La façon dont les choses commencent

666_667_clubIl était arrivé peu avant minuit. A l’heure où les dîneurs ont déserté les restaurants, à l’heure où les promeneurs ont réintégré le métro. Comme d’habitude.

Ils ne se voyaient pas dans la journée. Elle était occupée. Ni dans la soirée. Elle était très prise.

Deux mois que ça durait.

De son quartier, dont elle lui avait tant vanté les attraits à leur rencontre, il ne connaissait que les façades orangées par l’éclairage artificiel. Jamais vu à la lumière du jour.

Une nuit, ils s’étaient endormis après. Elle l’avait secoué vers quatre heures. Elle tenait à se réveiller seule. Elle avait son rituel du matin. Ils avaient toujours été d’accord sur ce point. Il était reparti à pied.

Peut-être ne voyait-elle personne d’autre que lui. Aussi intimement du moins. Mais tout ce qu’elle ne lui disait pas ouvrait une brèche dans laquelle s’engouffraient ses suppositions par dizaines.

Où commence l’amour ? Il avait compris qu’il était amoureux fou un soir qu’elle n’avait même pas changé les draps.

Jamais on ne l’avait caressé comme ça. Jamais on ne l’avait regardé avec ces yeux-là.

Quand elle allait à la salle de bains, il cherchait des traces qui auraient justifié sa méfiance.

Il n’en trouvait pas.

Ce qui ne signifiait pas que sa méfiance fût infondée.

Elle ne savait pas dire non. Il lui proposait un cinéma, un dîner, une sortie – elle était toujours partante. Elle annulait ensuite. Avec une excellente raison. Et il la rejoignait après. En marchant dans le faisceau des réverbères.

Ce jeudi était férié alors il avait osé émettre l’idée d’un pique-nique. Le cake au saumon finissait de cuire lorsqu’elle avait envoyé un message. J’ai un contretemps. Une amie à aller chercher à la gare. On se voit plutôt comme d’habitude. Ça m’arrange.

Il avait jeté le cake de son cinquième étage. Du saumon sauvage. Chaque annulation piétinait son estime de soi davantage. Le syndrome de Stockholm le menait malgré tout nuitamment jusqu’à l’appartement. Ou son estime retrouvait sa belle vigueur.

En partant ce soir-là, il avait lancé un regard solidaire aux morceaux de saumon échoués dans la haie du rez-de-jardin.

Il pouvait aussi la quitter mais elle l’en empêchait. Il ne parvenait à se défaire de cette conviction intime, profonde, qu’il se serait passé quelque chose de grand s’ils avaient seulement essayé.

Un début d’histoire normal. Se voir dans la journée.

La façon dont les choses commencent.

Ce dont elle ne cessait de les priver.

 

Il avait dans l’idée de repartir comme il était venu, sous l’éclairage municipal, mais tout cela avait pris plus de temps que prévu.

Lorsqu’il avait tiré la lourde porte de l’immeuble, le soleil était déjà haut, qui brillait avec insolence et faisait fuir les nuages d’un blanc pourtant serein.

C’était vrai que le quartier ne manquait pas d’allure.

La rue, du moins, était remarquable. Haussmann méritait ses distinctions.

Elle n’avait pas menti. Au moins une chose qu’il ne pouvait lui reprocher.

Il prit une profonde inspiration et remercia le ciel de tant de beauté.

Il se mit en route cependant que la danse des nuages affirmait que rien de terrible n’arriverait jamais.

D’un pas souple, il s’éloigna de la cave où reposaient les morceaux de sa dulcinée.

La lumière du jour, voilà ce qui faisait tout l’intérêt. Voilà qui révélait la générosité.

Une belle journée s’annonçait.

 

Sophie Adriansen

d’après la pochette de 666.667 Club – Noir Désir

mai 2014

texte publié en août sur Oyoboo

dans le cadre du projet musicalo-littéraire « pochettes-surprises »

auquel j’ai été invitée à participer

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Trente-six chandelles, Marie-Sabine Roger

36Présentation de l’éditeur :

 

Allongé dans son lit en costume de deuil, ce 15 février, à l’heure de son anniversaire, Mortimer Décime attend sagement la mort car, depuis son arrière-grand-père, tous les hommes de sa famille sont décédés à onze heures du matin, le jour de leurs 36 ans.

La poisse serait-elle héréditaire, comme les oreilles décollées ? Y a-t-il un gène de la scoumoune ? Un chromosome du manque de pot ?

