Pourquoi écrivez-vous, Hafed Benotman ?

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Hafed Benotman, écrivain, romancier, polardeux, noveliste, poète, parolier, auteur de pièces de théâtre et de scénarios de films, et aussi voyou (« Un voyou est un autodidacte qui n’a pas fait l’ENA », disait-il), né en 1960, est décédé le 20 février 2015.
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©  Pierre Mongaux
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Photo prise dans le cadre de Leitura Furiosa 2014 où j’ai fait la connaissance de cet homme qui avait l’écriture comme légitime défense et la générosité dans le sang.
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Pourquoi écrivez-vous ?

Pour ne pas prendre (encore) les armes. A quoi sert l’écriture, sinon pour l’évasion ?

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Dix-sept ans, Colombe Schneck

Présentation de l’éditeur :

17-ans« On m’a élevée ainsi : les garçons et les filles sont à égalité. Je suis aussi libre que mon frère, ma mère est aussi libre que mon père. C’est faux. Je suis une fille, pas un garçon. J’ai 17 ans, mon corps me trahit, je vais avorter.

J’y pense toujours, je n’en parlerai jamais à personne. Parfois, je ne suis pas loin de dire le mot, de le partager  avec une amie proche. Et puis non, je renonce. Pourquoi ce silence ? » C. S.

 

 

Colombe Schneck, écrivain, journaliste, issue d’un milieu aisé aux mœurs libres et à la communication facile, a avorté à dix-sept ans, à la veille de son baccalauréat. Trente ans plus tard, et pour la première fois, elle raconte « comment, par accident, [elle est] entrée dans le monde des adultes ».

 

Tout l’a préparé à ce que cela ne lui arrive pas, pas à elle, elle n’est pas de celles qui se laissent surprendre, pas de celles dont la route connaît un accident. Elle a d’autres ambitions. Et les enfants, ce sera le plus tard possible. Il y a tant à vivre avant.

C’est arrivé pourtant.

En douceur, elle raconte sa décision, l’intervention après laquelle on n’apporte ni fleurs ni chocolats, le monde autour, à l’heure où les slogans des années 70 ont été digérés par la société.

 

Une lycéenne qui avorte à la veille du bac, presque un non événement. Mais suffit-il de se débarrasser de la graine encombrante pour revenir au monde ?

 

En peu de pages, peu de mots, Colombe Schneck rappelle les souvenirs enfouis et donne sa version d’un événement qui n’est jamais banal, dont on ne sort jamais indemne, qu’on soit femme ou homme. Et revient sur les origines de la loi Veil, tout en s’adressant enfin à celui qui n’a jamais existé.

Un livre bref pour ne pas oublier qu’avorter n’est jamais anodin ni facile.

 

Editions Grasset, janvier 2015, 96 pages, 10 euros

 

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Entre guillemets :

 

« J’entrevois que mon monde peut se fissurer. » (page 34)

 

« Ce n’est pas mon genre d’être enceinte, de ne pas choisir, de ne pas être libre. » (page 41)

 

« Les problèmes, dans cette vie d’alors, partent aussi vite qu’ils sont arrivés. » (page 51)

 

« Avorter ce n’est pas une faute mais, comme tout accident, c’est quelque chose à soustraire dans nos vies. » (page 68)

 

« Il s’agit de mon corps de jeune fille. » (page 80)

 

« Et toi, tu es un mort de plus ou un mort de moins ? » (page 89)

Le Puits, Iván Repila

Présentation de l’éditeur :

 

le-puitsDeux frères, le Grand et le Petit, sont prisonniers au fond d’un puits de terre, au milieu d’une forêt. Ils tentent de s’échapper, sans succès. Les loups, la soif, les pluies torrentielles : ils survivent à tous les dangers. À leurs côtés, un sac de victuailles donné par la mère, mais ils ont interdiction d’y toucher. Jour après jour, le Petit s’affaiblit. S’il doit sauver son frère, le Grand doit risquer sa vie. Le Petit sortira-t-il ? Le Grand survivra-t-il ? Comment surtout se sont-ils retrouvés là ?

