Le saut du requin, Romain Monnery

Présentation de l’éditeur :

saut requinToutes les histoires d’amour sont des questions sans réponse : où commence l’indifférence ? CDD ou CDI ? Comment se dire adieu ? Quel rapport entre le yéti et le point G ? Est-ce que ronfler, c’est tromper ? Deux garçons, une fille, combien de possibilités ?

Sur fond d’Internet et de chansons populaires, Le Saut du requin explore le fonctionnement d’un couple moderne perdu entre non-dits et pas chassés. Bref, ceci n’est pas une comédie romantique, mais ça y ressemble.

 

 

Ziggy refuse la vie courante. Sa seule expérience professionnelle a consisté en la vente de billets de tombola du temps de l’école primaire. Son activité principale consiste à rouiller devant son ordi. Comme Michel Houellebecq, il considère que le plus grand luxe est de se donner les moyens d’éviter les autres. Il a rencontré Méline sur Adopteunmec, et voilà qu’après un an de coïts hebdomadaires, Méline lui demande ce qu’elle est pour lui – et s’il l’aime. Pour Ziggy, c’est le signal : il est temps de prendre de la distance.

Ziggy n’est pas un mufle. Alors comment, comme chantait Jacques Dutronc, la laisser tomber sans qu’elle se fasse trop mal ?

 

Sauf que Méline est allée voir ailleurs. Voilà Ziggy blessé dans sa fierté. Et, obsédé par sa peur de ne pas être à la hauteur, il tente de la reconquérir. Ou, puisqu’il n’a jamais fait d’efforts (à supposer que l’amour en réclame), de la conquérir-tout-court.
Si, comme dans les romans des éditions Harlequin, le bonheur espéré est proportionnel aux difficultés à surmonter pour l’atteindre, tous les espoirs sont permis. En attendant, Ziggy n’est pas au bout de ses peines. Car Méline le garde tout comme elle garde celui qu’il voit comme son rival. Histoire de varier les plaisirs – d’autant que le nouveau Ziggy est aussi pétillant qu’« un soda sans bulles à l’arrière-goût de somnifère ».

Le trouple, le polyamour. Une tendance, assure-t-on. Mais est-ce bien ce que ces héros veulent ?

 

coucher

Romain Monnery signe ici un roman plein d’humour et de trouvailles (on y apprend notamment qu’onze ans d’écart constitue la différence d’âge idéale dans un couple, mais tout n’est peut-être pas à prendre au pied de la lettre) construit autour de deux personnages délicieusement caricaturaux. Une comédie qui interroge aussi les rapports à l’amour, dans toutes les acceptations du terme, d’une génération d’enfants du divorce tristement flippés et totalement désenchantés.

 

Drôle donc, mais pas que.

 

 

Au Diable Vauvert, janvier 2014, 272 pages, 17 euros

 

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Libre, seul et assoupi

Pourquoi écrivez-vous, Romain Monnery ?

 

 

Instantanés choisis :

 

timide« Ils avaient couché le premier soir. Elle s’était dit « Soyons fous », il avait trouvé ça normal. » (page 26)

 

« La monogamie, c’est comme la religion : ça marchait quand on n’avait pas Internet ; aujourd’hui, c’est juste une hérésie. » (page 30)

 

« L’amour n’existait pas plus que le Père Noël. Les hommes et les femmes n’étaient pas faits pour vivre ensemble – encore moins depuis la démocratisation du porno. » (page 51)

 

« Pour elle, qui doutait tant de ses qualités, il suffisait que les gens soient sûrs d’eux pour lui paraître brillants. » (page 55)

 

blabla« Chérie, on est plus au Moyen Âge. Oublie tes histoires de prince charmant. Si t’attends qu’un mec vienne garer son cheval blanc sous ta fenêtre, tu vas finir avec une toile d’araignée dans la chatte. » (page 59)

 

« Aucune relation ne débutait sans l’éventualité d’une séparation ? On en négociait les termes, les indemnités : le couple était devenu un CDD. » (page 62)

 

« – Mais t’es vraiment sûre que les hommes préfèrent les blondes ?

– Je te dis que c’est scientifique. Le blond, c’est la couleur des trophées… » (page 121)

 

« Le sport c’est la guerre, les fusils en moins. » (George Orwell, cité page 141)

 

lol« Les femmes, c’était comme les fruits : il fallait les consommer vite après les avoir cueillies. Une semaine, pas plus – ensuite ça se gâtait. Ça pourrissait, même qu’après ça devenait toxique. » (page 143)

 

« C’est comme ça que ça marche : tu sais quand t’assures, pas quand tu foires. » (page 144)

 

« Sur l’Internet, les maçons du cœur étaient formels. Un couple, c’était comme une maison. Pour qu’il résiste à l’ouragan du temps qui passe, il devait reposer sur quatre piliers :

