Pourquoi écrivez-vous, Gilles Verdiani ?

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Gilles Verdiani est l’auteur de trois livres : Moratoire sur le champ/contrechamp (et autres mesures urgentes pour une vraie réforme de l’audiovisuel) (Sanzo Kuhnam, 2007), Mon Métier de père, Pourquoi est-il si compliqué d’élever ses enfants ? (JC Lattès, 2012 ; Marabout, 2014, pour l’édition de poche) et La nièce de Fellini (Ecriture, 2014).

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Pourquoi écrivez-vous ?

C’est ma seule source de revenus depuis l’âge de vingt ans. J’ai écrit des dossiers de presse pour un manufacturier de pneumatiques, des house organs pour une enseigne de stations-service, des dépliants pour une marque de camion, des rapports annuels d’entreprises multinationales, des critiques de film, des articles de magazine, des fiches de vulgarisation sur la botanique. Plus amusant, plus lucratif et plus rare, des scénarios pour la télévision et le cinéma. Et depuis dix ans, les textes d’un animateur de télévision. Comme je n’ai jamais eu à demander de l’aide aux Assedic, je dis aux jeunes gens que je croise : quand on sait lire et écrire on trouve toujours du travail. Je ne sais pas du tout si c’est vrai. Cela a été vrai pour moi… jusqu’ici.

Mais je suppose que votre question est plutôt : pourquoi écrivez-vous des livres ?

Je pourrais vous dire que j’écris des livres pour donner un sens à ma vie. Ce ne serait pas totalement faux. Un sens, c’est-à-dire à la fois une signification et un ordre. Une signification, en justifiant le sacrifice que j’ai fait, depuis l’enfance, de ma réussite sociale à ma vocation d’auteur. Ni mes études (lycée, classes préparatoires, études de lettres) ni aucun des métiers salariés que j’ai exercés (rédacteur publicitaire, journaliste), n’ont jamais eu d’importance à mes yeux. J’ai été obnubilé par mon destin de créateur, le sentiment mêlé d’être fait pour cela, doué pour cela, bon à rien d’autre, formé à cela par le désir de mon père, par les espoirs de mes professeurs et de certains de mes amis, et même, aussi fumeux que cela puisse paraître, par le mouvement de ma lignée (des paysans, puis des artisans et commerçants, mes parents des professions intellectuelles, enfin ma génération devait créer). Je dis « créateur » plutôt qu’écrivain, parce que ma première vocation a d’abord été le cinéma. Ecrire des livres me paraissait une activité trop facile, trop solitaire et trop peu gratifiante, financièrement et socialement. J’aimais le cinéma comme j’ai toujours préféré les sports collectifs. Les trois livres que j’ai publiés m’ont tous été demandés par des éditeurs, qui trouvaient que j’écrivais bien et pensaient que je pourrais avoir des choses intéressantes à dire. Mais dans ces livres de commande, j’ai trouvé l’occasion de transcrire des expériences personnelles importantes (l’expérience de la critique de film et de la vidéo expérimentale dans mon premier livre, la paternité dans le 2e, la vie de bohême et le destin des artistes dans le 3e), de formaliser et d’approfondir les pensées que ces expériences avaient suscité en moi. VerdianiC’est en cela qu’écrire me permet aussi d’ordonner ma vie, mes souvenirs, mes réflexions, mes émotions. J’ai découvert que chaque livre est comme une pierre sur laquelle on peut s’appuyer, comme une borne pour mesurer le chemin, comme une malle qui nous suivra dans le voyage et que nous pourrons transmettre.

Je pourrais vous dire tout cela et développer encore. Mais la seule réponse sérieuse est plus simple : j’écris pour que quelqu’un ait envie de m’interviewer.

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Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Si vous voulez faire carrière, publiez jeune, sortez un livre par an, prenez soin de vos lecteurs, suivez les modes et les règles en vigueur, pensez à votre marché, surveillez-le, évoluez avec lui, faites-vous aimer de vos éditeurs et des médias, ne doutez jamais. C’est un travail intense, mais, je suppose, passionnant et gratifiant. Ce conseil provient uniquement de l’observation, cela va de soi, je n’ai aucune compétence en la matière.

Si vous voulez avoir une chance de laisser derrière vous des livres que l’on pourra lire après votre mort, à peu près tout le contraire : lisez, vivez et mûrissez, écrivez chaque livre comme si c’était le dernier, choisissez bien vos maîtres, chérissez plus que tout votre liberté et votre exigence, ne suivez pas votre époque, refusez la facilité et prenez des risques, dans la vie et dans l’écriture. Et, bien sûr, trouvez une autre source de revenu, aussi légère et fiable que possible.

 

 

Précédent rendez-vous : Virginie Carton

Prochain rendez-vous : Antoine Silber

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Une réflexion sur “Pourquoi écrivez-vous, Gilles Verdiani ?

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