 €

 

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Morceaux choisis :

 

« Un couple c’est la guerre. » (page 18)

 

« Certaines minutes durent des vies. » (page 23)

 

« Certains couloirs sont des tunnels. » (page 24)

 

« Notre corps ne s’arrête pas à notre corps. » (page 38)

 

« Les plaisirs qu’on a eus sont tout ce qui reste d’une vie qui s’achève. Les grands chagrins se dissipent. » (page 41)

 

« J’aimais l’Entreprise. L’ambiance y était bonne, malgré les coups de poignard et les coups de langue serviles. J’y avais des amis, et mon métier me passionnait. Il impliquait beaucoup de travail, de savoir à peu près tout sur tout, de ne jamais fermer les yeux, d’essayer malgré la tension permanente de laisser une place à l’enthousiasme. Il avait du sens. » (page 48)

 

« Je me sentais vivant quand la beauté de la vie me vrillait la rétine. » (page 56)

 

« J’ai écrit une quinzaine de lignes sur son travail, destinées à être publiées dans le prochain numéro du journal. Je sais ce que tu vas te dire, que je me sers de mon statut public pour des motivations privées. Je te rappelle seulement que dans le domaine de l’art, on aime toujours pour des motivations privées. Parce que les œuvres qu’elles soient filmiques ou graphiques, remuent des choses en vous. » (page 59)

 

« Je ne crois pas que notre époque puisse se raconter sous la forme d’un roman. » (page 79)

 

« Mon métier, c’est de l’interprétation. Ce n’est que ça. Avec un peu de style pour faire passer notre manque d’instinct… » (page 82)

 

« Le narcissisme devrait être obligatoire : il vous empêche de vous laisser aller et d’être une charge pour les autres. » (Karl Lagerfeld, cité pages 85-86)

 

« Pourquoi les adultes ne peuvent-ils se retenir de transmettre aux enfants ce qui ne passe pas, comme s’il fallait entretenir le feu de la vengeance ? » (page 90)

 

« Quelqu’un qui fait pour vous la cuisine vous veut forcément du bien. » (page 96)

 

« ces bilans de santé professionnelle qu’on appelait les dîners en ville » (page 112)

 

« Il est ridicule de se priver de nouveaux paradis. » (page 171)

 

« Quelle que soit la façon dont les gens font l’amour, quelles que soient les configurations qu’ils choisissent, la géométrie de leurs corps, l’acte repose toujours sur un même mouvement : un va-et-vient fluide, répété, régulier, ample. Comme s’il fallait pour aller vers l’autre descendre d’abord en soi, en tirer le meilleur. Comme s’il fallait d’abord chercher le mystère qui nous fait tels que nous sommes, afin de l’unir au mystère de l’autre. » (pages 187-188)

 

« Parfois, les œuvres ne servaient que de médiation entre les humains. Un vecteur inerte pour leurs attractions magnétiques. » (page 219)

 

« L’exotisme, cette drogue pour enfants gâtés d’Europe qui ne mesurent pas ce qu’ils ont entre les mains. » (page 255)

 

« On s’aimerait et on se quitterait. Et tant que ce ne serait pas le cas, on ferait la guerre au monde entier pour s’aimer encore. » (page 290)

 

« Il va me falloir descendre pour comprendre. » (page 362)

 

« Il semble que l’être humain s’épuise aux yeux de l’autre comme s’épuisent les gisements d’or. » (page 405)

 

« Notre tsunami est sans vague mais me ravage autant. » (page 419)

Prix d’automne : moisson de listes

prix_lit--469x239L’été n’est pas terminé que les premières listes des prix d’automne pleuvent déjà. Depuis une petite semaine, les principales sélections sont annoncées les unes après les autres. Récapitulatif avec sept prix qui comptent.

 

 

 

Prix Goncourt

Jean-Daniel Baltassat, Le divan de Staline (Seuil) – David Bosc, La claire fontaine (Verdier) – Sorj Chalandon, Le quatrième mur (Grasset) – Marie Darrieussecq, Il faut beaucoup aimer les hommes (P.O.L) – Sylvie Germain, Petites scènes capitales (Albin Michel) – Pierre Jourde, La première pierre (Gallimard) – Pierre Lemaître, Au revoir là-haut (Albin-Michel) – Yann Moix, Naissance (GGoncourt_7455rasset) – Boris Razon, Palladium (Stock) – Thomas B. Reverdy, Les Evaporés (Flammarion) – Laurent Seksik, Le cas Eduard Einstein (Flammarion) – Chantal Thomas, L’échange des princesses (Seuil) – Jean-Philippe Toussaint, Nue (Minuit) – Karine Tuil, L’invention de nos vies (Grasset) – Frédéric Verger, Arden (Gallimard)

Le jury : Edmonde Charles-Roux, Didier Decoin, Françoise Chandernagor, Bernard Pivot, Tahar Ben Jelloun, Patrick Rambaud, Régis Debray, Pierre Assouline, Philippe Claudel, Paule Constant

Deuxième sélection mardi 1er octobre, troisième sélection mardi 29 octobre, remise lundi 4 novembre (lauréat 2012 : Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud))