  1. Le dialogue.
  2. Les projets communs.
  3. Le sexe.
  4. Et la tendresse. » (page 145)

 

ennui« Les couilles, c’est comme les mauvaises herbes, t’as beau les couper, ça finit toujours par repousser. » (page 160)

 

« Les femmes étaient des diamants dont il aurait été vain de se cantonner à une face. » (page 165)

 

« Joies des amitiés qu’on peut reprendre là où on les a interrompues. » (page 184)

 

« Se pouvait-il que ce soit ça, la formule miracle pour faire durer le couple : cultiver la diversité sexuelle pour s’assurer la fidélité des sentiments ? S’éloigner pour ne pas se perdre de vue ? C’était en tout cas celle que prônaient les allergiques à l’engagement pour qui le couple, sans porte de sortie, n’était rien d’autre qu’une prison. » (page 197)

 

« Après l’amour, il y a du monde. » (page 210)

 

055_romain_monnery_950« Au petit jeu de la séduction que se livraient les deux sexes depuis la nuit des temps, les femmes avaient définitivement pris la main. Les rôles s’étaient inversés. » (page 222)

 

« Où est-ce que tu as vu qu’on pouvait avoir le beurre et l’argent du beurre ? » (page 240)

 

« Quand on y pense, l’homme n’est jamais qu’un mammifère qui se peigne. » (page 241)

 

« Les petits sentiments, il n’y a que ça de vrai. C’est pas eux qui vont s’effondrer au premier signe de cellulite. » (page 243)

 

« Aucun écrivain n’était pris au sérieux tant qu’il avait tous ses cheveux. » (page 251)

Publicités

Pourquoi écrivez-vous, Hafid Aggoune ?

Hafid-Aggoune_8772

Hafid Aggoune est né en 1973 à Saint-Etienne. Il et l’auteur de quatre romans : Les Avenirs (prix de l’Armitière 2004 et prix Félix Fénéon 2005),  Quelle nuit sommes-nous ? (prix de la ville de Limoges 2007), Premières heures au paradis et Rêve 78. Il a participé à plusieurs ouvrages collectif, dont Nouvelles du couple.

www.hafidaggoune.com

.

.

.

Pourquoi écrivez-vous ?

Je crois que j’ai eu besoin d’écrire parce que j’avais perdu ma langue maternelle, le français, une langue que l’on m’a enlevé entre deux et quatre ans. Comme mes parents n’avaient pas les moyens de me faire garder, et qu’ils travaillaient tous les deux à l’usine, mon père a décidé de m’envoyer chez sa mère et sa grand-mère à soixante kilomètres d’Alger. Je suis resté deux ans au lieu de deux mois. Là-bas, j’ai entendu et parlé un mélange d’arabe et de kabyle, que j’ai aussitôt oublié dès mon retour, comme un rejet. Dès mon retour en France, je n’ai plus voulu parler tant que le français, ma langue natale comme je dis souvent, ne m’était pas revenu impeccablement. Deux mois de silence, un mutisme comme une guérison, une réappropriation de mon être, un retour aux mères : ma mère et mon pays, la France.

Comme mes parents ont des origines multiples (kabyle et andalou pour mon père, berbère et juif marocain du côté de ma mère), je crois que j’ai grandi avec un besoin viscéral d’exister, de m’exprimer par la langue écrite, d’en faire mon centre, mon unité. Durant ma seule année de maternelle, puis en primaire, j’ai adoré apprendre à écrire, puis écrire, lire des poèmes, puis des histoires sans images. Je m’engouffrais dans les livres, y trouvais un refuge et un bonheur grandissant. Très tôt, j’ai donc aimé être seul avec un livre, le calme et la solitude, le silence et la paix, cultivant à l’intérieur de moi ce qui devenait au fil du temps une vocation, un désir plus fort que tout.

HafidAdolescent, j’ai commencé à écrire sérieusement et à lire des écrivains majeurs, fondateurs aux yeux de l’écrivain que je voulais devenir, que je devenais. C’était naturel, comme une question de survie : lire pour vivre, écrire pour aimer vivre.

Je ne sais pas ce que je serais devenu, ni qui je serais aujourd’hui s’il n’y avait pas eu les livres puis l’écriture. Sincèrement, une part de moi avait besoin de s’exprimer, de dépasser la douleur et le sentiment durable d’abandon qui a régné sur mes jeunes années. J’aurais pu devenir musicien, sculpteur ou peintre ; d’ailleurs, parallèlement à mes études de lettres, j’ai goûté à l’histoire de l’Art juste par amour des œuvres et des artistes, jusqu’à peindre moi-même jusqu’à trente ans, avant que les mots ne prennent tout. Parce que lorsqu’on se donne à eux, les mots vous prennent tout et vous le rendent parfois.

J’écrirai toute ma vie, c’est la seule certitude que j’ai dans l’existence, je doute de tout sauf de cela.