Que faire de sa vie, quand le chemin semble tout tracé à cause d’une malédiction familiale ? Entre la saga tragique et hilarante des Décime, quelques personnages singuliers et attendrissants, une crêperie ambulante et une fille qui pleure sur un banc, on suit un Mortimer finalement résigné au pire.

Mais qui sait si le Destin et l’Amour, qui n’en sont pas à une blague près, en ont réellement terminé avec lui ? Dans son nouveau roman, Marie-Sabine Roger fait preuve, comme toujours, de fantaisie et d’humour, et nous donne une belle leçon d’humanité.

 

 

L’on sait que faire des plans précis est un bon moyen, sinon le meilleur, pour que les choses se passent tout à fait autrement. Mortimer en fait l’expérience dès le début du roman. Lui qui s’était empêché de vivre au prétexte que la mort allait arriver tente alors de s’y mettre, avec 36 ans de retard.

Et il sait par où commencer : car peu de temps auparavant, sa route a croisé celle de Jasmine, une jeune femme qui a les yeux dans le futur. Et dans ses bras, Mortimer s’est découvert pour la première fois de son existence des envies d’éternité.

 

La prose de Marie-Sabine Roger regorge d’images et d’humour. Elle « écrit comme un mec », dit Jean Becker qui a adapté plusieurs de ses romans. Et elle écrit presque comme on parle, jouant de cette gouaille à laquelle elle nous a habitués avec ses précédents romans (dont Bon rétablissement, prix des lecteurs de L’Express 2012 – j’en étais, la preuve en vidéo). Qui peut lasser si l’on n’adhère pas.

Qui fonctionne bien ici et permet de rendre léger un roman que les thèmes auraient aisément fait verser dans le pathos sans cela.

 

On referme l’ouvrage après avoir bien ri, des bons mots, des situations cocasses, de la compagnie des personnages fort attachants qui entourent le héros. Et en réfléchissant à ce qu’on ferait si on devait mourir demain, ou à 36 ans.

 

Marie-Sabine Roger nous démontre joliment qu’il n’est jamais trop tard pour commencer à vivre.

En réalité, il n’est jamais trop tôt non plus.

 

 

La brune au Rouergue, août 2014, 277 pages, 20 €

 

Un roman lu dans le cadre de la 5ème édition des Matchs de la rentrée littéraire PriceMinister-Rakuten

 

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Bon rétablissement

La sélection du prix des lecteurs de L’Express 2012

Toute la rentrée littéraire 2014

A VOIR AILLEURS :

La remise du prix à Marie-Sabine Roger en vidéo

 

Phrases chocs :

 

« Décéder fait partie de ces moments intimes qui supportent assez mal les témoins importuns. » (page 11)

 

« Lorsqu’on vit dans le désert, on finit par aimer le premier cactus qui pousse. » (page 43)

 

« Est-ce que l’adversité est dans l’hérédité comme les oreilles décollées ? » (page 46)

 

« Par chance, il y eut la guerre. » (page 81)

 

« Rien n’est plus horripilant que les gens qui vont bien. » (page 178)

 

« Les secrets de famille sont de noires araignées qui tissent autour de nous une toile collante. Plus le temps passe, plus on est ligoté, bâillonné, serré dans une gangue. » (page 182)

 

« Tourner la page ne sert pas à grand-chose quand c’est le livre entier qu’on voudrait changer. » (page 202)

 

« Je suis paralysé par cette perspective : je suis toujours vivant mais, pour la première fois de ma vie, je ne sais pas pour combien de temps. » (page 221)

 

« Si les liens du cœur prenaient racine au fond des estomacs, on appellerait « maman » toutes les dames de cantine. » (page 230)

Garçon manqué, Liz Prince

Garçn manquéPrésentation de l’éditeur :

 

Liz Prince a grandi dans la banlieue de Santa Fé, au Nouveau Mexique, à la fin des années 1980. Elle n’était pas du tout girly et détestait s’habiller « en fille », mais elle n’était évidemment pas non plus un garçon, comme lui fit clairement comprendre le coach de base-ball de l’équipe junior locale. Elle était quelque part entre les deux. Et ce n’était pas une zone très confortable, avec les forces de l’école primaire, du collège, de ses parents, de ses amis et de ses amours qui la tiraillaient dans un sens ou dans l’autre… Petit à petit, au fur et à mesure de ses rencontres, elle apprend à composer avec les réactions de son entourage et à se construire une identité propre.