Le Puits est un conte brutal à la fin cruelle et pleine d’espoir. Une fable sur l’amour fraternel, la survie et la vengeance, un roman «qui a mérité sa place au panthéon des Jules Verne, Alain-Fournier et autres Antoine de Saint-Exupéry, selon Zoé Valdés. Un roman indispensable, alors que beaucoup d’entre nous avions déjà annoncé la défaite de l’imagination contre la quotidienneté médiocre et étriquée.»

 

Dans ce puits, il y a un escalier en bâtons de réglisse, des fleurs qui parlent, une tour de nuages, une routine de peurs et d’espoirs. Un sac contenant une miche de pain, des tomates séchées, des figues et un morceau de fromage. Ou alors rien d’autre que des vers, de la terre, du silence. Et parfois un oiseau.

Le puits est tantôt un pressoir, tantôt un cercueil, tantôt un entonnoir qui distille les fantasmes. C’est un piège autant qu’un refuge. Qui ne cesse d’éprouver la capacité de résistance des deux frères tombés dedans on ne sait comment.

 

Les jours qui passent font venir la faim et la soif, la fatigue et la lassitude, la fièvre et les aveux, le désespoir qui détruit toute forme de communication. Au fond du puits, l’humanité est ramenée à ce qu’elle a de plus bestial.

Les deux frères deviennent des hommes. Et, de la rivalité au soutien, de la manipulation à la tendresse, de la haine à l’amour, donnent à voir tous les visages de la fraternité.
Mais la folie rôde et elle pourrait bien causer des dommages irréparables…

 

Dans ce premier roman remarquable, inclassable et inoubliable, Iván Repila raconte un enfermement qui révèle les identités, les imaginaires et les liens entre deux êtres. Il campe deux frères déterminés à survivre, forts différents mais qui se rejoignent dans la dignité, le refus de capituler, l’envie de faire justice et d’obtenir réparation.

 

L’écriture est âpre, brute, et mise au service d’une imagination débordante, d’un univers fantastique qui font naître des mondes en quelques mots seulement.

Le puits et ce livre ont ceci de commun qu’on en sort comme d’un mauvais rêve. Mais pour le lecteur, il s’agit d’un mauvais rêve dans lequel il n’hésitera pas à retourner et à inviter des tiers.

Un premier roman révélation, une claque – et un puits d’idées.

 

 

Traduit de l’espagnol par Margot Nguyen Béraud

Editions Denoël, octobre 2014, 112 pages, 11 euros

 

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Echos du puits :

 

« Le premier sang coule toujours dans le camp des plus faibles. » (page 16)

 

« Ici, à l’intérieur, tout a le goût de la terre. Habitue-toi. » (page 23)

 

« Les démonstrations de tendresse ne sont plus nécessaires lorsque gouverne l’instinct de conservation. » (page 37)

 

« Le Petit continue de mourir quelques jours encore tandis que son frère s’efforce de le maintenir en vie. Comme si ce n’était qu’un jeu. » (page 44)

 

« Quand son imagination se tarit, il lui raconte des histoires vraies. » (page 46)

 

« L’eau, la vraie, est dehors. Celle-là n’est qu’un mensonge. » (page 47)

 

« L’assassinat, ça ne s’apprend pas, ça se sait. » (page 52)

 

« Les vivants sont comme des enfants : ils jouent à mourir. » (page 73)

 

« Nul ne peut retenir ce que j’ai dans la tête, là, à l’intérieur. C’est un territoire sans murs, sans puits, juste à moi. Et bien réel puisqu’il me fait évoluer. » (page 74)

 

« Le temps est un carrefour planté entre mes yeux. Mon enfance aura lieu demain. » (page 74)

 

« Ce puits est un utérus. Nous allons bientôt naître, toi et moi. Nos cris sont la douleur du monde qui accouche. » (page 74)

 

« C’est de penser que toi tu puisses mourir qui rend mon monde si petit. » (page 75)

 

« Certaines présences sont bien plus palpables que ce qu’on peut toucher. » (page 84)

 

« Ses yeux se cachent au fond de leurs orbites, comme s’ils en avaient assez vu. » (page 105)

Un tout petit rien, Camille Anseaume

Présentation de l’éditeur :

