Le bomeur, Nathanaël Rouas

Le bomeurPrésentation de l’éditeur :

« Quand Lola m’a ajouté sur Facebook, elle a checké mon profil.
En 586 photos, 320 statuts et 1780 friends, elle en a déduit que j’étais un connard.
Un connard prétentieux.
Pour mes 1780 friends, j’ai une vie cool. Ils ne me voient pas bader le dimanche soir, seul chez moi devant mon ordinateur, une rediffusion de « Zone interdite » en fond sonore, et mon paquet de clopes vides sur la table basse. Je ne vais pas poster de photos de mon rendez-vous Pôle emploi à 9h30 à Belleville en plein hiver et de mon arrivée en scoot sous la pluie.
En fait, j’ai un statut social virtuel cool.
Et un vrai statut social de merde. »

Un portrait romanesque des 20-35 ans, génération qui n’a connu que la crise, mais qui n’a pas renoncé pour autant à la désinvolture.

 

 

Le narrateur est chômeur. Comme trois millions de personnes. Mais avec des indemnités supérieures à ce que gagnent 80% des Français qui travaillent. Du temps et de l’argent, donc. De quoi mener la belle vie. A condition de savoir s’occuper.

 

Et c’est bien là le problème. Notre bobo chômeur se connecte 4h52 par jour sur Facebook et enchaîne les apéros. Avant Pôle Emploi, il officiait dans la pub. Alors avec/devant les potes, les idées de projets fusent – mais pour les mettre en œuvre, on verra plus tard. Après sa soirée avec Anouk, par exemple. Qui lui plaît vraiment. Mais qu’il ne fait pas tellement rêver. Qui un bomeur peut-il faire rêver, en réalité ?

 

Quand on est au chômage plus que dans n’importe quel autre cas de figure, on sait ce qu’on a été mais pas ce qu’on va devenir. Comment exister aux yeux de l’autre quand on ne parvient plus à le faire aux siens ? Comment avoir le sursaut salvateur quand la confiance en soi est sacrément entamée ?

 

Sur un ton ultra léger, dans une langue plus orale qu’écrite, et avec des hein qui scandent un récit au rythme déjà rapide, Nathanaël Rouas pointe des situations absurdes qu’il saupoudre de réflexions bien senties sur ce que l’on peut et veut faire de sa vie. Ce livre, son premier et – est-il promis – aussi son dernier, dédramatise le chômage tout en incitant à donner quelques bons coups de pied au c*l. C’est drôle, et ça a aussi le mérite de rappeler qu’entre le chômage et le salariat, les alternatives existent. Un instantané de société et évidemment pas un objet à considérer sur le plan littéraire.

 

Même que le bomeur a un blog.

 

Robert Laffont, mars 2014, 264 pages, 18,50 euros

 

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Flashs :

 

« A Paris, c’est comme ça que ça se passe. Si t’es rentré dans le bon cercle, t’as accès à tout. » (page 14)

 

« Si on a confiance en moi, alors j’ai confiance en moi. Et je deviens un tueur. » (page 17)

 

« On ne se rend jamais compte de l’attachement des gens à leur job. » (page 35)

 

« Le dimanche soir, c’est pas un soir à plan cul. Le dimanche soir, c’est trop personnel. » (page 45)

 

« Une fille mignonne, faut toujours lui montrer que tu t’en bats les couilles d’elle pour qu’elle se mette à faire attention à toi. Sinon, t’es juste un chien de plus dans la meute. » (page 47)

 

« Pôle emploi devrait financer mes tickets resto, bah ouais, c’est comme ça que j’entretiens mon réseau. » (page 60)

 

« Tout est toujours plus beau quand c’est de l’imprévu. » (page 64)

 

« Rendre cool le fait d’être au chômage, c’est ça être un bomeur.

En fait, c’est surtout réussir à faire croire à l’autre que c’est cool d’être au chômage. » (page 81)

 

« Quand on ne connaît pas le chômage, on en a peur. » (page 109)

 

« Mon problème, c’est que je veux tout donner direct par peur qu’elle me donne rien. » (page 132)

 

« Je suis la flemme poussée à son paroxysme. » (page 137)

 

« J’ai toujours pensé qu’on a les amis qu’on mérite. Quand je vois les miens, je me dis que je suis un mec bien. » (page 145)

 

« Dans ma vie professionnelle, j’avais toujours une date butoir. Maintenant, je n’ai aucun dernier moment. » (page 157)

 

« J’ai toujours pensé que la créativité n’était pas réservée aux créatifs. Tout le monde peut avoir la bonne idée au bon moment. » (page 165)

 

« Quand quelqu’un de proche réussit, ça donne l’impression que nous aussi nous aurions pu réussir. Alors que ça n’a aucun lien. » (page 167)

 

« Peu de gens sont vraiment heureux pour le succès de leurs proches. Justement parce que ça les renvoie à leur condition personnelle. » (page 167)

 

« L’actualisation Pôle Emploi, c’est les cinq clics les plus chers du web. » (page 170)

 

« J’arrive à me faire virer de Pôle Emploi. C’est dur quand même de se faire virer d’un truc pour des gens qui n’ont pas de travail. C’est surréaliste comme situation. » (page 175)

 

« Quand tu n’as aucune raison de te lever, tu ne te lèves pas. » (page 218)

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