 

Au fil de cet album, un véritable roman graphique, avec son découpage en chapitres qui sont autant d’étapes initiatiques pour la narratrice, Liz Prince aborde avec légèreté les difficultés, tout sauf légères pourtant, qu’elle a connues en tant que « garçon manqué », du moins en tant que fille, incontestablement fille, qui se trouvait bien des points communs avec les garçons… (et pas seulement parce qu’elle détestait porter des robes)

 

Ce n’est pas une leçon, rien d’autre qu’un récit autobiographique, donc forcément personnel et subjectif. Cela n’empêche pas de susciter la réflexion sur cette question du genre qui fait couler beaucoup d’encre ces temps-ci.

garconmanque1Liz Prince fait montre d’un sacré recul, d’un indéniable sens de l’autodérision, et d’un humour à (presque) toute épreuve – pour le plus grand plaisir de son lecteur.

 

Un ouvrage rythmé, des dessins simples mais efficaces, et un livre réussi qui ne parlera pas qu’aux adolescents en pleine quête identitaire.

 

Lire un extrait ici.

 

Editions ça et là, octobre 2014, 256 pages, 20 euros

 

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Grigris et doudous by Markus

MarkusMarkus14 est un artiste strasbourgeois qui travaille ses sculptures à partir de vêtements usagés et de divers autres matériaux ramassés ici ou là.

Docteur ès grigri & doudou, il anime aussi des ateliers au cours desquels petits et grands peuvent fabriquer leur propre grigri-doudou.

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Il propose désormais des kits grigri-doudou pour réaliser son fétiche à la maison.

A l’intérieur, du tissu, des fils, des petits objets (coquillages, vis, clous, bois, boutphotoons, trombones, plumes, etc.), des mots porte-bonheur… et des bonnes pensées, à compléter par des vœux chers.

Et pour que la magie opère, est fourni un mode d’emploi (dont j’ai écrit les textes avec Markus).

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Une bonne idée pour mettre un peu de rêve, de bonne humeur, de féérie sous le sapin – et enchanter la fin d’année.

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Mauricette

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~ MISE EN GARDE ~

Vous êtes sur le point de fabriquer de vos mains un puissant objet magique.

Il vous accompagnera le reste de votre vie.

Aussi nous vous conseillons d’y mettre beaucoup de bons sentiments, de bonne humeur, de pensées positives et d’amour.

 

 

Kit grigri-doudou : 10 €, en vente à La Popartiserie, 3 rue de l’Ail, 67000 Strasbourg, 03 69 57 41 65

Pour les non-Strasbourgeois, commande auprès de Markus : grigri@markus14.org

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Le site de Markus14

Markus14 sur Facebook

© photos Markus : Jean-Marc de Balthasar

Le système Victoria, Eric Reinhardt

Le système VictoriaPrésentation de l’éditeur :

David Kolski est directeur de travaux de la future plus haute tour de France. Retards insurmontables, pressions incessantes : il ne vit que dans l’urgence. Alors qu’il s’apprête pour une fois à dîner en famille, son regard est happé par une femme à l’élégance austère, au rayonnement de reine. C’est Victoria, ambitieuse et intelligente, belle et indépendante. Directrice des ressources humaines d’une multinationale, elle dirige sa vie comme celle de ses salariés. Les amants sauront-ils faire face aux exigences de leur désir?

À travers le récit d’une passion dévorante, Éric Reinhardt poursuit avec brio l’étude de notre époque contemporaine. Chronique d’un monde du travail de plus en plus violent, Le système Victoria est une œuvre captivante, où la sensualité se mêle autant au plaisir qu’à l’assujettissement.

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La rencontre amoureuse, c’est la rencontre de deux fonctionnements. Deux « systèmes ». C’est une irruption réciproque, des interférences inévitables. Sans que cela soit forcément négatif pour autant.

 

Pour David Kolski, Victoria de Winter, DRH du puissant groupe Kiloffer, est « du côté de ceux qui fabriquent les problèmes ». Lui qui, marié, a pour habitude de ne jamais revoir une femme avec qui il passe une nuit, va pourtant entamer avec elle une relation suivie. Victoria est un aimant, et à son contact, David revit.

 

Mais l’aimant s’avère toxique. Victoria devient sa drogue, la plus pure à laquelle il ait jamais été donné à David de goûter. Elle est son héroïne. C’est elle qui mène le jeu. D’elle dépendent, outre leurs rendez-vous, les humeurs même de David. Le retard du chantier de la tour Uranus dont il est responsable augmente ou s’amenuise au rythme des montages russes que sont ses rapports avec cette femme insaisissable.

