Plonger, Christophe Ono-dit-Biot

PlongerPrésentation de l’éditeur :

« Ils l’ont retrouvée comme ça. Nue et morte. Sur la plage d’un pays arabe. Avec le sel qui faisait des cristaux sur sa peau. »

Un homme enquête sur la femme qu’il a passionnément aimée. Elle est partie il y a plusieurs mois, pour une destination inconnue, le laissant seul avec leur petit garçon.

Elle était artiste, elle s’appelait Paz. Elle était solaire, inquiète, incroyablement douée. Elle étouffait en Europe.

Pour son fils, à qui il doit la vérité sur sa mère, il remonte le fil de leur amour – leur rencontre, les débuts puis l’ascension de Paz dans le monde de l’art, la naissance de l’enfant – et essaie d’élucider les raisons qui ont précipité sa fin.

Des trésors de la vieille Europe aux mégapoles du Nouveau Monde, du marbre des musées au sable des rivages où l’on se lave de tout, Plonger est l’histoire d’un couple de notre temps. En proie à tous les vertiges d’une époque où il devient de plus en plus difficile d’aimer.

 

César, le narrateur, écrivain (un peu) et journaliste (surtout) de son état, s’adresse à Hector, son fils de 4 ans, et lui raconte sa mère et leur amour alors qu’il part identifier le corps de la première – cependant qu’il autopsie le second. Au prétexte de s’adresser à son fils, il joue un peu trop les professeurs. La tendance de Christophe Ono-dit-Biot à verser dans le didactique (quel besoin de préciser à quelles fins le Lutetia a été investi pendant la guerre, ce qu’est la Carte du Tendre, de donner des explications de textes des – nombreuses – références littéraires ou autres auxquelles il fait appel, de reproduire les photos des statues citées ?) est très agaçante. D’autant que ces leçons dont on se serait bien passées n’auraient pas enlevé de puissance à l’ensemble, bien au contraire.

 

Ainsi Christophe Ono-dit-Biot m’a fortement agacée sur la forme – à son érudition que je lui accordais a priori et qui ne nécessitait pas de démonstration, à ces photos de sculptures que je ne veux pas qu’on m’impose s’ajoutant longueurs et répétitions – alors même que je relevais nombre de phrases jolies et très justes, efficaces même lorsqu’elles s’avéraient convenues.

 

 

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Et pourtant, son intrigue m’a happée. J’ai été emportée dès le début par la spirale de sa quête, par ce mouvement cherchant à remonter le temps, et si j’ai cru abandonner en cours de route, l’auteur m’a finalement rattrapée in extremis – et je n’ai plus lâché son roman. J’y ai plongé, en apnée, et je me suis laissée envahir par le bleu. Trop tentant d’utiliser ce champ lexical-ci.

 

Parce que Christophe Ono-dit-Biot, écrivain et journaliste de son état, met des mots sur ce qui se joue silencieusement entre deux êtres qui se rapprochent passionnément avant de s’éloigner tout doucement, il décrit ce que les attitudes disent quand les paroles font défaut, il avance à tâtons dans le mystère de l’amour, le plus grand de tous, inépuisable sujet, beau, mystérieux et dangereux comme ces abysses dont on peut ne jamais remonter entier. Plonger ressemble à un vrai roman d’amour.

 

Une lecture en demi-teinte donc, mais quand l’impression finale est excellente, c’est sur celle-là que l’on reste, en oubliant tous les petits désagréments qui ont jalonné la lecture (ou alors, on écrit un billet de blog pour s’en souvenir – et puis, il y a comme ça des choses qu’on adore détester).

 

Plonger figure sur la première liste du prix Renaudot 2013 annoncée cette semaine.

Edit : Plonger a été récompensé par le Grand prix de l’Académie française et le prix Renaudot des lycéens.

 

Gallimard, août 2013, 448 pages, 21 €

 

A lire aussi sur Sophielit :

Toute la rentrée littéraire 2013

 

 

Morceaux choisis :

 

« Un couple c’est la guerre. » (page 18)

 

« Certaines minutes durent des vies. » (page 23)

 

« Certains couloirs sont des tunnels. » (page 24)

 

« Notre corps ne s’arrête pas à notre corps. » (page 38)

 

« Les plaisirs qu’on a eus sont tout ce qui reste d’une vie qui s’achève. Les grands chagrins se dissipent. » (page 41)

 

« J’aimais l’Entreprise. L’ambiance y était bonne, malgré les coups de poignard et les coups de langue serviles. J’y avais des amis, et mon métier me passionnait. Il impliquait beaucoup de travail, de savoir à peu près tout sur tout, de ne jamais fermer les yeux, d’essayer malgré la tension permanente de laisser une place à l’enthousiasme. Il avait du sens. » (page 48)

 

« Je me sentais vivant quand la beauté de la vie me vrillait la rétine. » (page 56)

 

« J’ai écrit une quinzaine de lignes sur son travail, destinées à être publiées dans le prochain numéro du journal. Je sais ce que tu vas te dire, que je me sers de mon statut public pour des motivations privées. Je te rappelle seulement que dans le domaine de l’art, on aime toujours pour des motivations privées. Parce que les œuvres qu’elles soient filmiques ou graphiques, remuent des choses en vous. » (page 59)

 

« Je ne crois pas que notre époque puisse se raconter sous la forme d’un roman. » (page 79)

 

« Mon métier, c’est de l’interprétation. Ce n’est que ça. Avec un peu de style pour faire passer notre manque d’instinct… » (page 82)

 

« Le narcissisme devrait être obligatoire : il vous empêche de vous laisser aller et d’être une charge pour les autres. » (Karl Lagerfeld, cité pages 85-86)

 

« Pourquoi les adultes ne peuvent-ils se retenir de transmettre aux enfants ce qui ne passe pas, comme s’il fallait entretenir le feu de la vengeance ? » (page 90)

 

« Quelqu’un qui fait pour vous la cuisine vous veut forcément du bien. » (page 96)

 

« ces bilans de santé professionnelle qu’on appelait les dîners en ville » (page 112)

 

« Il est ridicule de se priver de nouveaux paradis. » (page 171)

 

« Quelle que soit la façon dont les gens font l’amour, quelles que soient les configurations qu’ils choisissent, la géométrie de leurs corps, l’acte repose toujours sur un même mouvement : un va-et-vient fluide, répété, régulier, ample. Comme s’il fallait pour aller vers l’autre descendre d’abord en soi, en tirer le meilleur. Comme s’il fallait d’abord chercher le mystère qui nous fait tels que nous sommes, afin de l’unir au mystère de l’autre. » (pages 187-188)

 

« Parfois, les œuvres ne servaient que de médiation entre les humains. Un vecteur inerte pour leurs attractions magnétiques. » (page 219)

 

« L’exotisme, cette drogue pour enfants gâtés d’Europe qui ne mesurent pas ce qu’ils ont entre les mains. » (page 255)

 

« On s’aimerait et on se quitterait. Et tant que ce ne serait pas le cas, on ferait la guerre au monde entier pour s’aimer encore. » (page 290)

 

« Il va me falloir descendre pour comprendre. » (page 362)

 

« Il semble que l’être humain s’épuise aux yeux de l’autre comme s’épuisent les gisements d’or. » (page 405)

 

« Notre tsunami est sans vague mais me ravage autant. » (page 419)

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9 réflexions sur “Plonger, Christophe Ono-dit-Biot

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