Danbé, Aya Cissoko & Marie Desplechin

DanbéLa boxeuse Aya Cissoko a un palmarès impressionnant : championne du monde de boxe française amateur femmes en 1999 et 2003, championne de France, d’Europe et du monde de boxe anglaise femmes en 2006.

 

Lorsqu’elle reçoit son premier titre, elle a 12 ans. C’est dans la catégorie benjamins qu’Aya est championne de France. Avant cela, l’adolescente a connu la vie dans la cité du 140, à Ménilmontant (Paris XXème), la mort de son père et de sa sœur dans un incident criminel, la mort encore de son petit frère moins d’un an plus tard.

La carrière sportive d’Aya sera brutalement interrompue en 2010 par une fracture des cervicales. La jeune femme reprendra alors ses études en entrant à l’Institut d’études politiques de Paris.

 

« Ceux qui savent se battre sur un ring savent se battre dans la vie. » répète son entraîneur à Aya. Le récit de son parcours n’est pas une apologie du sport comme alternative au quartier – au contraire. C’est le témoignage d’une personnalité qui s’est forgée sans attendre les années, qui s’est nourrie de l’amour des siens et a su trouver de la force dans les difficultés.

 

C’est un livre bref et très accessible qui donne aussi à voir une autre image de la boxe. C’est enfin la voix sincère et touchante d’une Française fille d’immigrés qui s’est construite malgré l’inévitable déchirement inhérent à sa condition en choisissant de prendre le meilleur de ses deux cultures.

 

AVT_Aya-Cissoko_2226Danbé a reçu roman le Grand prix de l’héroïne Madame Figaro en 2011.

Il est en cours d’adaptation pour Arte.

 

Points, 2012 (et Calmann-Lévy, 2011), 188 pages, 6 euros

 

 

Passages choisis :

 

« Je ne sais pas si l’Afrique a un problème avec l’Histoire. Mais je suis à la bonne place pour constater que l’Histoire a un problème avec l’Afrique. » (page 15)

 

« Mon destin français vient en bonne partie d’une législation foutraque née d’une appréhension bigleuse des phénomènes migratoires. » (page 19)

 

« Je peux relire le passé comme un manuel de lecture édifiant. » (page 25)

 

« Quand on est le personnage d’une tragédie, on ne s’épuise pas à chercher des coupables. On s’efforce tout juste d’aller jusqu’à demain. C’est ce que j’ai fait pendant des années. Je suis allée d’aujourd’hui à demain. » (page 45)

 

« Et puis il y a le corps. Il prend loyalement sa part des tourments de l’âme, il les détourne, il les bricole, il les apaise à sa manière. » (page 49)

 

« La traduction la plus approchante du malinké danbé serait le français « dignité ». La dignité, la vertu cardinale, le pivot autour duquel ma mère entend articuler notre existence. Sa propre mère le lui a transmis comme code de conduite. Elle s’y est tenue, nous nous y ferons. » (page 50)

 

« A partager une existence confite dans la misère, on développe toute une batterie de sentiments inconfortables, dont il faut bien penser qu’ils sont aussi distrayants, l’envie, la méfiance, la malveillance. » (page 56)

 

« Au destin qui s’acharne on ne peut opposer que la ténacité, et le recommencement. » (page 59)

 

« Echanger un conditionnement parfait contre une parfaite solitude n’est pas forcément une affaire en or. » (page 61)

 

« L’enfance n’est pas une partie de plaisir. » (page 61)

 

« Dehors est glacé, dedans est écrasant. » (page 66)

 

« De moi, on attend juste que je sois dure au mal. » (page 72)

 

« Le sport m’a donné une conscience très précise de mon corps. Le respect que je me porte impose aux autres de me respecter. » (page 85)

 

« Boxer me prouve, à longueur d’entraînement, que j’existe. Chaque coup reçu, chaque impact, la douleur même me rappellent que je suis vivante. […] Jamais, durant ces années d’entraînements et de combats, je ne conçois la boxe comme un moyen de « m’en sortir », comme une bonne manière, pour une enfant de pauvres, de s’élever socialement. Boxer n’est pas un accès au monde des autres. C’est une aventure intime. Une histoire de moi à moi. » (page 88)

 

« Je préfère la défaite. Perdre est un piment. Perdre est une promesse. Le chemin sera plus long que prévu, plus ardu, le labeur plus constant. » (page 89)

 

« Le plaisir n’a rien à voir avec la boxe. Il faut, pour se battre, avoir ses raisons, une douleur plus profonde, à peine visible, difficile à dompter, et qu’elle seule permet d’exprimer. » (page 90)

 

« Tout ne s’arrange pas du jour au lendemain, on ne renonce pas en une fois à toute sa vie d’avant. Mais un mouvement se met en place, qui ne s’arrêtera plus. Ce n’est plus le vague désir d’en sortir qui nous obsède, c’est la volonté qui nous guide. » (pages 95-96)

 

« Il faut se percevoir comme un peuple en danger pour organiser la transmission d’une histoire, comme d’un patrimoine, d’une distinction. » (page 106)

 

« Notre couleur parle pour nous, et nous ne savons pas ce qu’elle dit. » (page 106)

 

« L’avantage du dilettantisme, c’est qu’on risque moins de souffrir d’ambition déçue. » (page 116)

 

« Il n’y a que l’expérience pour dissoudre le préjugé. » (page 121)

 

« On ne peut pas mener deux luttes à la fois. » (page 159)

 

« Le passé me revient en même temps qu’il m’échappe. » (page 181)

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