 

Et si la tour devenait son tombeau, ou du moins celui d’une certaine liberté ? A moins que ce ne soit cette relation, cette emprise qui sonne le glas définitif de l’insouciance ?

Et l’amour, a-t-il seulement sa place dans tout cela ?

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Eric Reinhardt a ce don de savoir ferrer son lecteur jusqu’à l’emprisonner. Il ne lui laisse pas le choix. Et c’est tout entier que le lecteur plonge dans l’univers des protagonistes, et les tréfonds de leur âme. De leurs histoires personnelle, familiale, sentimentale, Reinhardt ne lui épargne rien. Heureuse victime que ce lecteur. Les personnages deviennent des connaissances, leurs univers s’impriment pour longtemps dans le sien.

Ce qui, dans d’autres temps littéraires, faisaient que les personnages étaient personnages.

 

Eric Reinhardt propose un voyage fascinant dans les profondeurs d’une liaison amoureuse, d’un adultère intellectualisé, avec en toile de fond un monde dans lequel les nouvelles technologies alimentent les fantasmes et le capitalisme devient érotique.

Pour tout cela, ces 600 et quelques pages d’une grande densité ne sont pas de trop.

 

Folio, 2013 (et Stock, 2011), 624 pages, 8,40 euros

 

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L’amour et les forêts

 

Eclats de voix :

 

« Les femmes n’ont pas la possibilité, et c’est d’une grande injustice, d’aborder les hommes qui leur plaisent. » (page 108)

 

« Il avait ouvert les portes de son mental et les phrases qu’il prononçait résonnaient comme sous les voûtes d’une cathédrale. » (page 210)

 

« J’avais déjà commencé à avoir besoin d’elle. » (page 224)

 

« Le simple fait que je sois parvenu à rendre Victoria aussi dépendante de ma personne que je l’étais devenu de la sienne me suggérait l’idée que tout était possible désormais dans ma vie : être à ce point apprécié de cette femme-là m’avait rendu invulnérable. » (page 288)

 

« La perversité serait-elle l’unique destination, le seul apanage des passions parallèles ? » (page 475)

 

« Si j’avais eu l’assurance que ce projet d’architecture ne se ferait jamais, j’aurais rompu immédiatement. » (page 502)

Sigolène Vinson : de la robe à la plume

Sigolene Vinson (c) Marie OuvrardDans une autre vie, Sigolène Vinson était avocate. Après avoir passé une partie de son enfance dans la corne de l’Afrique, à Djibouti, elle retombe enfin sur ses pieds d’adulte. En décembre 2007, elle a démissionné pour se consacrer à l’écriture. En 2015, elle publie trois nouveaux romans.

 

Comment en es-tu venue à l’écriture ?

J’écris pour moi depuis l’âge de seize ans. Cela a commencé par une correspondance avec un garçon, j’écrivais des histoires, je faisais de chaque lettre une fiction que je lui postais, puis j’ai écrit des textes pour moi quand je suis devenue avocate. J’aime énormément Romain Gary, et je crois qu’au départ j’essayais de le séduire en écrivant. A seize ans, je portais la coupe de cheveux de Jean Seberg, et j’avais donné à mes poissons rouges les prénoms de personnages de Gary… Je n’ai longtemps lu que des auteurs morts, ignorant tout de l’actualité littéraire, je ne pensais absolument pas que ce que j’écrivais pourrait être publié.

 

Comment as-tu osé donner à lire ce que tu écrivais ?

Un jour, j’ai terminé un texte que j’ai jugé abouti. Ça s’appelait Le Fort de Sagallo. J’avais travaillé le style et fait des recherches. J’avais commencé à lire la production récente, et j’ai envoyé mon roman à des maisons d’édition. Le roman a été refusé. Je trouvais ça impossible, qu’on le refuse alors que j’avais tant travaillé… Me vient alors l’idée d’un texte que j’écris à la première personne, me mettant dans la peau de la fille naturelle d’Amélie Nothomb et de Florian Zeller qui poursuit de ses assiduités le comédien Laurent Terzieff. 52 pages que j’écris en deux semaines. Je Romans (c) Marie Ouvrardl’appelle Dorés déments. Je l’imprime au cabinet, je l’agrafe parce qu’il n’est pas assez épais pour être relié et je l’envoie à Grasset. Le directeur, Manuel Carcassonne, m’appelle alors que je sors d’un procès en cour d’appel : mon manuscrit a attiré son regard sur la pile, ce bout de machin tout fin ne ressemblant à aucun autre, il l’a lu immédiatement, il me propose qu’on se rencontre. En parallèle, une amie comédienne envoie mon texte à Florian Zeller, je le rencontre aussi et il me conseille de l’adresser à son éditeur, Guillaume Robert chez Flammarion…