 

 

Prix Médicis

Romans français : Laura Alcoba, Le bleu des abeilles (Gallimard) – Metin Arditi, La Confrérie des moines volants (Grasset) – Roland Buti, Le milieu de l’horizon (Zoé) – Thomas Clerc, Intérieur (Gallimard) – Delphine Coulin, Voir du pays (Grasset) – Marie Darrieussecq, Il faut beaucoup aimer les hommes (POL) – Tristan Garcia, Faber. Le Destructeur (Gallimard) – Cloé Korman, Les saisons de Louveplaine (Seuil) – Charif Majdalani, Le dernier seigneur de Marsad (Seuil) – Céline Minard, Faillir être flinguée (Rivages) – Yann Moix, Naissance (Grasset) – Philippe Vasset, La conjuration (Fayard) – Frédéric Verger, Arden (Gallimard)

Romans étrangers : Jaume Cabré, Confiteor (Actes Sud) – Toine Heijmans, En mer (Christian Bourgois) – Laura Kasischke, Esprit d’hiver (Christian Bourgois) – Allan Hollingshurst, L’Enfant de l’étranger (Albin Michel) – Marco Lodoli, Les Promesses (P.O.L.) – Rosa Liksom, Compartiment nº6 (Gallimard) – Javier Marìas, Comme les amours (Gallimard) – Patrick McGuinness, Les Derniers Cent Jours (Grasset)- Joan Didion, Le Bleu de la nuit (Grasset) – Joyce Carol Oates, Mudwoman (Philippe Rey) – Edna O’Brien, Fille de la campagne (Sabine Wespieser) – Lance Weller, Wilderness (Gallmeister)

Le jury : Francine Mallet, Jacqueline Piatier, Christine de Rivoyre, Anne Wiazemsky, Dominique Fernandez, Patrick Grainville, Denis Roche

Deuxièmes sélections jeudi 26 septembre, remise mardi 12 novembre (lauréats 2012 : Emmanuelle Pireyre, Féérie générale (L’Olivier), Actes Sud), Avraham B. Yehoshua, Rétrospective (Grasset) et David van Reybrouck, Congo, une histoire (Actes Sud))

 

 

Prix Renaudot

Romans : Etienne de Montéty, La Route du salut (Gallimard) – Chistophe Ono-dit-Biot, Plonger (Gallimard) – Yann Moix, Naissance (Grasset) – Patricia Reznikov, La Transcendante (Albin Michel) – Philippe Vasset, La Conjuration (Fayard) – Thomas Clerc, Intérieur (L’Arbalète) – Romain Puertolas, L’extraordinaire voyage du fakir qui reste coincé dans une armoire Ikea (Le Dilettante)- Pierre Lemaitre, Au revoir là-haut (Albin Michel) – Philippe Jaenada, Sulak (Julliard) – Cloé Korman, Les Saisons de Louveplaine (Seuil) – Frédéric Verger, Arden (Gallimard) – Metin Arditi, La confrérie des moines volants (Grasset)

Essais : Gabriel Matzneff, Séraphin c’est la fin (Table ronde) – Frédéric Schiffter, Le Charme des penseurs tristes (Flammarion) – Pierre Jourde, La première pierre (Gallimard) – Jean-Paul et Raphaël Enthoven, Dictionnaire amoureux de Proust (Plon/Grasset) – Lydie Salvayre, 7 femmes (Perrin) – Bernard Quiriny, Monsieur Spleen (Seuil) – Serge Sabchez, La Lampe de Proust (Payot/Rivages)

Le jury : Christian Giudicelli, Dominique Bona, Franz-Olivier Giesbert, Georges-Olivier Châteaureynaud, Jean-Marie Gustave Le Clézio, Jean-Noël Pancrazi, Louis Gardel, Patrick Besson, Jérôme Garcin, Frédéric Beigbeder

Remise lundi 4 novembre (lauréats 2012 : Scholastique Mukasonga, Notre-Dame du Nil (Gallimard) et Franck Maubert, Le Dernier modèle (Mille et une nuits))

 

 

Prix Décembre

Nelly Alard, Moment d’un couple (Gallimard) – David Bosc, La claire fontaine (Verdier) – Tristan Garcia, Faber : le destructeur (Gallimard) – Brigitte Giraud, Avoir un corps (Stock) – Jean-Yves Lacroix, Haute époque (Albin Michel) – Pierre Mérot, Toute la noirceur du monde (Flammarion) – Yann Moix, Naissance (Grasset) – Maël Renouard, La réforme de l’Opéra de Pékin (Rivages) – Thomas B. Reverdy, Les évaporés (Flammarion) – Jean Rolin, Ormuz (P.O.L) – Frédéric Verger, Arden (Gallimard) – Marc Weitzmann, Une matière inflammable (Stock)

Le jury : Jérôme Garcin, Eric Neuhoff, Patricia Martin, Philippe Sollers, Fréderic Beigbeder, Pierre Bergé, Cécile Guilbert, Michel Crépu, Dominique Noguez, Charles Dantzig, Arnaud Viviant