 

.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Il m’arrive souvent d’être sollicité par de jeunes gens désireux d’écrire, ou ayant commencé mais ne sachant pas où aller, comment avancer, à qui envoyer un manuscrit. Tout d’abord, je dis que je ne lis jamais rien, ce n’est pas mon métier. Toutefois, je demande de quoi parle le texte et surtout je conseille de voir ce que les éditeurs publient pour voir dans quelle maison le texte se sentirait le plus chez lui.

En ce qui concerne l’écriture à proprement parler, je conseillerais de chercher sa voix propre, son rythme, sa musique unique. Chez moi, une certaine musique audible par moi seul me guide quand j’écris. Je conseillerais de trouver ce son intérieur, de le suivre.

Je parlerais aussi du personnage, de son existence propre, de la nécessité de savoir s’effacer pour le laisse vivre, respirer, inspirer l’écriture. Il y a un équilibre à trouver entre le cœur et la pensée, il faut mettre des deux dans un livre, construire comme un architecte des rêves construisant une histoire qui ne soit pas superficielle, ni artificielle.

Je lui dirais que s’il lui arrive de se voir refuser un texte par un éditeur, ce n’est jamais la faute de l’éditeur et qu’il faut accepter trois choses : travailler, retravailler et persévérer. Bien entendu, laisser reposer un texte, porter son attention sur autre chose, tout cela aide à y revenir avec un regard neuf. Savoir être son propre juge n’est jamais évident, il faut du temps, de l’humilité, et en même temps un orgueil étrange, une part de folie, y croire. Comme je le dis, il faut être fou pour écrire, faire des films, peindre, se consacrer à un art, mais ce serait une plus grave folie de ne pas le faire…

 

 

 

Précédent rendez-vous : Antoine Silber

Prochain rendez-vous : Franck Balandier

.

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Nouvelles du couple

Toutes les réponses à « Pourquoi écrivez-vous ? »

 

Nouvelles du couple, collectif

Présentation de l’éditeur :

nouvelles-du-coupleLe couple, voilà un sujet qui inspire l’humanité depuis l’Antiquité ; une histoire qui semble immuable. Un être en rencontre un autre. Pour une raison occulte, inaccessible et mystérieuse, ils se lient entre eux. Processus éternel de deux êtres qui parviennent à n’en former plus qu’un : le couple transparaît comme un être vivant qui naît, grandit et meurt. Mais aime-t-on encore lorsque tout s’arrête ? Que reste-t-il de ces amours ? Une infinité de personnalités, de rencontres, de hasards, de choix s’expriment au fil des nouvelles réunies dans ce livre. Samuel Dock, jeune auteur et psychologue, est parti à la rencontre d’écrivains d’horizons très divers avec une unique demande : donnez-moi des nouvelles du couple. Narcissique, complice, tendre, émouvant, voire érotique, parfois destructeur, des auteurs sans concession racontent avec brio le couple dans tous ses états. Dans notre société hypermoderne, prônant l’avoir au détriment de l’être, la définition de l’entité couple a-t-elle encore un sens ? A l’heure de l’individualisme et de l’hédonisme de masse, que reste-t-il de ce que nous connaissons du couple ? L’amour peut-il encore durer ?

« Aime-t-on encore l’autre pour ce qu’il est, pour son mystère et sa singularité, pour ce qui nous échappe ? Aimons-nous l’autre ou aimons-nous l’amour ? Aimons-nous l’autre ou aimons-nous l’aimer ? A quel instant finit-il par se confondre avec nous-même ? Quand devient-il la prothèse, la béquille identitaire sans laquelle Narcisse s’avère incapable de marcher ? » (page 9)

Ainsi s’interroge Samuel Dock, psychologue clinicien, dans le prologue de cet ouvrage qu’il a dirigé. A treize écrivains, il a demandé de lui/nous donner des « nouvelles du couple ». Lui-même signe un texte, La coupure, fiction sur l’amour-fusion, l’amour-possession, l’amour-absorption. « Je nous voulais, tous deux, et personne d’autre. » (page 15)

Dans ce recueil très hétérogène, visions du couple, réflexions sur l’état amoureux, histoires singulières se suivent et ne se ressemblent pas.

Avec Les romantiques, Hafid Aggoune livre le récit d’une rencontre dont la banalité fait la beauté. Le mystère, le hasard, l’inexplicabilité qui rapproche deux êtres qui ne se quitteront plus, voilà le miracle.

