La nièce de Fellini, Gilles Verdiani

PLa niece de Fellinirésentation de l’éditeur :

De passage à Paris pour participer à une émission de télévision, la cinéaste Anita Sorbello, nièce de Federico Fellini, est préoccupée : elle ne trouve pas de producteur et sa grand-mère vient de mourir en lui révélant un secret. Le chauffeur qui doit l’accompagner pendant son séjour, Andreas, se prend d’affection pour elle et va tenter de l’aider. Il se présente comme écrivain ; elle l’embauchera comme scénariste. Anita suit Andreas jusqu’à l’appartement où il mène avec deux amis, un compositeur et sa sœur, une vie joyeuse et raffinée. Dans cet endroit hors du temps, plusieurs découvertes attendent la jeune femme. D’un trait ironique et léger, Gilles Verdiani décrit un monde en marge de la réalité et met en scène des artistes, illustres ou obscurs, dans les tourments de leur vie sociale et les délices de leur vie intime.

 

 

Mettez ensemble des personnages improbables, faites-leur vivre des situations improbables, vous obtiendrez un résultat forcément improbable. On est ici à Paris et aujourd’hui mais très vite on est emporté ailleurs, dans une atmosphère vaguement romaine, ou plus certainement dans un lieu sans âge ni position terrestre.

 

Gilles Verdiani utilise tous ses talents de scénariste pour bâtir une intrigue resserrée autour de protagonistes inoubliables, chacun drapé, au choix, dans des charmes vaguement désuets, des contradictions mystérieuses, une innocence touchante. Des protagonistes rêvés cependant que très ancrés dans le réel. L’appartement qui les réunit a tôt fait de devenir la maison du bonheur pour le lecteur fasciné. Si l’on peut réellement exister en marge de la vie normale, n’est-ce pas la plus noble des ambitions ?

 

Richement dialogué, avec beaucoup de subtilité, et servi par une écriture soignée et superbe, ce roman connaît aussi des accès de lyrisme lorsque les personnages se rapprochent.

 

Le sens du dialogue de Gilles Verdiani fait de La nièce de Fellini une comédie jubilatoire mais pas seulement : il se dégage de ces pages une douce mélancolie saupoudrée de poésie. Et surtout, l’auteur propose une belle réflexion sur le rôle dans l’artiste dans la société. A l’heure de la décadence, l’art n’est-il pas le plus bel acte de résistance ?

 

Ce premier roman est une vraie belle réussite, un livre que l’on referme à regret tant il est difficile de quitter ces attachants héros et l’univers fantasmagorique dans lequel ils évoluent. Et une signature qui augure du meilleur.

 

Editions Ecriture, mars 2014, 180 pages, 16,95 euros

 

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Fragments choisis :

 

« Au début du millénaire Paris n’était plus le centre du monde. Mais elle était devenue la capitale du temps. » (page 9)

 

« Personne ne sait encore pourquoi un être humain choisit de sacrifier sa vie de chair à l’espoir illusoire d’une immortalité de papier, de toile, de notes ou de lumière. » (page 13)

 

« Personne ne sait comment la postérité choisit parmi les défunts ceux qu’elle aimera. » (page 13)

 

« Le premier [film], vous le portez pendant des années et vous le réalisez comme si c’était le dernier. Le deuxième, vous l’écrivez six mois plus tard, pas encore rétabli du choc, de l’irruption soudaine des médias dans votre vie, et c’est forcément n’importe quoi. » (page 30)

 

« – Vous êtes écrivain ?

– Hélas, j’ai cette faiblesse.

– Mais c’est très bien, écrivain. Entre nous, c’est mieux que chauffeur.

– Il faut bien vivre, mademoiselle. » (pages 65-66)

 

« Je ne conçois pas que l’on n’aime plus quand on a aimé. C’est confondre les sentiments avec les humeurs. » (page 66)

 

« Notre siècle était beau comme un enfant. » (page 73)

 

« La susceptibilité est une faute professionnelle chez le limonadier. » (page 75)

 

« Il n’y a qu’une seule façon d’être artiste, c’est en héros.

En fait il y en a deux. En héros ou en escroc. Mais nous sommes trop vaniteux ou trop lâches pour agir en escrocs, n’est-ce pas ? Ou trop bêtes. » (page 109)

 

« Nous sommes les héros. Sans nous vos enfants auraient pour seuls modèles des sportifs, des voyous et des personnages de mangas. Sans nous et notre travail, nos siècles de recherche, de passion, d’application, aujourd’hui vous seriez seuls au monde avec la télévision et les journaux, et hier ou ailleurs vous auriez été seuls avec la tyrannie. Nous fabriquons mystérieusement le seul antidote non létal au poison de l’actualité. Vous n’en voulez pas, libre à vous. Mais vos enfants en voudront, et même s’ils ne sont qu’un sur dix, un sur cent, un sur mille, nous les sauverons. » (page 110)

 

« Je me fous d’être en accord avec mon temps, puisque ce temps n’est pas en accord avec moi. » (page 112)

 

« Il y a beaucoup d’artistes très sympathiques qui produisent des choses sans intérêt. » (page 122)

 

« Il n’y a pas de femme plus facile qu’une actrice qui s’ennuie entre deux plans. » (page 126)

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3 réflexions sur “La nièce de Fellini, Gilles Verdiani

  1. Pingback: Pourquoi écrivez-vous, Gilles Verdiani ? | Sophielit

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