Conception, Ariane Zarmanti

ConceptionPrésentation de l’éditeur :

On ne choisit pas sa famille. Mais qui n’a pas rêvé de la réinventer ? Qui n’a pas tenté au moment de devenir parent de faire « autrement » que ceux qui nous ont précédés ?

Conception est le roman d’une de ces tentatives, celle d’une famille composée à partir de l’amitié, plutôt que de l’amour. Signe d’un monde en bascule, l’ouvrage ne prescrit rien. Il se contente de constater, pêle-mêle : la fin du patriarcat, les failles du mariage d’amour, la difficulté d’accorder nos vies multiples (amoureuse, parentale, professionnelle…).

La langue d’Ariane Zarmanti est âpre, comme le sont parfois nos déclarations de principe et nos brusques résolutions. Elle laisse entendre, une fois de plus, que l’autofiction ne consiste pas à fantasmer à partir de soi, mais à dire nos arrangements avec les autres, et à les transformer.

.

Quatre parents pour un seul enfant. Et pourquoi pas ?

Dans ce livre à la frontière du roman et du récit, Ariane Zarmanti expose ses choix de femme et de mère : elle a décidé de dissocier sexualité et parentalité. Le père de son enfant ne sera donc pas son amant. Elle raconte un parcours en marge des schémas traditionnels sans chercher à convaincre quiconque. Il n’y a pas de mieux ou de moins bien, juste une volonté de trouver sa propre formule, et une trajectoire personnelle, une décision mûrement réfléchie, prise en pleine conscience.

 

Dans le débat actuel sur la famille, ce que la notion regroupe, la légitimité de permettre à certains d’y accéder, etc., ce livre pose des questions pertinentes et invite à intellectualiser l’acte reproductif, à dépassionner  l’enfantement.

 

Le point de vue défendu par l’auteur est présenté sous la forme originale de missives adressées à l’entourage, proches ou environnement social. Le ton est on ne peut plus juste, le rythme entraînant, la plume est délicate, l’écriture à vif. La sincérité du « produit livre » est à la hauteur de la démarche exposée.

 

Une lecture utile, un livre symptôme des interrogations contemporaines, qui s’inscrit déjà dans une époque.

 

Editions Omniscience, coll. Littérature du réel, mars 2014, 192 pages, 17,90 €

 

 

Fragments choisis :

 

« Ton père, tu veux vraiment que je te dise, je l’ai trouvé dans le journal. » (page 9)

 

« Si t’es fait pour quelqu’un, t’es fait comme un rat. Statistiquement parlant, je veux dire. » (page 11)

« Mieux vaut s’accommoder de l’idée que t’es fait pour personne. Surtout, prendre ce qu’on te donne, sans demander ton reste. » (page 11)

 

« Depuis longtemps déjà la décision était prise. S’agissait de ne pas se planter. De dissocier nettement sexualité et parentalité. Savoir couper le cordon. Anticiper la séparation. Tracer une ligne de démarcation. D’un côté, l’homme que tu désires. De l’autre, celui dont tu désires un enfant. Pas mélanger, jamais. » (page 12)

 

« La famille parfaite n’existe que dans les contes et dans les magazines. » (page 12)

 

« Je n’ai jamais cru qu’on pouvait fonder quoi que ce soit sur l’amour. » (page 13)

 

« Aimer au présent, sans faire peser sur l’amour le poids de l’avenir. » (page 13)

 

« Souvent amour varie. L’amitié, moins fébrile, ne nie pas la solitude que chacun porte en soi. » (page 14)

 

« Une de mes amies, mère depuis peu, m’avait avoué quelques temps auparavant : « Les parents divorcés, on les envie. La garde partagée, ça permet de respirer. » Dans la coparentalité – le mot commençait à infuser – je voyais enfin la possibilité d’un véritable partage des tâches, en évitant la brisure, les coups bas, la culpabilité, la suspicion, les rancunes. » (page 37)

 

« Comme si le père avait un rôle à remplir, qui ne lui collerait pas tout à fait à la peau, alors que la mère a le rôle incarné comme un ongle, avec l’enfant coincé sous sa peau bien tendue. » (page 39)

 

« J’en sais rien, moi, si c’est possible de prévoir ce qui nous advient face au marmot, une fois qu’on y est, et qu’il est là, pas du tout comme on avait imaginé, il est là, qu’y peut-on. » (page 40)

 

