Pourquoi écrivez-vous, Paul Vacca ?

Vacca

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Paul Vacca est romancier, scénariste et essayiste.

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Il est l’auteur de deux romans, La petite cloche au son grêle (2008) et Nueva Königsberg (2009) aux Éditions Philippe Rey, et de deux essais, Hyper, ton univers impitoyable – Le système hypermarché mis à nu (1994) aux éditions Alternatives et La société du hold-up – Le nouveau récit du capitalisme (2012) aux éditions Fayard/Mille et une nuits.

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Pourquoi écrivez-vous ?

Question abyssale… Si je savais vraiment pourquoi j’écris, peut-être que je n’écrirais pas, finalement. À l’acte d’écrire se mêle un tas de motivations conscientes et inconscientes, avouables et inavouables et qui peuvent évoluer d’un livre à l’autre, d’un jour à l’autre. Ecrire est une alchimie très particulière, un paradoxe permanent, à la fois une souffrance et un plaisir, une démarche impérieuse et tellement futile à la fois, une tension vers l’universel par la voie la plus personnelle… Personnelle, mais pas solitaire pour autant. Il y a à mon sens toujours « quelqu’un d’autre » lorsque l’on écrit. Un « lecteur idéal » qui nous renvoie à son tour l’image d’un « écrivain idéal ». C’est un jeu de miroirs assez complexe. Une illusion ou un quiproquo qui peut parfois être source de bonheur – pour l’écrivain et le lecteur.

Paul VaccaDans un livre, je n’ai pas de message particulier à faire passer – même dans mes essais où je cherche plutôt à partager tout au plus un angle de vision sur le monde. À mon sens, un livre constitue plutôt un espace pour partager que pour livrer (un message, une thèse, des états d’âme…)

D’ailleurs, l’idée du livre ne préexiste pas totalement avant d’écrire. C’est un cheminement assez organique : le livre se révèle en s’écrivant. Même si j’ai pu faire un plan précis, il y a toujours un moment où le livre commence à avoir une vie propre, une forme d’autonomie. De même que l’on peut dire qu’une statue préexiste dans le bloc de roche dont elle est issue. En ce sens, je me vois plus comme un découvreur, que comme un démiurge. J’ai l’impression que l’histoire que je raconte – le livre que j’écris – préexiste quelque part dans un espace platonicien – ou borgésien comme on voudra – et que j’en suis finalement l’interprète, le passeur. Pour moi et – si dieu le veut – pour les autres.

Et mon outil de transmission, c’est la narration. Je crois aux vertus de l’histoire, du récit. D’ailleurs, même Proust ne dédaignait pas l’histoire, c’était aussi un storyteller sui generis. Et j’ai jubilé quand un libraire – Hugues Robert de la librairie Charybde à Paris – a remarqué que l’on pouvait « spoiler » À la Recherche du temps perdu… Oui, il y a bien des twists narratifs, des rebondissements, des péripéties même chez Proust (sans parler du twist final, que je ne spoilerai pas, bien entendu).

Mais ce n’est pas évidemment – et surtout chez Proust – l’histoire pour l’histoire en elle-même, comme pure forme de divertissement – même si elle peut être lue aussi comme cela.

L’histoire constitue une forme d’excipient, un vecteur qui a vertu à faire passer quelque chose d’autre, comme en contrebande. Quoi ? Mystère… Un écho interne au texte que chacun capte avec sa sensibilité et son propre parcours… Le plus important dans un livre, c’est ce qui finalement nous échappe à nous, écrivains ; c’est la part de mystère que chaque lecteur perçoit et qui lui est propre. Que nous pouvons initier mais que nous ne contrôlons jamais complètement. C’est en ce sens qu’on a pu souvent dire que « l’écrivain commence le livre et le lecteur le finit ».

 

 

 

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Des conseils ? Bigre ! Je ne suis pas sûr d’être le mieux placé pour en donner… Les voies de l’écriture sont tellement impénétrables et diverses. Dans un domaine comme l’écriture de roman, les conseilleurs ne sont vraiment pas les payeurs. D’ailleurs quelque chose devrait nous alerter : pourquoi les coachs en écriture de best-sellers n’écrivent-ils pas eux-mêmes des best-sellers ?

Il y a cependant des conseils qui ne mangent pas de pain. Je pourrais conseiller de lire. Seulement voilà, certains auteurs ont lu moins de livres qu’ils en ont écrits et la lecture de l’intégralité du catalogue de la Très Grande Bibliothèque ne fera pas nécessairement de nous un écrivain… Je pourrais aussi conseiller d’écrire régulièrement. Oui, mais c’est plus un gage de productivité qu’une assurance de qualité… Je pourrais conseiller de participer à des ateliers d’écriture. Pourquoi pas, ce n’est pas inutile pour échanger autour d’un texte… D’être à l’écoute du monde. Mais c’est un conseil que l’on peut donner à un acteur, à un peintre, un journaliste, un médecin ou un violoniste… De faire un plan, même si certains chef-d’œuvres ont été écrits sans plan… Je pourrais tout aussi bien conseiller de (ne pas) faire lire autour de soi, d’avoir un métier à côté, de persévérer malgré les refus, de croire en son étoile, de lirePaul Vacca2 ses contemporains…

Mais en réalité, le conseil le plus utile que je pourrais formuler serait justement de faire fi de tout conseil… Une injonction purement contradictoire, j’en ai conscience, mais que je ne formule pas par simple plaisir de m’en tirer avec une pirouette paradoxale. À mon sens, on devient écrivain lorsque l’on n’attend plus de conseils précisément. Et que l’on décide de se jeter dans le grand bain des voyelles et des consonnes. Forcément seul et dans l’inconnu. Et à ce moment-là que peuvent bien peser les conseils, si pertinents soient-ils ? Sinon à reproduire sans conviction ce qui a déjà été fait ? Lorsque l’on décide d’écrire, il faut justement profiter de sa liberté et savourer sa chance. Alors, écrivain aspirant, « Fais ce que voudra »… et « advienne que pourra » !

 

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Précédent rendez-vous : Monica Sabolo

Prochain rendez-vous : Bertrand Guillot

 

A lire aussi sur Sophielit :

La petite cloche au son grêle

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