« Ils s’aimaient avant de s’aimer. Ils allaient l’un vers l’autre tout au long de leurs vies séparées, elle et lui, deux satellites en orbite autour d’une idée simple et belle, la leur, celle de deux vigies scrutant les ciels rouges du matin et rouges du soir, jouissant entre les deux de cette brève existence et des quelques délices que la vie offre aux vivants entre deux fins du monde. » (page 45)

Hafid Aggoune dépeint la rencontre de deux individus qui se complètent sans qu’aucun n’empiète sur l’identité de l’autre. « Elle aime cette singularité chez lui, rien d’étouffant et rien de l’ennui, la bonne distance. » Il dit aussi ce qu’il faut avoir compris et admis de soi pour pouvoir aimer l’autre librement, et donner. « On ne devient adulte qu’une fois nos peurs et nos souffrances d’avant mortes, toutes nos peurs et toutes nos souffrances mortes, acceptées. »

Frank Bertrand offre une nouvelle délicieuse, presque une pièce, du théâtre de boulevard autour du désir et de la peur de perdre l’autre qui laisse la place à tous les fantasmes. Dis-moi que je rêve est un bonheur de lecture incarné par deux personnages inoubliables, Gilles et Stella, fascinante créature de Taormina.

D’autres textes – moins réussis – tendent à l’érotisme, incontournable question lorsqu’est abordé le sujet du couple, en inventant fantasmes, mises en scène, bulles d’interdits…

Mais c’est sinon l’inégalité, du moins la diversité de ce recueil qui fait aussi son charme. Et l’ensemble nous pousse à prendre, nous aussi, des nouvelles de notre (nos) couple(s).

Sous la direction de Samuel Dock, Editions France-Empire, mars 2014, 142 pages, 15 euros

Avant d’être écrivain #1 : des chiffres aux lettres

SA-avant-detre-ecrivain-1024x302Avant d’être écrivain, c’est le titre de l’une des rubriques que je propose désormais sur la plateforme Les Nouveaux Talents.

 

Tous les chemins mènent à l’écriture ! Cette rubrique propose d’explorer les trajectoires individuelles d’écrivains pour mieux démontrer qu’il n’y a ni parcours type, ni de bagages obligatoires. Car, pour copier Simone de Beauvoir : on ne naît pas écrivain, on le devient.

 

 

Diplômé d’HEC et de l’EHESS, Aymeric Patricot est retourné sur les bancs de l’université pour devenir professeur et ainsi à la fois s’abreuver de littérature classique et dégager du temps pour écrire. Agrégé de lettres modernes, il enseigne aujourd’hui la littérature et a publié cinq ouvrages depuis 2006. Récit d’un virage pris de bonne heure.

 

 

Après HEC, le plein d’études

Aymeric-Patricot_(c) Thierry RateauJ’ai fait HEC puis, regrettant de ne pas avoir fait de khâgne, je suis retourné à la fac pour faire le plein d’études – économie, philosophie, histoire… – avant de passer l’agrégation de lettres. Depuis, je suis professeur – collèges, lycées, puis école préparatoire : la boucle est bouclée !

Je n’avais pas de rêve particulier en faisant HEC : je ne répondais qu’aux attentes de ma famille, et je me disais qu’avec ce diplôme je resterais en contact avec « le monde réel ». Calcul qui s’est révélé faux…

J’ai fait des stages pendant ma scolarité, notamment au Crédit Lyonnais, au service des études économiques. C’était intéressant, mais je n’étais pas à ma place. J’ai été attaché culturel de l’ambassade de France au Japon. L’ambassade n’était pas non plus faite pour moi. Il s’agissait de postes où l’on attendait de moi que je travaille à plein temps, et au bureau. Je suis rentré du Japon après en avoir fait le constat. Et puis je n’avais pas fini mes études : je voulais décrocher l’agrégation, seul gage de stabilité professionnelle pour moi.

 

Pour écrire de bons livres, il faut y consacrer l’essentiel de ses ressources mentales

(lire la suite)-

 

Pourquoi écrivez-vous, Antoine Silber ?

Antoine-Silber

 

.

Antoine Silber est né à Paris en 1947.

Il a effectué une longue carrière de journaliste, notamment au Nouvel Observateur et à Elle.

.

Il est l’auteur de deux livres : Le Silence de ma mère (Denoël, 2011) et Les Cyprès de Patmos (Arléa, 2014).

.

.

.

 

Pourquoi écrivez-vous ?

A cette question, Beckett répondait « bon qu’à ça ! »

Moi ce serait plutôt le contraire :  « parce que je ne suis pas doué ».

J’écris parce que c’est ce qu’il y a de plus difficile, parce que je ne suis pas assez bon, que c’est un tel défi d’être bon que  je n’ai rien trouvé à faire de plus excitant.

SilberEn fait, j’écris. Pour arriver à être aussi bon que Simenon ou  Modiano. Ou Proust. Non pas Proust, ça impossible… Pour arriver à écrire la plus sublime histoire d’amour qui ait jamais été écrite, une histoire qui plairait à Laurence, ma femme.

Parce que lui plaire, au fond, il n’y a que ça  qui compte !

 

.

.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Je lui dirais, comme disait Simenon : « Coupez ! »

Parce qu’on fait toujours trop long et trop bavard.