« Le genre de personne qui mange en premier ce qu’il y a de meilleur dans l’assiette, j’ai pensé, alors que moi, je garde toujours le meilleur pour la fin, après avoir rempli toutes mes obligations, la priorité étant d’être efficace, pas de se faire plaisir. » (page 52)

 

« La fidélité est une valeur spécieuse. Les amis ne vous demandent pas l’exclusivité, je ne vois pas pourquoi les amants l’exigeraient. » (page 62)

 

« Parfois je me demande de quel droit vous laissez encore vos noms traîner en moi, ça m’exaspère, ce manque d’égard, vous auriez quand même pu prendre toutes vos affaires en partant, il paraît que c’est comme ça qu’on fait, on évite de laisser des traces, on nettoie derrière soi, on laisse les lieux aussi propres qu’on les a trouvés. » (page 68)

 

« J’ai à l’intérieur de moi bien plus que la terreur de tes coups potentiels. J’ai la trouille de porter ton enfant. » (page 82)

 

« Les hommes se retirent toujours en emportant des morceaux imprévus de moi. » (page 83)

 

« Je préférerais que tu sois un garçon, pour te soustraire aux articles de magazines, ceux qui te traquent à coups d’enquêtes médicales, ceux qui t’affirment que l’heure biologique tourne, tic tac, que ton capital fécondité s’effrite, tic tac tic tac, qu’attention tu seras moins fertile après trente ans, tacatacatac. » (page 90)

 

« C’est ainsi que cela se présentait à mon esprit : si je n’arrivais pas à écrire, pour une raison ou pour une autre, je me replierais sur la maternité. » (page 95)

 

« Enfanter nous infantilise. » (page 98)

 

« Si on peut baiser sans faire un enfant, je ne vois pas pourquoi c’est si choquant de faire un enfant sans baiser. » (page 108)

 

« Je crois qu’il n’y a pas une seule façon de faire et d’élever un enfant dans la joie, de la même manière qu’il n’y a pas une seule et unique façon de faire l’amour, ou d’entrer en amitié. » (page 108)

 

« Si je n’avais pas vécu sous le même toit que mes parents, je crois que j’aurais eu une meilleure opinion de la famille. » (page 110)

 

« S’estimer, parfois, c’est moins nocif que s’aimer. » (page 111)

 

« Il y a ceux, aussi, qui me demandent si j’ai bien réfléchi à l’intérêt de l’enfant, et je sens pointer là un léger soupçon d’égoïsme. Oui, j’ai bien réfléchi à l’intérêt de l’enfant, puisque je ne lui choisis pas pour père l’homme que j’aime, celui avec qui j’aime coucher, moi, personnellement, mais celui dont j’estime qu’il sera le père qu’il lui faut. Et qu’il compensera mes défauts. » (page 111)

 

« Enfanter, c’est se confronter à l’inattendu. » (page 112)

 

« Mon sexe a un cerveau et mon cerveau un sexe. » (page 114)

 

« Tu es mon utopie. » (page 116)

 

« Vous préférez quoi, une petite épisio ou une grosse déchirure ? Qu’on coupe son nez ou votre clitoris ? » (page 130)

 

« Le repli n’est pas la solution, sais-tu, nous ne pourrons pas éternellement nous planquer toi et moi dans notre cocon, il faudra bien se frotter au monde. » (page 155)

 

« Je suis là pour cela, faire nombre, garnir la foule. Et je rejoins un cortège, au hasard. Je regarde les banderoles, en spectatrice. Quand on chante, quand on crie des slogans, je me tais , les larmes aux yeux, la respiration heurtée, sans participer de vive voix, mais présente. J’aime bien ces moments-là. Cela m’émeut. Je trouve ça beau d’être plusieurs. » (page 156)

 

« Les tout petits, de quelques jours à peine, porte sur eux le cadavre de leur vie prénatale. » (page 160)

 

« Tu es une enfant très entourée. Nous te couvrons d’appréhension. » (page 164)

 

« Faire confiance aux inconnus, c’est ma devise, sinon on ne s’en sort pas. » (page 167)

 

« Faudra se surveiller. C’est elle, désormais, notre surmoi. » (page 174)

 

« Tellement plus facile de parler aux absents. Les présents ont toujours tort. » (page 186)

Publicités

2 réflexions sur “Conception, Ariane Zarmanti

  1. Pingback: Pourquoi écrivez-vous, Ariane Zarmanti ? | Sophielit

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s