Pourquoi écrivez-vous, Diane Brasseur ?

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Diane Brasseur est franco-suisse.

Née en 1980, elle a grandi à Strasbourg et fait une partie de sa scolarité en Angleterre.

Après des études de cinéma à Paris, elle devient scripte et tourne, entre autres, avec Albert Dupontel, Olivier Marchal et Abd Al Malik. Elle habite à Paris.

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Les fidélités, paru chez Allary éditions en janvier 2014, est son premier roman.

 

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Pourquoi écrivez-vous ?

Enfant, avant même de savoir écrire, je passais beaucoup de temps dans ma chambre, assise à mon petit bureau, à tracer des boucles au feutre noir sur des feuilles A4 blanches.

« J’écris », je disais à mes parents et à mes sœurs.

Avant de raconter une histoire ou d’exprimer une idée, avant de décrire une image, il y a l’acte physique : écrire.

Avec un stylo à encre, au critérium, sur une feuille blanche ou un carnet, c’est pour moi très voluptueux.

 

Dans son roman « Intimité », Hanif Kureishi s’attarde avec précision sur la pointe du crayon avec laquelle il aime écrire et la texture des papiers qu’il utilise comme support. L’achat d’un nouveau carnet l’enthousiasme et il les accumule comme autant de projets à venir.

Voilà un paragraphe qui m’a touchée.

 

Très tôt, j’ai commencé à tenir un journal mais il s’agit plus de décrire ce qui m’entoure que ce que je ressens. Je prends beaucoup de notes, parfois très désordonnées, j’ai le goût des listes.

Ecrire est un mode d’expression et de communication qui me convient : j’écris encore des lettres, je m’applique à la rédaction d’un mail et même à celui d’un texto.

 

Brasseur1J’aime écrire parce qu’il y a quelque chose qui se joue dans mon rapport au temps : quand j’écris, le temps passe plus lentement.

Depuis mon poste, la table de ma salle à manger-cuisine, par la fenêtre – j’habite au-dessus d’un carrefour – je vois les restaurateurs installer leur terrasse, les rideaux des commerces qui se lèvent, des gens marcher à différentes allures, des joggeurs, les camions de livraisons qui provoquent les embouteillages, les vélib qui passent aux feux rouges, des manifestations, des sorties d’école en gilets jaunes fluorescents, les fumeurs sur le trottoir, des glissades quand il neige, des couples qui s’embrassent, le marché qui s’installe.

L’avenue Trudaine est toujours en mouvement, et moi derrière la vitre comme dans une bulle, à l’abri, j’écris.

Je reste spectatrice même de ce qui m’arrive. J’observe à la recherche du détail qui raconte l’essentiel, j’enregistre et je décris.

 

Je doute beaucoup.

J’écris et je cherche. Je pose des questions. Dans Les Fidélités, il y a un nombre important de points d’interrogation et peu de réponses.

A la table de ma cuisine-salle à manger, comme petite à mon bureau en dessinant mes boucles d’écriture, j’ai l’impression d’être à la bonne place et je me rassemble.

 

Quelques fois, quand j’écris, je sens un fil se tendre dans ma gorge et cela me fait penser aux violons qu’on accorde avant un concert ou à la pose du cordage d’une raquette de tennis.

Alors j’ai la sensation que mon corps en entier se tend vers le texte sur lequel je suis en train de travailler, et je me vois comme une drôle de bête, penchée sur une feuille A4 blanche, les boucles noires sont devenues des lettres, avec mon stylo à encre comme un sixième doigt.

 

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Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Je trouve cela très délicat de donner un conseil à quelqu’un qui écrit après la publication d’un seul roman.

Je suis moi-même à l’écoute des conseils des autres. Pour m’encourager, récemment, le libraire Patrick Bousquet m’a offert Notes sur le métier d’écrire. Extraits du journal de Jules Renard.

Sur la quatrième de couverture, j’ai pu lire « Le métier d’un écrivain, c’est d’apprendre à écrire. ».

Brasseur3Le seul conseil que je peux partager c’est celui que j’essaye de suivre moi-même : pratiquer l’écriture comme un sport, avec rigueur et assiduité.

Dans mon cas, c’est la natation.

Certains jours je nage très peu, je m’essouffle, il m’arrive de ne pas nager et de ne faire que des battements avec une planche. De temps en temps, je prends des cours, pour corriger de mauvaises habitudes et pour ne pas m’ennuyer je varie : brasse, crawl, dos crawlé.

Je vais à la piscine avec la régularité d’un métronome.

 

Ecrire tous les jours même quand le temps manque. Même une demi heure. Juste une ligne.

Rien qu’une longueur.

 

 

 

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Précédent rendez-vous : François Perrin

Prochain rendez-vous : Romain Monnery

 

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4 réflexions sur “Pourquoi écrivez-vous, Diane Brasseur ?

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