Je lui dirais, comme répétait Colette : « Ne faites pas de littérature ! »

Oui ! Ecrivez simple. Clair. Pas prétentieux, surtout.

Et je lui dirais, comme  l’écrivait Truman Capote : « Il faut sous-écrire  ! »

La plupart des écrivains, même les bons, « sur-écrivent », comme ces acteurs  qui « surjouent », qui en font trop. Donc, cherchez les mots les plus expressifs et les moins compliqués, jouez le naturel, n’ayez pas peur d’être banal ou évident…

Ce qui compte, c’est de faire passer quelque chose de l’ordre des sensations et des sentiments. Le reste, oubliez !

Écrivain ce n’est pas un métier. On fait ça parce qu’on ne peut pas faire autrement.  C’est ça ou mourir… Si vous écrivez juste  pour la gloire ou l’argent, vous n’arriverez à rien.

Pour la gloire, d’ailleurs, mieux vaut essayer animateur télé.

Quant à l’argent, vous gagnerez cent fois plus (je dis bien cent fois…) en dirigeant un rayon produits frais dans un supermarché Carrefour.

Pour  arriver à vous faire publier , je vous conseille le sourire ! Souriez tout le temps !

Si vous faites la gueule ou si vous râlez, vous êtes fichu !

Et puis n’ayez pas les ongles sales… Faites envie, pas pitié !

.

.
Précédent rendez-vous : Gilles Verdiani

Prochain rendez-vous : Hafid Aggoune

.

.

A lire aussi sur Sophielit :

Les Cyprès de Patmos

Le silence de ma mère

5 questions à Antoine Silber

Toutes les réponses à « Pourquoi écrivez-vous ? »

Les Cyprès de Patmos, Antoine Silber

PatmosPrésentation de l’éditeur :

 

Notre maison est un spitaki, comme on dit ici. Une petite maison. Ce n’est pas une vraie maison en fait : plutôt un rêve de maison.

 

Lorsque Antoine et Laurence découvrent à Patmos ce rêve de petite maison blanche, proche de la grotte où saint Jean aurait eu une vision annonciatrice de l’Apocalypse, ils y voient comme une évidence : cette maison est pour eux. Ils l’achèteront. Commence alors, sur fond de crise, une longue histoire faite d’actes notariés, de ciment, de chaux et de bleu éclatant, de retards, de plantations de cyprès et d’oliviers. Et dans la scansion du temps qui passe, c’est toute l’île que l’on voit vivre, dans la splendeur des étés grecs ou la solitude austère de l’hiver.

Antoine Silber, avec tendresse et délicatesse, raconte l’histoire mêlée d’une maison et d’un amour nimbés de cette lumière particulière, changeante, pure et tranchante parfois, ancrés dans cette terre où tout parle de spiritualité.

 

 

Patmos est une île de  50 km². S’y trouvent 350 lieux de culte. La maison d’Antoine et de Laurence fait 34 m² et n’a qu’une seule pièce. Elle est surnommée « la villa del amore », car c’est là que les jeunes de l’île se donnent leur rendez-vous amoureux.

 

Est-ce de connaître Antoine et Laurence ? Est-ce d’avoir vu, au cours des dernières années, passer des photos de l’île et de la maison, de l’avoir vu évoluer, son pourtour se fleurir ? Je me suis sentie instantanément chez moi dans ces pages, dans cette maison, sur cette île. Je me suis sentie instantanément baignée de la lumière de la Grèce.

 

Il y a les voisins, les habitants de l’île, qui sont autant de personnages hauts en couleurs. Les cyprès, au nombre de douze, qui peut-être formeront l’allée menant jusqu’à la petite maison blanche. A moins que le projet ne soit contrarié, que le symbole ne soit pas recevable – en Grèce, le cyprès est l’arbre des cimetières, donc de la mort.

Il y a Saint Jean et sa présence divine, fantomatique, qui plane. Il y a la philosophie des terrasses du village, la philosophie du café et de l’ouzo.

Il y a les chèvres, omniprésentes et insupportables – les responsables du malheur grec, a écrit Henry Miller dans Le Colosse de Maroussi.

Et il y a la femme aimée, Laurence, qui justifie tous les déploiements d’énergie dont fait preuve Antoine.

Pendant ce temps, l’Europe offre 60 000 euros à chaque pêcheur pour qu’il démolisse son bateau. La Grèce est endettée jusqu’au cou.

 

« Là, dans cette île où l’on respirait l’Histoire à pleins poumons, j’étais en train de créer le plus beau jardin du monde. » (page 97)

 

Ce court roman dépeint un petit coin de paradis dans un pays frappé de plein fouet par la crise, un oasis où rien ne se passe jamais comme prévu – ce qui n’est finalement pas si mal. C’est une ode au lâcher-prise, à la contemplation et à la douceur de vivre, une bouffée d’air frais et de soleil brûlant, une chronique d’un quotidien qui laisse le loisir de regarder le monde autour, une invitation à la paresse.

