Le meilleur du monde, Virginia Bart

le meilleur du mondePrésentation de l’éditeur :

Jeanne a bientôt quarante ans. Elle est mariée avec Nicolas depuis presque vingt ans et vit à Paris où elle est journaliste. Elle est cérébrale, rationnelle, ambitieuse, soucieuse des apparences et impassible. En réalité, elle souffre et elle s’ennuie. La vie lui paraît fade et le vrai bonheur hors d’atteinte. Un soir d’été à Sète, elle retrouve Christophe, son amour de jeunesse. Instinctif, sensuel, dilettante, rebelle, insouciant, il est son contraire.

Pourtant c’est le coup de foudre. Pendant quelques mois, Jeanne vit enfin en osmose avec elle-même et avec le monde. Au nom de la promesse d’une vie enfin rayonnante et vibrante, elle décide alors de tout quitter. Mais le merveilleux peut-il durer ?

 

 

Jeanne est une femme comme il en est beaucoup autour de nous. Elle affiche les apparences d’une vie où tout va bien, pourtant elle s’est toujours sentie vide, une ébauche d’elle-même ; vivre ne lui a jamais été évident, elle fuit le présent en se défonçant à ce qu’elle peut, et c’est groggy qu’elle espère un futur différent ; depuis toujours elle attend qu’il se passe quelque chose dans son existence. Cela va finir par arriver. Jeanne recroise Christophe, son premier amour, celui d’avant la vie qu’elle s’est choisie.

Pour l’héroïne, la fonction fait l’individu. La carriériste, qui évolue dans un milieu dont Christophe ignore tout, n’impressionne nullement ce dernier. Cet homme qui la connaissait avant est peut-être le seul à la voir pour ce qu’elle est davantage que pour ce qu’elle fait. Comment résister ? Comment ne pas vouloir raviver une flamme qui a brûlé si fort ?

 

Jeanne s’est acclimatée aux codes du monde sans surprises qui est le sien. Ces codes, Christophe les fait voler en éclats. Christophe la ramène à la vie, la régénère, lui donne tout son amour. Cet amour est inconditionnel et réciproque. Mais Christophe exècre le monde dans lequel s’est construite Jeanne, et ce paradoxe au cœur de ses propres sentiments la ronge de plus en plus. Au bout d’un temps, les non-dits viennent gripper la fluide mécanique de l’amour.

 

Virginia Bart met des mots sur ces parenthèses que sont les vacances, l’été, ces périodes de respiration – voire de rupture, de rythme du moins – qui invitent à un recommencement auquel on renonce au retour. Elle dépeint avec beaucoup de finesse la fatalité du quotidien, la beauté des sursauts qui en sont le sel, la résignation des plus exigeants. Elle dit combien il peut être difficile de se soustraire aux attentes des autres, si insistantes qu’elle devienne parfois les siennes. Combien il peut être vertigineux de vivre en dehors de leur regard.

Les exigences sont nécessaires, en amour en particulier, mais les exigences ont leurs limites…

 

Un beau petit roman sur la volonté de changer et de vivre, sur la capacité à saisir la chance de bonheur lorsqu’elle se présente, et une intellectualisation de l’amour à l’épreuve de la vie moderne et du quotidien d’une grande justesse.

Il est cependant encore permis de croire que l’amour extraordinaire, sans concession ni renoncement, peut durer…

 

Editions Buchet/Chastel, janvier 2015, 160 pages, 13 euros

 

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Fragments choisis :

 

« Cette perception diminuée de l’existence ne m’avait laissé à ce jour presque aucun moment de répit. » (page 27)

 

« A cette époque, l’emportement de corps coûtait cher. Parce qu’on s’aimait, ou juste pour le plaisir, on cédait à la tentation et on devait après coup donner la preuve que derrière ce désir fou, il y avait de la morale, du sérieux, de l’engagement. Alors on se mariait sans rien savoir l’un de l’autre, sans rien connaître de la vie. » (pages 38-39)

 

« Je planifiais sans relâche le moment où tout irait mieux, où ma vraie vie, sans problème et sans souffrances, commencerait enfin. » (page 55)

 

« Il m’a ramenée à la vie. Il est maintenant l’heure que je retrouve la mienne. » (page 88)

 

« Un enfant se faisait avec « la bonne personne », au « bon moment », une fois que l’on « avait reglé ses problèmes personnels », « quand on était installé dans l’existence ». En vertu de quoi, j’avais toujours remis l’enfantement à plus tard. Nous n’avions, selon mes critères, pas assez de temps, d’argent, de sérénité, de force, de distance avec l’histoire de nos parents, de maîtrise de nos folies et de nos faiblesses. » (page 94)

 

« Pour la première fois, je suis la seule femme sur terre et Christophe est le nom et le visage du meilleur du monde. » (page 99)

 

« Jusque là, j’avais toujours pensé que le plaisir, le divertissement, la beauté avaient un prix et Paris, où tout est à vendre, m’avait confortée dans cette opinion. » (page 107)

 

« Il ne voulait pas changer. Alors j’ai décidé que je ne changerais pas non plus. » (page 119)

 

« Je veux redevenir un petit animal que l’on caresse, une petite fille que l’on cajole. Je ne veux plus être une femme. » (page 122)

 

« Les mots fabuleux ont laissé place aux chamailleries, aux moqueries bon enfant, aux négociations. Les nuits de fusion aux soirées télévisées, la nudité du désir aux guenilles du dimanche, l’anorexie de l’amour aux chariots poussés dans les supermarchés. » (page 135)

 

« La vraie vie demande bel et bien des efforts. » (page 139)

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Une réflexion sur “Le meilleur du monde, Virginia Bart

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