La vie privée, Olivier Steiner

La vie privéePrésentation de l’éditeur :

Huis clos dans une maison du bord de mer. Tandis que la dépouille d’Émile repose dans une chambre à l’étage, le narrateur attend le dominateur. Une voiture se gare, c’est lui, le voilà dans l’embrasure de la porte, pile à l’heure, et sa ponctualité est déjà une forme de sévérité. Se joue alors la scène primitive, danse d’Éros et Thanatos, entre ombres et lumières, «sexe et effroi». Poussés aux derniers retranchements de la chair et de l’esprit, les corps exultent, souffrent et jouissent, livrent leur essence même. Avec La vie privée, Olivier Steiner signe un voyage sans retour, magnifique oraison funèbre, expérience de lecture rare où se dévoile notre humanité dans ce qu’elle a de plus noir et de plus cru.

 

Le narrateur a passé un pacte avec Emile : « Je m’occupe du bois, des courses, du ménage, de toi ; en retour tu me loges et tu me laisses écrire. » (page 75)

Emile dont il est « le défouloir ».

 

Mais Emile, âgé, finit par s’en aller définitivement.

 

Le narrateur passe d’une domination – physique, sexuelle, psychologique – à une autre : dans la maison d’Emile tout juste mort, il laisse entrer un autre maître rencontré sur un site fait pour cela.

 

Olivier Steiner écrit ces choses qu’on n’a pas envie de lire mais qu’on lit quand même, naviguant entre fascination et dégoût. Ces choses qui se font mais qui ne s’écrivent pas. Il parvient à mettre en mots ces sensations abstraites qui emplissent l’âme quand le corps est pénétré. « Je ne peux plus me projeter dans l’avenir. Tout pourrait s’arrêter là et ce serait parfait. »

 

Sa prose est entêtante, magnétique quand elle n’est pas répulsive. Son écriture est crue et violente autant que sensible et tendre.

 

La vie privée est un huis clos suffocant et sombre qui fait sur le lecteur l’effet du jeu du foulard : l’air manque mais la sensation est grisante.

 

Gallimard, L’Arpenteur, mars 2014, 148 pages, 13,90 euros

 

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Fragments :

 

« Un cadavre n’est pas un secret qu’on garde pour soi. » (page 20)

 

« Cette journée existe, je ne fais qu’écrire dans le prolongement des heures vécues. » (page 22)

 

« Je suis ce moucheron obstiné qui tournoie autour du lampadaire, c’est plus fort que moi il faut que je m’approche, que je m’approche, toujours plus près de la lumière. » (page 27)

 

« Sa façon de me regarder est déjà une pénétration. » (page 35)

 

« Le secret c’est de se laisser faire. » (page 52)

 

« Il n’y a pas d’histoire, pas le moindre enseignement ; il n’y a que ce qui est maintenant. » (page 54)

 

« Je suis facultatif. » (page 61)

 

« Je ne suis pas une victime mais une offrande. » (page 64)

 

« La beauté n’a de sens que liée à une fonction. » (page 84)

 

« Chacun prend son plaisir là où il peut. Il se trouve juste que nos plaisirs se correspondent. » (page 93)

 

« Le malheur c’est la peur. Et la peur arrive quand on se met à penser à la suite. » (page 113)

 

« Est-ce qu’on existe quand personne n’est là pour nous regarder ? » (page 134)

 

« La vie est trop lourde et la mort trop légère, c’est irrésistible. » (page 143)

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