A Patmos l’immuable, il semble que le temps s’arrête. L’on regarde pousser les arbres à agrumes et l’on pense au vin que l’on boira un jour quand les raisins seront murs.

 

Ce court roman est une très jolie déclaration d’amour à une femme et à une île irradiant de lumière.

Et une supplique pour être enterré sur la plage – ou dans le jardin – de Patmos, à deux pas des flots bleus.

 

Editions Arléa, février 2014, 128 pages, 17 €

 

 

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Le silence de ma mère

5 questions à Antoine Silber

 

 

Citations choisies :

 

« Notre maison est un spitaki, comme on dit ici. Une petite maison. Ce n’est pas une vraie maison, en fait : plutôt un rêve de maison. Comme Patmos n’est pas une île, mais un rêve d’île. » (page 15)

 

« Patmos, c’est le bout du continent, la fin de l’Europe. » (page 17)

 

« À Psiliammos, on dort bien, et, si l’on ne dort pas, on rêve. » (page 21)

 

« On ne sait jamais, à Patmos, quand les hommes élèvent la voix, si c’est grave ou non. » (page 51)

 

« Penser qu’en Grèce rien ne marche est une idée fausse : ce pays offre de prodigieuses possibilités de créer du miraculeux. Même en matière d’électricité et de plomberie. » (page 60)

 

« Notre vie était plus pleine qu’elle ne l’avait jamais été. » (page 63)

 

« C’était comme si le soleil et la douceur méditerranéenne aplanissaient toutes les difficultés de la vie. » (page 63)

 

« Il voulait que tout reste semblable à ce qu’il avait toujours connu. Que rien ne change. Notre pope n’était pas Le Guépard, pour qui il fallait que tout change pour que rien ne change. Lui voulait simplement que rien ne change pour que rien ne change. » (page 77)

 

« Les arbres, il faut s’en occuper comme des enfants : certains sont trop timides, un peu maladifs ou très handicapés, il faut leur donner beaucoup d’attention et d’amour. » (page 95)

 

« J’avais l’impression d’avoir trouvé ma terre, mon endroit. » (page 97)

 

« On ne reste jamais fâchés très longtemps à Patmos. » (page 107)

 

« Il faut s’aimer, et puis il faut se le dire. » (page 117)

 

« La Grèce, ce n’est pas un pays, c’est la mer. La Grèce, ce n’est pas un pays, c’est le soleil, c’est la lumière. Ça n’a pas de prix la lumière. » (page 122)

Pourquoi écrivez-vous, Gilles Verdiani ?

gilles-verdiani

 

Gilles Verdiani est l’auteur de trois livres : Moratoire sur le champ/contrechamp (et autres mesures urgentes pour une vraie réforme de l’audiovisuel) (Sanzo Kuhnam, 2007), Mon Métier de père, Pourquoi est-il si compliqué d’élever ses enfants ? (JC Lattès, 2012 ; Marabout, 2014, pour l’édition de poche) et La nièce de Fellini (Ecriture, 2014).

;

.

..

.

 .

.

Pourquoi écrivez-vous ?

C’est ma seule source de revenus depuis l’âge de vingt ans. J’ai écrit des dossiers de presse pour un manufacturier de pneumatiques, des house organs pour une enseigne de stations-service, des dépliants pour une marque de camion, des rapports annuels d’entreprises multinationales, des critiques de film, des articles de magazine, des fiches de vulgarisation sur la botanique. Plus amusant, plus lucratif et plus rare, des scénarios pour la télévision et le cinéma. Et depuis dix ans, les textes d’un animateur de télévision. Comme je n’ai jamais eu à demander de l’aide aux Assedic, je dis aux jeunes gens que je croise : quand on sait lire et écrire on trouve toujours du travail. Je ne sais pas du tout si c’est vrai. Cela a été vrai pour moi… jusqu’ici.

Mais je suppose que votre question est plutôt : pourquoi écrivez-vous des livres ?