 

Lire l’interview complète sur le site d’Encore magazine

 

photos (c) Marie Ouvrard

 

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

J’ai déserté le pays de l’enfance

Ben est amoureux d’Anna, Peter Härtling

Ben est amoureux d AnnaPrésentation de l’éditeur :

Si être amoureux, c’est penser tout le temps à la fille qu’on aime au point d’en avoir mal au ventre, alors c’est sûr, Ben est amoureux d’Anna. Il décide de lui écrire une lettre. Mais Anna ne répond pas. Elle ne dit rien. Ben ne comprend pas pourquoi…

 

Avec beaucoup de finesse, Peter Härtling dresse le portrait de deux êtres sensibles, très différents, issus de milieux et de cultures presque opposés, et que l’école va rassembler. Il raconte ce que c’est que d’être amoureux quand on va bientôt avoir dix ans. Et comment on l’exprime, alors qu’il y a le monde autour – les camarades prompts à se moquer, la famille prompte à désapprouver…

 

Une lecture rafraîchissante sur les premiers émois. Il n’est jamais trop tôt pour connaître ces sentiments forts qui font se sentir vivant – même si en grandissant on croit l’amour réservé aux adultes.

 

Un petit roman qui rappelle aussi, si besoin est, qu’en amour, on est toujours deux…

 

 

Traduit de l’allemand par Antoine Berman, illustré par Rosy

6-9 ans

Pocket jeunesse, 1995, 144 pages, 5,30 euros

 

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Toute la sélection jeunesse

Parfaite !, Mercedes Deambrosis

Présentation de l’éditeur :

parfaite-couvertuElle regarde sa montre, presque midi. Elle se lève, s’étire, toujours, et ce simple geste, veut-elle croire, contribue à la souplesse du corps. Elle ne se leurre pas. La jeunesse n’est pas éternelle, mais elle se doit par respect des autres, de ceux qui la regardent, l’envient, l’admirent, d’entretenir au mieux ce que la nature lui a si généreusement offert, ce corps magnifique qui lui a toujours procuré d’immenses joies.

À plus de soixante ans, au prix d’un travail acharné sur son corps et sur elle-même, elle est parfaite. Victime des apparences et des marques, elle s’apprécie avant tout à l’aune des vêtements et accessoires de prix qu’elle arbore comme des trophées.

Mercedes Deambrosis campe une héroïne égarée dans une pension low cost quelque part en Méditerranée. Et là, dans ce milieu hostile, aux antipodes de ce dont elle rêve, son monologue ininterrompu révélera quelques fêlures, quelques mensonges et les compromissions qu’elle a dû faire pour continuer à jouer son rôle de femme parfaitement inaltérable.
Jacques Floret s’amuse des miroirs que tendent les magazines à notre héroïne et c’est non sans humour qu’il entrecoupe le récit de ses interludes publicitaires glacés et sarcastiques.

En peu de pages, et dans la langue sèche et acérée qu’on lui connaît, Mercedes Deambrosis raconte une femme que tout un chacun a déjà croisée – certains l’ont même côtoyée. Une victime de la dictature de la mode, mais une victime consentante. Qui a sacrifié sur l’autel de l’apparence et de la jeunesse éternelle (oxymore) tout le reste. Donc tout ce qui compte. Et qui tente de se persuader que les choix qu’elle a faits étaient les bons ; car si elle s’avouait le contraire, elle ne pourrait que tomber.

Du haut de ses talons, la chute risquerait d’être violente.

Les illustrations colorées de Jacques Floret, qui mettent en scène des représentations féminines sans âmes sur papier glacé, des êtres qui se laissent définir par une paire d’escarpins ou un sac à main – c’est du moins ce que l’on nous vend –, des revendications consuméristes et logotypées, font ressortir davantage encore l’extrême solitude de la narratrice dans le monde qu’elle a fait sien – un monde où tout n’est qu’apparence.

Un petit livre à lire avant de faire du tri dans sa garde-robe et ses envies de shopping, ou à offrir si les priorités ont déjà été revues.

