[Prix du Style 2013] Trois grands fauves, Hugo Boris

trois-grands-fauvesComme l’année dernière, j’ai le plaisir de lire la sélection du Prix du Style, qui sera remis le 19 novembre prochain au Palais de Tokyo. Six titres figurent sur la deuxième liste et seront ici présentés. Les voici par ordre alphabétique d’auteurs :

 

Trois grands fauves – Hugo Boris (Belfond)

Petites scènes capitales – Sylvie Germain (Albin Michel)

La première pierre – Pierre Jourde (Gallimard)

Au revoir là-haut – Pierre Lemaître (Albin Michel)

Faillir être flingué – Céline Minard (Rivages)

Une année qui commence bien – Dominique Noguez (Flammarion)

 

Présentation de l’éditeur :

Le portrait de trois prédateurs : Danton, Hugo et Churchill. Trois héros qui ont en commun d’avoir été confrontés très tôt à la mort, d’avoir survécu et d’y avoir puisé une force dévorante. Trois survivants qui ont opposé leur monstruosité à la faucheuse.

Trois grands fauves, ou comment défier la mort en trois leçons.

Trois portraits fragmentés et subjectifs, raccourcis saisissants d’une vérité qui échappe aux historiens. Une filiation imaginaire se tisse entre les personnages, dessinant une figure nouvelle. Qu’est-ce qu’un grand homme ? Où est son exception ?

 

 

Sacha Lenormand pour le Prix du Style www.sachalenormand.com

Tous trois ont très jeunes échappé à la mort. Cette expérience a fait d’eux des risque-tout. Quand on sait que la mort est si vite arrivée, on ressent une certaine urgence à vivre. Quand on a regardé la mort les yeux dans les yeux, on prend la vie à bras le corps. Et on ose. Danton, Victor Hugo et Churchill ont osé. Ils n’ont écouté que ce qu’ils avaient en eux pour décider de leur route. C’est ce qui a fait que chacun d’eux est devenu, à sa manière, un grand homme et a marqué l’Histoire.

 

Danton, défiguré dans l’enfance par un  taureau, deviendra un remarquable tribun – mais autant qu’à être acclamé par l’auditoire, il cherchera l’amour des femmes, car sa quête avide sera celle de tous les amours pour lesquels son physique a priori l’handicape.

 

Victor Hugo est ici un ogre dévoreur de petits. De ses quatre enfants, seule une fille survivra – mais elle sera internée pour ne pas périr à son tour. C’est le prix, croit l’écrivain, qu’on lui fait payer pour son insatiable appétit de chair. Il faudra attendre la génération suivante pour qu’arrive un semblant d’apaisement.

 

Trois grands fauves

Winston Churchill, dont les parents se sont d’emblée désintéressés, n’aura de cesse de (leur) prouver qu’il n’est pas le bon à rien qu’ils imaginent. Et puisque la mort qui s’est approchée pendant la guerre n’a pas voulu de lui, il se battra du côté des puissants – et des vainqueurs.

 

L’appétit de vivre est ici décliné de trois façons, avec trois partis pris originaux et un rapprochement littéraire entre ces trois personnages d’exception. Danton, Hugo et Churchill ont plus de points communs qu’il n’y paraît.

 

Trois portraits, sommes de petites histoires qui alimentent la grande, remarquablement écrits. Comme on s’arrange pour trouver dans le monde sa juste place après avoir frôlé la mort, chaque mot ici est exactement où il doit être. Hugo Boris ne cache le respect qu’il a pour ses personnages. Il les juge à peine. Son approche inattendue met en lumière leur part sombre et ravit le lecteur avide de détails et de révélations. Dans la vie comme dans les romans, ce sont leurs défauts qui rendent les personnages attachants.

 

Trois grands fauves est un voyage chez les invulnérables supposés. Aux monuments qui  traversent fièrement les siècles, Hugo Boris injecte une sacrée dose d’humanité – qu’elle soit réelle ou fictionnelle n’a que peu d’importance. Et si les figures mythiques n’étaient finalement que des hommes ? Un triptyque fascinant.

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Belfond, août 2013, 204 pages, 18 euros

 

 

 

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Phrases choisies (Danton) :

 

« La lumière seule fait le paysage. » (page 14)

 

« Il s’éloigne d’un pas de somnambule, en équilibre au bord du gouffre. » (page 24)

 

« La voix est l’organe dont il est le plus fier, celui sur lequel il bâtit son œuvre impalpable. » (page 25)

 

« Les énoncés des autres sont de vulgaires escabeaux au service de sa propre éloquence. » (page 26)

 

« Inventer une société nouvelle est si compliqué, alors qu’il est si facile de satisfaire une bouche ou un sexe ? » (page 30)

 

« Il ne sait pas mourir. » (page 43)

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