[Prix du Style 2013] Petites scènes capitales, Sylvie Germain

seconde-selection-2013Comme l’année dernière, j’ai le plaisir de lire la sélection du Prix du Style, qui sera remis le 19 novembre prochain au Palais de Tokyo. Six titres figurent sur la deuxième liste et seront ici présentés. Les voici par ordre alphabétique d’auteurs :

 

Trois grands fauves – Hugo Boris (Belfond)

Petites scènes capitales – Sylvie Germain (Albin Michel)

La première pierre – Pierre Jourde (Gallimard)

Au revoir là-haut – Pierre Lemaître (Albin Michel)

Faillir être flingué – Céline Minard (Rivages)

Une année qui commence bien – Dominique Noguez (Flammarion)

 

Présentation de l’éditeur :

 

Sacha Lenormand pour le Prix du Style www.sachalenormand.com

« L’amour, ce mot ne finit pas de bégayer en elle, violent et incertain. Sa profondeur, sa vérité ne cessent de lui échapper, depuis l’enfance, depuis toujours, reculant chaque fois qu’elle croit l’approcher au plus près, au plus brûlant. L’amour, un mot hagard. »

Tout en évocations lumineuses, habité par la grâce et la magie d’une écriture à la musicalité parfaite, Petites scènes capitales s’attache au parcours de Lili, née dans l’après-guerre, qui ne sait comment affronter les béances d’une enfance sans mère et les mystères de la disparition. Et si l’énigme de son existence ne cesse de s’approfondir, c’est en scènes aussi fugitives qu’essentielles qu’elle en recrée la trame, en instantanés où la conscience et l’émotion captent l’essence des choses, effroi et éblouissement mêlés.

 

 

 

 

Parfois, la scène paraît tout en insignifiance. Ainsi la troisième, qui débute par « Un bestiaire sonore enchante sa petite enfance. »et se termine par « Voix de sa solitude avec son père. ». Entre ces deux phrases, presque rien d’autre que des bruits d’oiseaux. Dispensable, dirait le lecteur qui a abandonné depuis trop longtemps l’enfant en lui, ou celui qui n’a jamais connu le silence des taiseux.

 

Et puis parfois, un monde se déroule en quelques lignes. Un micro événement qui marquera éternellement celle qui le vit. La découverte de son véritable prénom, la rencontre avec un exhibitionniste. « La scène est très brève et se joue à la muette, mais elle l’affecte durablement. » Les petits instants touchent, troublent, frappent souvent plus que les grands. La mort qui s’invite, à plusieurs reprises. Les grands drames aussi forgent l’identité.

 

 

Au fil de ces 49 scènes, l’histoire familiale de Lili-Barbara se déroule, nourrie de tragédies domestiques et de grandes dates d’une époque en ébullition. L’écriture lumineuse de Sylvie Germain dessine les ombres et les lumières d’un effondrement qui a commencé très tôt dans l’enfance – et dont il faudra bien tenter de se relever.

Son style éblouit aussi bien dans la construction du livre, cette sélection apparemment aléatoire dans laquelle, cependant, rien n’est laissé au hasard, que dans la prose presque musicale ; le titre déjà en était une figure.

 

Un roman tout en fragilité et en fausse candeur.

 

 

Banniere Px styleAlbin Michel, août 2013, 256 pages, 19 euros

 

 

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Le Prix du Style 2010

Toute la rentrée littéraire 2013

 

Quatre phrases :

 

petites-scènes-capitales-germain

« Le jour où son père lui annonce la mort de cette inconnue qui lui est d’une intimité lancinante et dont elle attend le retour avec une patience inébranlable, elle ne dit rien, ne demande rien, elle court faire de la balançoire à en perdre le souffle. » (page 15)

 

« Elle est un petit animal humain surpris par un goût fade et visqueux, saisi par une pensée bien trop vaste pour lui. » (page 18)

 

« Deux élans inverses se disputent en elle : celui d’un tenace désir de vivre, celui d’un violent attrait de la mort. » (page 46)

 

« Elle mange sans faim, le silence qui sature la chambre de sa grand-mère se transforme lentement en nœud dans sa gorge ; mais elle mange en abondance, pour lutter contre ce nœud, précisément. » (page 49)

 

 

www.prixdustyle.com

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