Pourquoi écrivez-vous, Hafid Aggoune ?

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Hafid Aggoune est né en 1973 à Saint-Etienne. Il et l’auteur de quatre romans : Les Avenirs (prix de l’Armitière 2004 et prix Félix Fénéon 2005),  Quelle nuit sommes-nous ? (prix de la ville de Limoges 2007), Premières heures au paradis et Rêve 78. Il a participé à plusieurs ouvrages collectif, dont Nouvelles du couple.

www.hafidaggoune.com

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Pourquoi écrivez-vous ?

Je crois que j’ai eu besoin d’écrire parce que j’avais perdu ma langue maternelle, le français, une langue que l’on m’a enlevé entre deux et quatre ans. Comme mes parents n’avaient pas les moyens de me faire garder, et qu’ils travaillaient tous les deux à l’usine, mon père a décidé de m’envoyer chez sa mère et sa grand-mère à soixante kilomètres d’Alger. Je suis resté deux ans au lieu de deux mois. Là-bas, j’ai entendu et parlé un mélange d’arabe et de kabyle, que j’ai aussitôt oublié dès mon retour, comme un rejet. Dès mon retour en France, je n’ai plus voulu parler tant que le français, ma langue natale comme je dis souvent, ne m’était pas revenu impeccablement. Deux mois de silence, un mutisme comme une guérison, une réappropriation de mon être, un retour aux mères : ma mère et mon pays, la France.

Comme mes parents ont des origines multiples (kabyle et andalou pour mon père, berbère et juif marocain du côté de ma mère), je crois que j’ai grandi avec un besoin viscéral d’exister, de m’exprimer par la langue écrite, d’en faire mon centre, mon unité. Durant ma seule année de maternelle, puis en primaire, j’ai adoré apprendre à écrire, puis écrire, lire des poèmes, puis des histoires sans images. Je m’engouffrais dans les livres, y trouvais un refuge et un bonheur grandissant. Très tôt, j’ai donc aimé être seul avec un livre, le calme et la solitude, le silence et la paix, cultivant à l’intérieur de moi ce qui devenait au fil du temps une vocation, un désir plus fort que tout.

HafidAdolescent, j’ai commencé à écrire sérieusement et à lire des écrivains majeurs, fondateurs aux yeux de l’écrivain que je voulais devenir, que je devenais. C’était naturel, comme une question de survie : lire pour vivre, écrire pour aimer vivre.

Je ne sais pas ce que je serais devenu, ni qui je serais aujourd’hui s’il n’y avait pas eu les livres puis l’écriture. Sincèrement, une part de moi avait besoin de s’exprimer, de dépasser la douleur et le sentiment durable d’abandon qui a régné sur mes jeunes années. J’aurais pu devenir musicien, sculpteur ou peintre ; d’ailleurs, parallèlement à mes études de lettres, j’ai goûté à l’histoire de l’Art juste par amour des œuvres et des artistes, jusqu’à peindre moi-même jusqu’à trente ans, avant que les mots ne prennent tout. Parce que lorsqu’on se donne à eux, les mots vous prennent tout et vous le rendent parfois.

J’écrirai toute ma vie, c’est la seule certitude que j’ai dans l’existence, je doute de tout sauf de cela.

 

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Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Il m’arrive souvent d’être sollicité par de jeunes gens désireux d’écrire, ou ayant commencé mais ne sachant pas où aller, comment avancer, à qui envoyer un manuscrit. Tout d’abord, je dis que je ne lis jamais rien, ce n’est pas mon métier. Toutefois, je demande de quoi parle le texte et surtout je conseille de voir ce que les éditeurs publient pour voir dans quelle maison le texte se sentirait le plus chez lui.

En ce qui concerne l’écriture à proprement parler, je conseillerais de chercher sa voix propre, son rythme, sa musique unique. Chez moi, une certaine musique audible par moi seul me guide quand j’écris. Je conseillerais de trouver ce son intérieur, de le suivre.

Je parlerais aussi du personnage, de son existence propre, de la nécessité de savoir s’effacer pour le laisse vivre, respirer, inspirer l’écriture. Il y a un équilibre à trouver entre le cœur et la pensée, il faut mettre des deux dans un livre, construire comme un architecte des rêves construisant une histoire qui ne soit pas superficielle, ni artificielle.

Je lui dirais que s’il lui arrive de se voir refuser un texte par un éditeur, ce n’est jamais la faute de l’éditeur et qu’il faut accepter trois choses : travailler, retravailler et persévérer. Bien entendu, laisser reposer un texte, porter son attention sur autre chose, tout cela aide à y revenir avec un regard neuf. Savoir être son propre juge n’est jamais évident, il faut du temps, de l’humilité, et en même temps un orgueil étrange, une part de folie, y croire. Comme je le dis, il faut être fou pour écrire, faire des films, peindre, se consacrer à un art, mais ce serait une plus grave folie de ne pas le faire…

 

 

 

Précédent rendez-vous : Antoine Silber

Prochain rendez-vous : Franck Balandier

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Nouvelles du couple

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