 

couv_anseaume_hd« On n’a ni projets ni même le projet d’en avoir. Le plus gros engagement qu’on ait pris ensemble, c’était de se dire qu’on s’appellerait en fin de semaine. C’était quand même un mardi. On s’aime surtout à l’horizontale, et dans le noir, c’est le seul moment où on n’a plus peur de se faire peur, où on ose mélanger nos souffles sans redouter que l’autre se dise que ça va peut-être un peu vite. C’est beaucoup plus que sexuel, c’est beaucoup moins qu’amoureux. C’est nos culs entre deux chaises, c’est suffisant pour faire semblant de faire des bébés, pas pour en avoir. »

Avec un humour et une justesse remarquables, Un tout petit rien raconte l’histoire d’un choix. Le choix que fera une jeune femme enceinte de l’homme qui partage ses nuits, mais pas beaucoup plus. Un très joli roman, aussi intime qu’universel, sur le passage mouvementé d’une existence à une autre.

 

 

Ça n’était pas voulu, ça n’était pas prévu. Pourtant c’est là. Un clandestin. « Une tumeur », dit aussi Camille, la narratrice. Que faire ? Il n’y a pas trente-six solutions ; à vrai dire, il n’y en a même que deux. Or l’une la terrifie, et l’autre la panique.

 

D’après la loi, « la femme est seule juge de la situation de détresse » qui peut mener à la décision de l’IVG. La narratrice n’est pas certaine que cela l’arrange. Il n’y a rien de pire que d’avoir le choix. Elle voudrait pouvoir rompre avec ce qui grandit en elle comme on rompt avec un amant, et se prend à envier ceux qui sont contre l’avortement. Eux au moins n’ont pas à décider.

 

photo(2)Ce n’est pas le bon moment, se persuade Camille qui tente de réfléchir de façon pragmatique et se perd en tableaux comparatifs et autres rationalisations. « Noël en été ça n’a pas d’intérêt. » Mais qu’est, au fond, le « bon moment » pour avoir un enfant ? Existe-t-il seulement ?

 

La narratrice traverse comme elle peut « l’embargo des douze semaines », jalousant celles qui ont « le ventre plat et la vie devant elle ». Chez ses parents, son état est tabou – mais tout le monde s’affaire malgré tout pour prévoir les pyjamas nécessaires, tandis que Camille confie ses secrets d’adulte à sa chambre d’adolescente hélas sous dimensionnée pour les recevoir.

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Dans ce journal plein de tendresse et d’humour, Camille Anseaume dit les doutes, les refus, la colère et le bonheur qui accompagnent sa narratrice obligée de faire un choix lourd de conséquences. Elle raconte tout ce qui change, tout ce qui se rompt à jamais. C’est frais et juste, sincère et rythmé,drôle et imagé, et on s’attache très vite à cette pétillante narratrice pétrie de contradictions, petite sœur de Bridget Jones, héritière de valeurs judéo-chrétiennes ancestrales et fille de son époque.

 

Un très joli premier roman, et une belle promesse : car s’il est bien une naissance à laquelle on est certain d’assister dès le premier quart du livre, c’est celle d’un écrivain.

 

Éditions Kero, février 2014, 252 pages, 17 euros

 

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Échos :

 

rien« On n’a ni projets ni même le projet d’en avoir. » (page 14)

 

« Les seules choses très graves, c’est celles sur lesquelles on ne peut plus agir. » (page 42)

 

« En me réveillant je ne veux pas le garder. Dans la salle de bains j’ai changé d’avis. Une chance que je n’aie que deux pièces. » (page 58)

 

« Je le connais comme si je l’avais aimé. » (page 105)

 

« Le monde est plus gai depuis qu’il te connaît. » (page 114)

 

« Je rattrape en quelques heures les mois d’amour que je te devais. » (page 115)

 

« Le bon moment n’est pas toujours celui qu’on croit. » (page 119)

 

« Tu es toujours mieux là que dans les couilles de ton père. » (page 150)

 

« Je suis devenue une chose divine, intouchable, une dépressive malgré elle, une malade imaginaire, une qu’on console, qu’on écoute et qu’on rassure, à qui on colle des pansements partout sur les mots. » (page 171)

 

« Ce qui est à la fois le plus beau et le plus fatigant quand on est enceinte et seule, c’est la conscience de la nécessité absolue de se souvenir pour deux. » (page 189)

 

« Tant d’amour qui se croise dans une si petite cage d’escalier, je n’aurais jamais pensé que ça pourrait rentrer. » (page 194)

 

« On ne peut avoir envie de fraises qu’avec quelqu’un près de soi pour nous les refuser ou aller les chercher. » (page 201)

Pourquoi écrivez-vous, Emmanuelle Allibert ?

