Le saut du requin, Romain Monnery

Présentation de l’éditeur :

saut requinToutes les histoires d’amour sont des questions sans réponse : où commence l’indifférence ? CDD ou CDI ? Comment se dire adieu ? Quel rapport entre le yéti et le point G ? Est-ce que ronfler, c’est tromper ? Deux garçons, une fille, combien de possibilités ?

Sur fond d’Internet et de chansons populaires, Le Saut du requin explore le fonctionnement d’un couple moderne perdu entre non-dits et pas chassés. Bref, ceci n’est pas une comédie romantique, mais ça y ressemble.

 

 

Ziggy refuse la vie courante. Sa seule expérience professionnelle a consisté en la vente de billets de tombola du temps de l’école primaire. Son activité principale consiste à rouiller devant son ordi. Comme Michel Houellebecq, il considère que le plus grand luxe est de se donner les moyens d’éviter les autres. Il a rencontré Méline sur Adopteunmec, et voilà qu’après un an de coïts hebdomadaires, Méline lui demande ce qu’elle est pour lui – et s’il l’aime. Pour Ziggy, c’est le signal : il est temps de prendre de la distance.

Ziggy n’est pas un mufle. Alors comment, comme chantait Jacques Dutronc, la laisser tomber sans qu’elle se fasse trop mal ?

 

Sauf que Méline est allée voir ailleurs. Voilà Ziggy blessé dans sa fierté. Et, obsédé par sa peur de ne pas être à la hauteur, il tente de la reconquérir. Ou, puisqu’il n’a jamais fait d’efforts (à supposer que l’amour en réclame), de la conquérir-tout-court.
Si, comme dans les romans des éditions Harlequin, le bonheur espéré est proportionnel aux difficultés à surmonter pour l’atteindre, tous les espoirs sont permis. En attendant, Ziggy n’est pas au bout de ses peines. Car Méline le garde tout comme elle garde celui qu’il voit comme son rival. Histoire de varier les plaisirs – d’autant que le nouveau Ziggy est aussi pétillant qu’« un soda sans bulles à l’arrière-goût de somnifère ».

Le trouple, le polyamour. Une tendance, assure-t-on. Mais est-ce bien ce que ces héros veulent ?

 

coucher

Romain Monnery signe ici un roman plein d’humour et de trouvailles (on y apprend notamment qu’onze ans d’écart constitue la différence d’âge idéale dans un couple, mais tout n’est peut-être pas à prendre au pied de la lettre) construit autour de deux personnages délicieusement caricaturaux. Une comédie qui interroge aussi les rapports à l’amour, dans toutes les acceptations du terme, d’une génération d’enfants du divorce tristement flippés et totalement désenchantés.

 

Drôle donc, mais pas que.

 

 

Au Diable Vauvert, janvier 2014, 272 pages, 17 euros

 

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Instantanés choisis :

 

timide« Ils avaient couché le premier soir. Elle s’était dit « Soyons fous », il avait trouvé ça normal. » (page 26)

 

« La monogamie, c’est comme la religion : ça marchait quand on n’avait pas Internet ; aujourd’hui, c’est juste une hérésie. » (page 30)

 

« L’amour n’existait pas plus que le Père Noël. Les hommes et les femmes n’étaient pas faits pour vivre ensemble – encore moins depuis la démocratisation du porno. » (page 51)

 

« Pour elle, qui doutait tant de ses qualités, il suffisait que les gens soient sûrs d’eux pour lui paraître brillants. » (page 55)

 

blabla« Chérie, on est plus au Moyen Âge. Oublie tes histoires de prince charmant. Si t’attends qu’un mec vienne garer son cheval blanc sous ta fenêtre, tu vas finir avec une toile d’araignée dans la chatte. » (page 59)

 

« Aucune relation ne débutait sans l’éventualité d’une séparation ? On en négociait les termes, les indemnités : le couple était devenu un CDD. » (page 62)

 

« – Mais t’es vraiment sûre que les hommes préfèrent les blondes ?

– Je te dis que c’est scientifique. Le blond, c’est la couleur des trophées… » (page 121)

 

« Le sport c’est la guerre, les fusils en moins. » (George Orwell, cité page 141)

 

lol« Les femmes, c’était comme les fruits : il fallait les consommer vite après les avoir cueillies. Une semaine, pas plus – ensuite ça se gâtait. Ça pourrissait, même qu’après ça devenait toxique. » (page 143)

 

« C’est comme ça que ça marche : tu sais quand t’assures, pas quand tu foires. » (page 144)

 

« Sur l’Internet, les maçons du cœur étaient formels. Un couple, c’était comme une maison. Pour qu’il résiste à l’ouragan du temps qui passe, il devait reposer sur quatre piliers :

  1. Le dialogue.
  2. Les projets communs.
  3. Le sexe.
  4. Et la tendresse. » (page 145)

 

ennui« Les couilles, c’est comme les mauvaises herbes, t’as beau les couper, ça finit toujours par repousser. » (page 160)

 

« Les femmes étaient des diamants dont il aurait été vain de se cantonner à une face. » (page 165)

 

« Joies des amitiés qu’on peut reprendre là où on les a interrompues. » (page 184)

 

« Se pouvait-il que ce soit ça, la formule miracle pour faire durer le couple : cultiver la diversité sexuelle pour s’assurer la fidélité des sentiments ? S’éloigner pour ne pas se perdre de vue ? C’était en tout cas celle que prônaient les allergiques à l’engagement pour qui le couple, sans porte de sortie, n’était rien d’autre qu’une prison. » (page 197)

 

« Après l’amour, il y a du monde. » (page 210)

 

055_romain_monnery_950« Au petit jeu de la séduction que se livraient les deux sexes depuis la nuit des temps, les femmes avaient définitivement pris la main. Les rôles s’étaient inversés. » (page 222)

 

« Où est-ce que tu as vu qu’on pouvait avoir le beurre et l’argent du beurre ? » (page 240)

 

« Quand on y pense, l’homme n’est jamais qu’un mammifère qui se peigne. » (page 241)

 

« Les petits sentiments, il n’y a que ça de vrai. C’est pas eux qui vont s’effondrer au premier signe de cellulite. » (page 243)

 

« Aucun écrivain n’était pris au sérieux tant qu’il avait tous ses cheveux. » (page 251)

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