Je pourrais vous dire que j’écris des livres pour donner un sens à ma vie. Ce ne serait pas totalement faux. Un sens, c’est-à-dire à la fois une signification et un ordre. Une signification, en justifiant le sacrifice que j’ai fait, depuis l’enfance, de ma réussite sociale à ma vocation d’auteur. Ni mes études (lycée, classes préparatoires, études de lettres) ni aucun des métiers salariés que j’ai exercés (rédacteur publicitaire, journaliste), n’ont jamais eu d’importance à mes yeux. J’ai été obnubilé par mon destin de créateur, le sentiment mêlé d’être fait pour cela, doué pour cela, bon à rien d’autre, formé à cela par le désir de mon père, par les espoirs de mes professeurs et de certains de mes amis, et même, aussi fumeux que cela puisse paraître, par le mouvement de ma lignée (des paysans, puis des artisans et commerçants, mes parents des professions intellectuelles, enfin ma génération devait créer). Je dis « créateur » plutôt qu’écrivain, parce que ma première vocation a d’abord été le cinéma. Ecrire des livres me paraissait une activité trop facile, trop solitaire et trop peu gratifiante, financièrement et socialement. J’aimais le cinéma comme j’ai toujours préféré les sports collectifs. Les trois livres que j’ai publiés m’ont tous été demandés par des éditeurs, qui trouvaient que j’écrivais bien et pensaient que je pourrais avoir des choses intéressantes à dire. Mais dans ces livres de commande, j’ai trouvé l’occasion de transcrire des expériences personnelles importantes (l’expérience de la critique de film et de la vidéo expérimentale dans mon premier livre, la paternité dans le 2e, la vie de bohême et le destin des artistes dans le 3e), de formaliser et d’approfondir les pensées que ces expériences avaient suscité en moi. VerdianiC’est en cela qu’écrire me permet aussi d’ordonner ma vie, mes souvenirs, mes réflexions, mes émotions. J’ai découvert que chaque livre est comme une pierre sur laquelle on peut s’appuyer, comme une borne pour mesurer le chemin, comme une malle qui nous suivra dans le voyage et que nous pourrons transmettre.

Je pourrais vous dire tout cela et développer encore. Mais la seule réponse sérieuse est plus simple : j’écris pour que quelqu’un ait envie de m’interviewer.

.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Si vous voulez faire carrière, publiez jeune, sortez un livre par an, prenez soin de vos lecteurs, suivez les modes et les règles en vigueur, pensez à votre marché, surveillez-le, évoluez avec lui, faites-vous aimer de vos éditeurs et des médias, ne doutez jamais. C’est un travail intense, mais, je suppose, passionnant et gratifiant. Ce conseil provient uniquement de l’observation, cela va de soi, je n’ai aucune compétence en la matière.

Si vous voulez avoir une chance de laisser derrière vous des livres que l’on pourra lire après votre mort, à peu près tout le contraire : lisez, vivez et mûrissez, écrivez chaque livre comme si c’était le dernier, choisissez bien vos maîtres, chérissez plus que tout votre liberté et votre exigence, ne suivez pas votre époque, refusez la facilité et prenez des risques, dans la vie et dans l’écriture. Et, bien sûr, trouvez une autre source de revenu, aussi légère et fiable que possible.

 

 

Précédent rendez-vous : Virginie Carton

Prochain rendez-vous : Antoine Silber

.

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

La nièce de Fellini

Toutes les réponses à « Pourquoi écrivez-vous ? »

La nièce de Fellini, Gilles Verdiani

PLa niece de Fellinirésentation de l’éditeur :

De passage à Paris pour participer à une émission de télévision, la cinéaste Anita Sorbello, nièce de Federico Fellini, est préoccupée : elle ne trouve pas de producteur et sa grand-mère vient de mourir en lui révélant un secret. Le chauffeur qui doit l’accompagner pendant son séjour, Andreas, se prend d’affection pour elle et va tenter de l’aider. Il se présente comme écrivain ; elle l’embauchera comme scénariste. Anita suit Andreas jusqu’à l’appartement où il mène avec deux amis, un compositeur et sa sœur, une vie joyeuse et raffinée. Dans cet endroit hors du temps, plusieurs découvertes attendent la jeune femme. D’un trait ironique et léger, Gilles Verdiani décrit un monde en marge de la réalité et met en scène des artistes, illustres ou obscurs, dans les tourments de leur vie sociale et les délices de leur vie intime.

 

 

Mettez ensemble des personnages improbables, faites-leur vivre des situations improbables, vous obtiendrez un résultat forcément improbable. On est ici à Paris et aujourd’hui mais très vite on est emporté ailleurs, dans une atmosphère vaguement romaine, ou plus certainement dans un lieu sans âge ni position terrestre.

 

Gilles Verdiani utilise tous ses talents de scénariste pour bâtir une intrigue resserrée autour de protagonistes inoubliables, chacun drapé, au choix, dans des charmes vaguement désuets, des contradictions mystérieuses, une innocence touchante. Des protagonistes rêvés cependant que très ancrés dans le réel. L’appartement qui les réunit a tôt fait de devenir la maison du bonheur pour le lecteur fasciné. Si l’on peut réellement exister en marge de la vie normale, n’est-ce pas la plus noble des ambitions ?

 

Richement dialogué, avec beaucoup de subtilité, et servi par une écriture soignée et superbe, ce roman connaît aussi des accès de lyrisme lorsque les personnages se rapprochent.