Emannuelle Allibert

Emmanuelle Allibert est attachée de presse aux éditions JC Lattès. Hommage de l’Auteur absent de Paris est son premier livre.

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 Photo © Thierry Rateau

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Pourquoi écrivez-vous ?

A force de traîner mes guêtres auprès des Auteurs depuis 10 ans et de m’apercevoir que mes anecdotes faisaient rire ma famille et quelques amis, je me suis dit qu’il y avait quelque chose à partager sur ce milieu qui fascine beaucoup de monde mais qui de l’intérieur est beaucoup moins reluisant. L’Edition est un drôle d’univers peuplé d’étranges personnages. On évolue souvent en pleine science fiction.

AllibertJe n’ai aucune prétention d’un quelconque message avec ce livre, j’espère juste faire rire l’éventuel lecteur en lui montrant l’envers du décor. Quant à l’écriture d’un prochain, je n’en sais rien ce qui indique donc probablement que je ne suis pas un réel écrivain !

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Je donnerais deux conseils à un aspirant écrivain :

Le premier serait de lire beaucoup. Lire, lire et encore lire. De la littérature contemporaine et des classiques parce que je crois qu’on ne produit quelque chose de bon que lorsqu’on s’est abondamment nourri des autres.

Ça c’est pour le fond. Mon deuxième conseil touche à la forme : si vous souhaitez être édité (on peut écrire pour soi et ça ne nécessite aucun conseil) lisez mon livre, vous trouverez quelques avertissements pour éviter que le Grand Éditeur ne vous croque tout cru.

 

 

 

Précédent rendez-vous : Virginia Bart

Prochain rendez-vous : Colombe Schneck

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Hommage de l’auteur absent de Paris

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Hommage de l’auteur absent de Paris, Emmanuelle Allibert

Présentation de l’éditeur :

allibertAu commencement était le Verbe, et le Verbe s’est fait chair  ; il est devenu Auteur, et c’est là que les ennuis ont commencé.

L’Auteur écrit pour passer à la postérité. Il souhaite que son œuvre soit remarquée, ovationnée et qu’elle s’inscrive dans l’histoire de la littérature – de son vivant, cela va de soi. Mais qu’est-ce qui le distingue des autres êtres humains  ?

À partir des multiples situations qui forment le lot quotidien de cette existence particulière, succession d’instantanés pris depuis une maison d’édition, Hommage de l’Auteur absent de Paris dévoile, avec un humour ravageur, les coulisses de ce milieu professionnel aux codes très précis. Et si de l’extérieur, l’Auteur occupe une position enviée par beaucoup, l’envers du décor est, lui, nettement moins reluisant. On pourrait le résumer ainsi : l’Auteur se pense le roi de la fête, il est souvent le dindon de la farce.

 

 

 

Depuis près de dix ans, Emmanuelle Allibert est attachée de presse – attachée de presse, ce métier si proche de celui de nounou, cet art qui consiste à communiquer avec l’extérieur tout en maîtrisant l’intérieur de son « écurie ». En dix ans, elle a eu le temps d’observer les auteurs, cette catégorie à part.

 

Elle en tire, sous forme de chroniques à thème, des généralités et autres exagérations qui ne seraient pas si tordantes si elles n’avaient de clichés que le nom. Les relations auteur/éditeur qui se dégradent avant même le choix du visuel de couverture, la différence entre bon auteur et mauvais auteur, les éléments qui concourent à l’apparition de « l’auteur par erreur », un comparatif hilarant de ce que l’auteur plein d’illusions attend et de ce qu’il obtient – la réalité du monde de l’édition est un verdict sans appel -, le service de presse, cette « vaste entreprise de cirage de bottes aux règles étourdissantes », les dimanches de salons du livre où, après une soirée et une nuit dont on ne dira rien (ce qui se passe à Xxx reste à Xxx, tout le monde sait cela), les auteurs sont « de tellement bonne humeur qu’ils achètent le roman de leur voisin de table », et même une « recette du best-seller mijoté aux petits oignons ».

