Pourquoi écrivez-vous, Ariane Zarmanti ?

Zarmanti

 

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Née en 1977, Ariane Zarmanti est normalienne, agrégée de lettres modernes et maître de conférences en arts du spectacle.

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Elle écrit principalement pour et sur le théâtre.

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Conception (Omniscience, 2014) est son premier roman.

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Photo (c) Cyrille Benhamou.

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Pourquoi écrivez-vous ?

D’abord je n’écris pas. « Pas vraiment en tout cas », voilà ce que je réponds, le rouge aux joues, quand par hasard on me demande si j’écris, au détour d’une conversation. Cet acte-là est le seul, peut-être, qui soit tabou à mes yeux. Il m’est plus facile de parler masturbation que d’avouer que j’écris. Parce que ça ne se fait pas, ces choses-là, ma bonne dame. Symptôme de l’époque, ou maladie personnelle ? Dire que j’écris, ça me semble aussi désuet que de faire partie du fan club des soirées déguisées du château de Versailles. Ou aussi narcissique que de passer deux heures nue à prendre des poses devant la glace. D’ailleurs, je mets un masque avant d’écrire, et ne le fais qu’en secret.

Zarmanti

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Ensuite je n’écris pas tout le temps. Je n’en ressens pas forcément la nécessité. Une phrase de Rilke m’a marquée dans mon adolescence : « Répondez franchement à la question de savoir si vous seriez condamné à mourir au cas où il vous serait refusé d’écrire » (Lettres à un jeune poète). Rainer Maria met la barre haut. Je n’ai pas encore répondu à cette question-là. Pourtant, durant les longues périodes où je n’écris pas, je soupire, plusieurs fois par jour, des « j’ai envie d’écrire », en affamée qui peine à s’habituer au rationnement. Pour m’y mettre, il faut une énergie qui fasse porter ma voix au-delà de la solitude, une résonance collective. Pas d’écriture sans niaque. Il y a des projets endormis qui ne feront jamais éruption, et des textes qui sortent abrupts par salves. Quand j’ouvre le document sur l’ordinateur, j’ai le trac, la fébrilité des amants longtemps éloignés. Et si j’écris, c’est peut-être juste pour toutes les modifications que ça produit dans le corps, exactement comme quand on monte sur scène : le sang circule plus libre, la respiration s’accélère, la peau s’échauffe, la voix s’éclaircit, les reins partent à la chevauchée des rythmes des phrases, le dos se redresse, le paysage défile, et surtout, les autres sont autour, par-delà les temps et les espaces, et nous nous parlons sans que j’aie besoin de les convoquer. On sort de soi et de l’entre-soi. Il arrive que la lecture produise des sensations similaires.

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Houlala je préfère m’abstenir.

Être à l’écoute, peut-être? Tendre les oreilles, écarquiller les yeux, ouvrir les narines et toucher ce qui tente l’épiderme.

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Précédent rendez-vous : Vincent Maston

Prochain rendez-vous : Olivia Elkaim

 

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