Deuxième sélection mercredi 23 octobre, remise mardi 5 novembre (lauréat 2012 : Mathieu Riboulet, Les Œuvres de miséricorde (Verdier))

 

wepler-2013-la-selectionPrix Wepler

Sylvie Aymard, C’est une occupation sans fin que d’être vivant (Grasset) – Nicolas Bouyssi, Les rayons du soleil (P.O.L.) – Marcel Cohen, Sur la scène intérieure (Gallimard) – Brigitte Giraud, Avoir un corps (Stock) – Emmanuelle Heidsieck, À l’aide ou Le rapport W (Inculte) – Thierry Laget, Provinces, Atlas des amours fugaces (Arbre vengeur) – Loïc Merle, L’esprit de l’ivresse (Actes Sud) – Céline Minard, Faillir être flingué (Rivages) – Philippe Rahmy, Béton armé (La Table ronde) – Tiphaine Samoyault, Bête de cirque (Seuil) – Marina de Van, Stéréoscopie (Allia) – Philippe Vasset, La conjuration (Fayard)

Le jury : Karin Bony, Catherine Fourreau, Elisabeth Franck-Dumas, Colombe Gamelin-Boncenne, Arnaud Laporte, Simon Leibovitz, Olivier Renault, Jonathan Tenreiro, Sylvie Vacher, Bernadette Zancope, Marie-Rose Guarniéri, Elisabeth Sanchez

Remise lundi 11 novembre (lauréate 2012 : Leslie Kaplan, Millefeuille (P.O.L.))

 

 

FlorePrix de Flore

Nelly Alard, Moment d’un couple (Gallimard) – Xavier Boissel, Autopsie des ombres (Inculte) – David di Nota, Ta femme me trompe (Gallimard) – Olivier Lebé, Repulse Bay (La Grande Ourse) – Alizé Meurisse, Neverdays (Allia) – Fabien Prade, Parce que tu me plais (NiL) – Monica Sabolo, Tout cela n’a rien à voir avec moi (Lattès) – Sacha Sperling, J’ai perdu tout ce que j’aimais (Fayard) – Flore Vasseur, En bande organisée (Éditions des Équateurs) – Marc Weitzmann, Une matière inflammable (Stock)

Le jury : Frédéric Beigbeder, Carole Chrétiennot, Michèle Fitoussi, Jean-Pierre Saccani, Manuel Carcassonne, Philippe Vandel, Jacques Braunstein, Jean-René Van der Plaesten, Arnaud Viviant, François Reynaert, Bertrand de Saint-Vincent, Christophe Tison

Deuxième sélection mardi 8 octobre, remise jeudi 7 novembre (lauréat 2012 : Oscar Coop-Phane, Zénith Hôtel (Finitude))

 

 

Prix Femina

Romans français : Laura Alcoba, Le bleu des abeilles (Gallimard) – Tristan Garcia, Faber. Le Destructeur (Gallimard) – Brigitte Giraud, Avoir un corps (Stock) – Mikaël Hirsch, Avec les hommes (Intervalles) – Pierre Lemaitre, Au revoir là-haut (Albin Michel) – Charif Majdalani, Le dernier seigneur de Marsad (Seuil) – Leonora Miano, La saison de l’ombre (Grasset) – Céline Minard, Faillir être flingué (Rivages) – Véronique Ovaldé, La grâce des brigands (L’Olivier) – Eric Pessan, Muette (Albin Michel) – Olivier Poivre d’Arvor, Le jour où j’ai rencontré ma fille (Grasset) – Patricia Reznikov, La transcendante (Albin Michel) – Laurent Seksik, Le cas Eduard Einstein (Flammarion) – Jean-Philippe Toussaint, Nue (Minuit) – Karine Tuil, L’invention de nos vies (Grasset)

Romans étrangers : Martin Amis, Lionel Asbo (Gallimard) – Nadeem Aslam, Le jardin de l’aveugle (Seuil) – Jaume Cabré, Confiteor (Actes Sud) – Junot Diaz, Guide du looser amoureux (Plon) – Louise Erdrich, Dans le silence du vent (Albin Michel) – Richard Ford, Canada (L’Olivier) – Alan Hollinghurst, L’enfant de l’étranger (Albin Michel) – Eun Ja Kang, L’étrangère (Seuil) – Laura Kasischke, Esprit d’hiver (Bourgois) – Colum McCann, Transatlantic (Belfond) – Patrick McGuiness, Les cent derniers joursAnouk Markovits, Je suis interdite (Lattès) – Melania Mazzucco, La longue attente de l’ange (Flammarion) – Sarah Quigley, La symphonie de Leningrad (Mercure de France)

Le jury : Paule Constant, Camille Laurens, Diane de Margerie, Solange Fasquelle, Viviane Forrester, Claire Gallois, Benoîte Groult, Paula Jacques, Christine Jordis, Mona Ozouf, Danièle Sallenave, Chantal Thomas

Deuxième sélection vendredi 4 octobre, troisième sélection vendredi 25 octobre, remise mercredi 6 novembre (lauréats 2012 : Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil) et Julie Otsuka, Certaines n’avaient jamais vu la mer (Phébus))

 

Avis aux joueurs : les paris sont ouverts !

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