 

Le sens du dialogue de Gilles Verdiani fait de La nièce de Fellini une comédie jubilatoire mais pas seulement : il se dégage de ces pages une douce mélancolie saupoudrée de poésie. Et surtout, l’auteur propose une belle réflexion sur le rôle dans l’artiste dans la société. A l’heure de la décadence, l’art n’est-il pas le plus bel acte de résistance ?

 

Ce premier roman est une vraie belle réussite, un livre que l’on referme à regret tant il est difficile de quitter ces attachants héros et l’univers fantasmagorique dans lequel ils évoluent. Et une signature qui augure du meilleur.

 

Editions Ecriture, mars 2014, 180 pages, 16,95 euros

 

A lire aussi sur Sophielit :

Tous les premiers romans

 

Fragments choisis :

 

« Au début du millénaire Paris n’était plus le centre du monde. Mais elle était devenue la capitale du temps. » (page 9)

 

« Personne ne sait encore pourquoi un être humain choisit de sacrifier sa vie de chair à l’espoir illusoire d’une immortalité de papier, de toile, de notes ou de lumière. » (page 13)

 

« Personne ne sait comment la postérité choisit parmi les défunts ceux qu’elle aimera. » (page 13)

 

« Le premier [film], vous le portez pendant des années et vous le réalisez comme si c’était le dernier. Le deuxième, vous l’écrivez six mois plus tard, pas encore rétabli du choc, de l’irruption soudaine des médias dans votre vie, et c’est forcément n’importe quoi. » (page 30)

 

« – Vous êtes écrivain ?

– Hélas, j’ai cette faiblesse.

– Mais c’est très bien, écrivain. Entre nous, c’est mieux que chauffeur.

– Il faut bien vivre, mademoiselle. » (pages 65-66)

 

« Je ne conçois pas que l’on n’aime plus quand on a aimé. C’est confondre les sentiments avec les humeurs. » (page 66)

 

« Notre siècle était beau comme un enfant. » (page 73)

 

« La susceptibilité est une faute professionnelle chez le limonadier. » (page 75)

 

« Il n’y a qu’une seule façon d’être artiste, c’est en héros.

En fait il y en a deux. En héros ou en escroc. Mais nous sommes trop vaniteux ou trop lâches pour agir en escrocs, n’est-ce pas ? Ou trop bêtes. » (page 109)

 

« Nous sommes les héros. Sans nous vos enfants auraient pour seuls modèles des sportifs, des voyous et des personnages de mangas. Sans nous et notre travail, nos siècles de recherche, de passion, d’application, aujourd’hui vous seriez seuls au monde avec la télévision et les journaux, et hier ou ailleurs vous auriez été seuls avec la tyrannie. Nous fabriquons mystérieusement le seul antidote non létal au poison de l’actualité. Vous n’en voulez pas, libre à vous. Mais vos enfants en voudront, et même s’ils ne sont qu’un sur dix, un sur cent, un sur mille, nous les sauverons. » (page 110)

 

« Je me fous d’être en accord avec mon temps, puisque ce temps n’est pas en accord avec moi. » (page 112)

 

« Il y a beaucoup d’artistes très sympathiques qui produisent des choses sans intérêt. » (page 122)

 

« Il n’y a pas de femme plus facile qu’une actrice qui s’ennuie entre deux plans. » (page 126)

L’écrivain à l’épreuve du quotidien #1 : Conjuguer les écritures et les contraintes

SA-lecrivain-a-lepreuve-du-quotidienL’écrivain à l’épreuve du quotidien, c’est le titre de l’une des rubriques que je propose désormais sur la plateforme Les Nouveaux Talents.

 

Un écrivain ne devrait pas faire les courses… il faut pourtant bien qu’il mange ! Dans cette rubrique, rencontre avec des écrivains qui se livrent sur la place de l’écriture dans le quotidien… et la place du quotidien dans l’écriture !

 

 

Comment concilier les écritures de textes de natures, de longueurs et d’importances variées ? Rencontre avec Ariane Charton, écrivain spécialiste de l’époque romantique, qui a fait le choix de se consacrer à l’écriture et partage son temps entre travaux de longue haleine destinés à être publiés en volume et collaborations plus ponctuelles avec la presse.

 

 

Gérer le quotidien permet à l’esprit de réfléchir, de vagabonder ou de se reposer

Ariane Charton DRQu’il s’agisse d’écriture littéraire ou de travaux alimentaires, je me consacre à une seule chose chaque jour. Je trouve très contre-productif de travailler une demi-journée sur un sujet et le reste du temps sur autre chose car il faut un certain temps pour mentalement passer de l’un à l’autre. Travailler à l’un de mes livres pour quelques heures ne vaut pas le coup, il faut au moins que j’aie une journée devant moi. Si j’ai un moment de creux, je vais l’utiliser à lire. Je peux éventuellement, si besoin est, me livrer à plusieurs travaux alimentaires sur une même journée car cela ne réclame souvent pas autant d’engagement intellectuel mais autant que possible je mène… (lire la suite)