Vu par Jacques Floret

Editions du Chemin de fer, novembre 2014, 80 pages, 14 euros

Jacques FloretLes premières pages sont à feuilleter ici 

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Rien de bien grave

Candelaria ne viendra pas

Six façons de le dire

D’autres publications des éditions du Chemin de fer

Toute la rentrée littéraire 2014

Fragments choisis :

« Elle aime tout ce qui est nouveau. Et a tiré un trait sur le passé, banni la nostalgie. Le présent, oui. Mais vite. Elle n’a plus de temps à perdre. » (page 30)

« Mon corps m’a toujours procuré de grandes satisfactions. » (page 50)

« On n’apprécie que ce qui coûte et elle, elle est de ces personnes qui refusent de compter, car au fond, elle sait qu’elle n’a pas de prix. » (page 60)

14 livres pour Noël

2 sapins à livresPour Noël 2014, voici une sélection de 14 livres avec, pour chacun d’eux, une bonne raison de l’offrir plutôt qu’autre chose (au-delà du principe de base selon lequel le livre reste le cadeau le plus personnel, le plus intentionné, le moins démodable – bref, le meilleur cadeau au monde, quelles que soient les circonstances).

 

Pour accéder au billet sur chaque livre, cliquez sur son titre.

 

Sticker-sapin-vert2_art-for-kids_3Romans

L’Amour et les forêts, Eric Reinhardt

Parce que les romans dont on ne sort pas indemne sont rares et que celui-ci en fait partie.

Sous les couvertures, Bertrand Guillot

Parce que ce livre contient peut-être tous les romans de la rentrée dont on peut se dispenser.

 

Les hommes meurent les femmes vieillissent, Isabelle Desesquelles

Parce que ce roman choral est une invitation réussie à penser autrement le corps et à replacer l’amour au centre de l’existence.

 

Fake, Giulio Minghini

Parce que ce premier roman, qui sonne le glas de l’implication amoureuse et l’entrée dans l’ère du plaisir solitaire à deux, est tristement contemporain.

 

Mange, prie, aime, Elizabeth Gilbert

Parce que rien ne compte plus que ces trois choses (ordre à discrétion) et que ce récit peut parler à tous ceux qui sont, ne serait-ce qu’un peu, engagés sur le chemin de la quête intérieure.

 

Ferdinand et les iconoclastes, Valérie Tong Cuong

Parce que ce fascinant portrait d » « inadaptés », cette plongée vertigineuse dans l’univers du marketing pose des questions fortes et essentielles.

 

Génération X, Douglas Coupland

Parce qu’il y a du génie dans la très grande lucidité que Douglas Coupland prête à ses personnages qui ne se reconnaissent ni ne se retrouvent dans rien de ce que le monde leur propose.

 

Enfants perdus, Claire Berest

Parce qu’il est nécessaire de se demander ce que l’on fait de nos jeunes, et si le pire n’est pas encore à venir.

 

Sticker-sapin-vert2_art-for-kids_3Illustrés

Maus, Art Spiegelman

Parce qu’il n’y a pas un livre de trop sur l’holocauste et que cet album incomparable interroge en particulier la notion de « survivre aux camps ».

Homme/femme mode d’emploi, Yang Liu

Parce que cet imagier du sexisme ordinaire prête à sourire, à rire, à réfléchir, à se révolter.

 

Y comme Romy, Myriam Levain & Julia Tissier

Parce que c’est drôle et moins léger que les illustrations colorées de Louison ne le laissent supposer de loin. Et que Romy, c’est presque nous.

 

Cet été-là, Jillian Tamaki & Mariko Tamaki

Parce que ce roman graphique réveille chez le lecteur les parfums et les souvenirs de ses propres vacances adolescentes.

 

Autour de moi, Nathalie Seroux

Parce que cet imaginer pas comme les autres prouve qu’il n’est jamais trop pour habituer les enfants à la réalité plutôt qu’à sa retranscription/transformation/édulcoration.

 

Surfing, Jim Heimann

Parce que ce bel objet, presque aussi lourd qu’une planche, donne envie de plonger… et aide à traverser l’hiver.

 

 

Noel-orPour la veillée de Noël, ajoutez les incroyables contes d’Hans Christian Andersen ou ceux, non moins formidables, de la rue Broca (signés Pierre Gripari).

Pour les non-lecteurs (mais pas que), jetez donc un œil aux kits grigris doudous de Markus14

Et si Noël n’est pas votre truc, pensez Tronchet et Houppeland !