[Prix du Style 2013] Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre

Sacha Lenormand pour le Prix du Style www.sachalenormand.comComme l’année dernière, j’ai le plaisir de lire la sélection du Prix du Style, qui sera remis le 19 novembre prochain au Palais de Tokyo. Six titres figurent sur la deuxième liste et seront ici présentés. Les voici par ordre alphabétique d’auteurs :

 

Trois grands fauves – Hugo Boris (Belfond)

Petites scènes capitales – Sylvie Germain (Albin Michel)

La première pierre – Pierre Jourde (Gallimard)

Au revoir là-haut – Pierre Lemaître (Albin Michel)

Faillir être flingué – Céline Minard (Rivages)

Une année qui commence bien – Dominique Noguez (Flammarion)

 

Présentation de l’éditeur :

« Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d’avantages, même après. »

Sur les ruines du plus grand carnage du XXe siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts…

Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.

Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.

 

 

Sacha Lenormand pour le Prix du Style  www.sachalenormand.comFin de la Grande guerre, la der des der qu’ils disaient, carnage au bilan effroyable (des morts par millions, 60 millions d’obus tombés sur Verdun). Albert Maillard et Edouard Péricourt ont survécu. Maillard a été enterré vivant dans un trou d’obus, et Péricourt, fils de grande famille bourgeoise, plutôt du genre à avoir de la chance, l’a sauvé d’une mort certaine. Ce même jour, à la veille de l’Armistice, Péricourt a reçu un éclat d’obus qui lui a arraché toute la partie inférieure du visage.

 

A l’origine de cela, le lieutenant Henri d’Aulnay-Pradelle, un homme bien décidé à renouer avec la gloire qu’ont connu ses ancêtres, quitte à tuer ses propres soldats – tous les moyens sont bons pour devenir un héros décoré.

 

Dans cet après-guerre, l’on célèbre tellement les morts que l’on en oublie presque les vivants. L’Etat à décidé de faire bâtir dans chaque village un monument aux morts. Abîmés dehors comme dedans, les deux rescapés montent une escroquerie : ils proposeront aux maires un catalogue de différents modèles de monuments et empocheront l’acompte avant de disparaître.

 

Pendant ce temps, Aulnay-Pradelle, qui a épousé la fortunée sœur d’Edouard, se spécialise dans le rapatriement des corps enterrés sur les champs de batailles vers de grandes nécropoles, dignes sépultures sur lesquelles les familles pourront se recueillir. Moyennant le graissage de pattes de fonctionnaires et autres décideurs politiques, il s’autorisera les combinaisons inscriptions/contenus des cercueils les plus aléatoires et les économies en tous genres.

 

« Le pays tout entier était saisi d’une fureur commémorative en faveur des morts, proportionnelle à sa répulsion vis-à-vis des survivants. »

 

Pierre Lemaitre vient du polar ; à en juger par le nombre des récompenses qu’il a obtenues, il excelle dans le genre. En se basant sur le scandale des exhumations révélé en 1922, il fait une entrée fracassante en littérature blanche : Au revoir là-haut, roman fascinant, efficace, très accessible – populaire, dit-on –  et plein de rebondissements, a été couronné ce lundi par le prix Goncourt 2013.

 

« A la guerre, on veut des morts franches, héroïques et définitives, c’est pour cette raison que les blessés, on les supporte, mais qu’au fond, on ne les aime pas. »

 

Albin Michel, août 2013, 576 pages, 22,50 euros

 

 

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9 réflexions sur “[Prix du Style 2013] Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre

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  5. Je ne parviens pas à être tentée par ce roman, malgré les éloges qui fleurissent partout…. jusqu’au goncourt… l’auteur vient à rennes deux fois prochainement, peut-être me fera -t-il changer d’avis…

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