Happé par Sempé, Christophe Carlier

Mise en page 1Quatrième de couverture :

« Sempé avoue dans un entretien qu’il a commencé à dessiner pour être avec des gens heureux. Ses personnages, taquins et tendres campent sur les places de village et dans les rues de Paris, sur les bords de mer et dans les sous-bois. Le regard vague et le sourire délicieux, ils murmurent une chanson qui se perd dans le silence du papier. J’ai cherché à savoir comment ils étaient nés, d’où venait cet homme – Sempé – qui a servi toute sa vie une certaine idée du bonheur. »

 

 

Christophe Carlier est fasciné par Sempé. Il est fasciné par son talent pour observer ses semblables et révéler d’eux le détail qui en fera des personnages ; l’écrivain et le dessinateur ne sont en cela pas si éloignés.

 

Christophe Carlier a avancé accompagné des albums de Sempé. « En feuilletant les albums de Sempé, j’habitue mes yeux à l’obscurité pour m’entraîner à voir de nuit. » Après s’être épris de l’œuvre, Carlier s’est intéressé à l’homme. Il l’a croisé dans les rues de Paris, lui a écrit (sur l’enveloppe, un timbre du Petit Nicolas) et a cherché à le rencontrer.

 

RienNEstSimpleIl raconte ici son histoire avec Sempé, et ce faisant lui rend un vibrant hommage. Dans ce court essai, un « carnet de croquis » dit-il, il analyse ce que les dessins de Sempé disent du monde et des hommes. Son trait de crayon rend attachants les personnages les plus colériques, les plus détestables, que « l’art du quant-à-soi conduit tout naturellement à l’art de faire rire ». La France de Sempé est « un pays pour les promeneurs ». Son regard est d’une bienveillance et d’une poésie qui n’empêchent pas des accès de corrosivité. Même vieux de cinquante ans, ses dessins restent d’une incroyable modernité. C’est sans doute qu’en dépit du progrès et de l’accélération générale, l’homme change peu.

 

ToutSeComplique

Happé par Sempé est un petit livre décousu qui ne peut plaire qu’à ceux qui déjà aiment Sempé, cet illustrateur né en 1932 et prénommé Jean-Jacques mais qui, contrairement au jeune héros qui a fait sa renommée, n’a plus de prénom depuis bien longtemps. « Plutôt que comme des lecteurs, je vois les amis de Sempé comme des contemplatifs ou comme des spectateurs. Un pédagogue parlerait peut-être de regardants, un commercial, de clients, mais puisque tout le monde n’est pas sensible à l’humour de Sempé, on pourrait aussi bien les considérer comme des élus. » (page 29)

 

Alors, je suis une élue – n’est-ce pas avec Sempé qu’a commencé l’année ? Et si Carlier pointe « l’infinie capacité de l’homme à enchanter le quotidien » que dessine le SauveQuiPeutcrayon de Sempé, cet essai appelle à se replonger dans l’œuvre du grand homme. Doucement mais passionnément. Pour sinon mieux résister au monde, du moins composer sereinement avec son absurdité.

 

Serge Safran éditeur, octobre 2013, 76 pages, 7 €

 

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Quelques enfants, Sempé

Par avion, Sempé

Toute la rentrée littéraire 2013

L’Assassin à la pomme verte, Christophe Carlier

Pourquoi écrivez-vous, Christophe Carlier ?

 

 

LaGrandePaniqueCollection de phrases :

 

« Quand on se retrouve sur un quai de gare, sa valise dans une main, son billet dans l’autre, on manque terriblement d’imagination. » (page 9)

 

« Sempé était venu à mon secours. Il m’avait distrait de la platitude des choses. » (page 10)

 

« Si Kafka a révélé l’emballement des machines administratives et la culpabilité sans cause qui étreignent l’homme moderne, Sempé, lui, a mis en scène ces moments simples où l’absurdité nous sourit au lieu de nous détruire. » (page 11)

VaguementCompetitif

 

« Le dessin s’inscrit dans le moment d’avant la chute. […] Souvent, l’accident qui survient ressemble moins à une catastrophe qu’à une réparation. » (page 28)

 

« Quand on tombe par hasard sur quelqu’un qu’on n’a vu qu’en photo, son image semble irréelle. Au lieu de se fondre dans le décor, elle s’en détache, comme si on ne sait quelle aura l’empêchait de se mêler au monde ordinaire. » (page 36)

 

« Prévert sourit à Louis de Funès. » (page 41)

 

SimpleQuestionDEquilibreBis« L’actualité m’a toujours paru très éloignée de ce qu’on pourrait appeler l’existence. » (Sempé, cité page 44)

 

« Ne rien écrire qui ne fasse réfléchir. » (page 44)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s