 

Son humour est mordant (jusqu’aux titres des chroniques : « L’Auteur assiste (impuissant) à la sortie de son livre »), ses observations sont croustillantes, les correspondances de l’auteur sont jubilatoires.

Ce personnage fantasmé est croqué avec intelligence et  humour, cruauté autant que tendresse. Car si Emmanuelle Allibert met au mot « auteur » une majuscule dont elle sait qu’elle ravira l’intéressé, elle ne le hait point. Et à présent qu’elle a pointé le ridicule de son comportement dans bien des situations, elle se demande si elle saura s’en tirer avec davantage de grandeur et un peu plus d’humilité, elle qui avec ce livre passe dans le camp des Auteurs…

 

Ce petit livre orné de rose bonbon ressemble à une gourmandise qui enchantera tous ceux qui s’intéressent au petit monde de l’édition.

 

 

Editions Léo Scheer, janvier 2015, 216 pages, 18 €

 

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Tu seras écrivain mon fils, François Begaudeau

Écrivain (en 10 leçons), Philippe Ségur

Petits bonheurs de l’édition, Bruno Migdal

Discrétion assurée, Marie-Odile Beauvais

Morceaux choisis :

 

« Etre auteur requiert de respecter un minimum de règles. » (page 9)

 

« On ne naît pas auteur, on le devient. » (page 9)

 

« L’une des principales activités d’un salon du livre consiste à se sustenter. » (page 55)

 

« En plus, les blogueurs refusent les invitations à déjeuner ou les pots-de-vin de toutes sortes, au nom d’une prétendue indépendance déontologique. Si on ne peut même plus corrompre la critique, où va l’édition, je vous le demande ? » (page 74)

 

« La pauvreté sera votre manteau de gloire, votre parure littéraire. Il n’y a rien de plus vulgaire qu’un auteur à succès. » (page 77)

 

« Un Français qui réussit est souvent belge : Philippe Geluck, Amélie Nothomb, Benoît Poelvoorde, Johnny Hallyday, et j’en passe. » (page 117)

 

« La malédiction littéraire est peut-être la plus belle fable que l’on ait jamais inventée. Elle incarne à elle seule la supériorité de ce milieu qui a su garder pérenne sa mythologie. » (page 125)

 

« Les heureux parents de best-sellers sont généralement considérés comme des sous-auteurs. » (page 126)

Max et les poissons, Sophie Adriansen

Max et les poissons. Sophie ADRIANSENIl s’appelle Max. Il est bon élève. Il a reçu un prix d’excellence, et un poisson en récompense.

Il a 8 ans. Enfin pas complètement. Il doit les fêter le 16 juillet 1942, mais ce jour-là a lieu un événement bien plus important.

Du Vel’ d’Hiv’ au camp de Drancy, du camp de Drancy à la campagne où il apprend à pêcher, Max traverse la deuxième moitié de la guerre au rythme de son jeune âge.

Avec un poisson comme bonne étoile.

Max et les poissons est ma quatrième publication jeunesse, après J’ai passé l’âge de la colo ! (Volpilière), Le souffle de l’ange (Nathan) et Drôles de familles ! (Nathan). Il paraît en librairie ce jeudi 5 février.

Ce Max qui m’est si cher, j’ai hâte que vous le rencontriez.

Editions Nathan, février 2015, 96 pages, 5 euros

Illustrations de Tom Haugomat

Voir la présentation sur le site de l’éditeur

 

Le tout début du livre :

J’ai mon poisson ! Il est rouge, avec un peu de jaune. Ils sont tous rouges ou argent, mais le mien est le seul qui soit tacheté de jaune. C’est ma récompense : à l’école, j’ai reçu un prix d’excellence.

Je l’ai appelé Auguste, parce que ses couleurs me rappellent celles du chapiteau du cirque, et que le clown si drôle s’y nommait Auguste. Je le rapporte dans une poche en plastique pleine d’eau. Je le tiens fièrement. Qu’il est beau ! Ces grandes vacances vont être incomparables.

L’eau se met à faire des petites vagues. Maman serre ma main un peu plus fort. Au bout de la rue passent des Allemands. Ça fait un bruit du tonnerre. Les Allemands, ce sont des gens en uniformes vert foncé qui portent des fusils et ne sourient jamais. Ils marchent souvent tous en même temps et font trembler les rues avec leurs bottes en fer.

La guerre, ça fait marcher les Allemands dans les rues et serrer fort les mains des petits garçons.

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Les premiers retours de lecture sont déjà sur la toile !

L’avis de Mya’s books

L’avis de LivresAdos

L’avis d’Onirik

L’avis d’Entre les pages

Pourquoi écrivez-vous, Virginia Bart ?

Virginia Bart

Virginia Bart est née et vit à Sète. Elle travaille dans la presse et l’édition. Elle est l’auteur de deux romans : L’homme qui m’a donné la vie (2010) et Le meilleur du monde, publiés aux éditions chez Buchet/Chastel.

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 Photo (c) Laetitia Prieur

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Pourquoi écrivez-vous ?

J’écris parce que le réel ne suffit pas ou du moins ne ME suffit pas. La littérature, le roman c’est la possibilité de recréer de la vie, de raconter autrement ce qui a été, d’en faire plus qu’une histoire, une légende. Ecrire pour moi c’est dépasser la trivialité de l’existence, donner de la transcendance, du merveilleux à ce qui n’en a pas forcément.

 

BartJ’écris surtout pour explorer le rapport entre la norme et la marge, pour dire qu’on n’a pas forcément besoin de se conformer aux diktats familiaux et sociaux pour se sentir bien. J’aime mettre en scène dans mes romans des personnages sacrifiés, écrasés, déphasés, figures volontairement ou non exilées de l’échiquier social traditionnel mais très solaires et pleinement vivantes, des personnages qui nous proposent une autre façon de vivre et de penser comme le fait Daniel avec sa fille Valérie dans « L’homme qui m’a donné la vie » (Buchet Chastel 2010) ou Christophe avec Jeanne dans « Le meilleur du monde ».

 

J’ai toujours écrit. Des journaux, des nouvelles quand j’étais adolescente. Puis après mes études je suis devenue journaliste au Progrès de Lyon, puis à Marianne notamment. Là, je me suis vraiment décomplexée face à l’écriture qui est devenue quelque chose de quotidien et de familier. Mais il m’a fallu encore quelques années pour oser franchir le pas du livre et de la fiction. Si l’écriture journalistique est une technique que l’on peut apprendre, l’écriture romanesque, elle, reste une invention personnelle.

 

Si je n’écrivais pas, je ferais probablement partie d’un groupe de rock car la musique est l’autre passion de ma vie depuis que dans ma jeunesse j’ai découvert le Velvet Underground, les Stooges, les Doors, Hendrix, le punk, puis l’indie rock des années 90, les Pixies, Sonic Youth, Dinosaur Jr, etc. La musique et surtout le rock sait faire passer de manière très directe des émotions simples et fortes. Mais c’est l’écriture qui est devenue mon moyen d’expression privilégié. Et aujourd’hui, je sais que j’écrirai toujours : des livres mais aussi des articles car j’aime toujours autant la presse malgré la crise qu’elle traverse.

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Lire, lire et lire. Je suis convaincue qu’il est impossible de devenir auteur sans se confronter aux écrivains qui nous ont précédés. Puis les oublier, essayer de développer son style, de trouver sa propre voix, oser aussi s’approprier les sujets universels. Si j’ai attendu d’avoir presque quarante ans pour signer mon premier roman c’est en partie parce que j’étais gênée de marcher dans les traces de Flaubert, Maupassant ou Camus. Je me disais : « Ils ont écrit tant de choses lumineuses, brillantes, bouleversantes, magnifiques à quoi bon dire le monde et les sentiments après eux ? ». Il faut donc s’autoriser à faire entendre ses mots et à les partager.

 

 

 

Précédent rendez-vous : Claire Berest

Prochain rendez-vous : Emmanuelle Allibert

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