Hommage de l’auteur absent de Paris, Emmanuelle Allibert

Présentation de l’éditeur :

allibertAu commencement était le Verbe, et le Verbe s’est fait chair  ; il est devenu Auteur, et c’est là que les ennuis ont commencé.

L’Auteur écrit pour passer à la postérité. Il souhaite que son œuvre soit remarquée, ovationnée et qu’elle s’inscrive dans l’histoire de la littérature – de son vivant, cela va de soi. Mais qu’est-ce qui le distingue des autres êtres humains  ?

À partir des multiples situations qui forment le lot quotidien de cette existence particulière, succession d’instantanés pris depuis une maison d’édition, Hommage de l’Auteur absent de Paris dévoile, avec un humour ravageur, les coulisses de ce milieu professionnel aux codes très précis. Et si de l’extérieur, l’Auteur occupe une position enviée par beaucoup, l’envers du décor est, lui, nettement moins reluisant. On pourrait le résumer ainsi : l’Auteur se pense le roi de la fête, il est souvent le dindon de la farce.

 

 

 

Depuis près de dix ans, Emmanuelle Allibert est attachée de presse – attachée de presse, ce métier si proche de celui de nounou, cet art qui consiste à communiquer avec l’extérieur tout en maîtrisant l’intérieur de son « écurie ». En dix ans, elle a eu le temps d’observer les auteurs, cette catégorie à part.

 

Elle en tire, sous forme de chroniques à thème, des généralités et autres exagérations qui ne seraient pas si tordantes si elles n’avaient de clichés que le nom. Les relations auteur/éditeur qui se dégradent avant même le choix du visuel de couverture, la différence entre bon auteur et mauvais auteur, les éléments qui concourent à l’apparition de « l’auteur par erreur », un comparatif hilarant de ce que l’auteur plein d’illusions attend et de ce qu’il obtient – la réalité du monde de l’édition est un verdict sans appel -, le service de presse, cette « vaste entreprise de cirage de bottes aux règles étourdissantes », les dimanches de salons du livre où, après une soirée et une nuit dont on ne dira rien (ce qui se passe à Xxx reste à Xxx, tout le monde sait cela), les auteurs sont « de tellement bonne humeur qu’ils achètent le roman de leur voisin de table », et même une « recette du best-seller mijoté aux petits oignons ».

 

Son humour est mordant (jusqu’aux titres des chroniques : « L’Auteur assiste (impuissant) à la sortie de son livre »), ses observations sont croustillantes, les correspondances de l’auteur sont jubilatoires.

Ce personnage fantasmé est croqué avec intelligence et  humour, cruauté autant que tendresse. Car si Emmanuelle Allibert met au mot « auteur » une majuscule dont elle sait qu’elle ravira l’intéressé, elle ne le hait point. Et à présent qu’elle a pointé le ridicule de son comportement dans bien des situations, elle se demande si elle saura s’en tirer avec davantage de grandeur et un peu plus d’humilité, elle qui avec ce livre passe dans le camp des Auteurs…

 

Ce petit livre orné de rose bonbon ressemble à une gourmandise qui enchantera tous ceux qui s’intéressent au petit monde de l’édition.

 

 

Editions Léo Scheer, janvier 2015, 216 pages, 18 €

 

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Morceaux choisis :

 

« Etre auteur requiert de respecter un minimum de règles. » (page 9)

 

« On ne naît pas auteur, on le devient. » (page 9)

 

« L’une des principales activités d’un salon du livre consiste à se sustenter. » (page 55)

 

« En plus, les blogueurs refusent les invitations à déjeuner ou les pots-de-vin de toutes sortes, au nom d’une prétendue indépendance déontologique. Si on ne peut même plus corrompre la critique, où va l’édition, je vous le demande ? » (page 74)

 

« La pauvreté sera votre manteau de gloire, votre parure littéraire. Il n’y a rien de plus vulgaire qu’un auteur à succès. » (page 77)

 

« Un Français qui réussit est souvent belge : Philippe Geluck, Amélie Nothomb, Benoît Poelvoorde, Johnny Hallyday, et j’en passe. » (page 117)

 

« La malédiction littéraire est peut-être la plus belle fable que l’on ait jamais inventée. Elle incarne à elle seule la supériorité de ce milieu qui a su garder pérenne sa mythologie. » (page 125)

 

« Les heureux parents de best-sellers sont généralement considérés comme des sous-auteurs. » (page 126)

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6 réflexions sur “Hommage de l’auteur absent de Paris, Emmanuelle Allibert

  1. Pour ma part, je me suis arrêté au milieu. Tout du long, j’ai été en porte à faux, entre le factuel (il y en a je crois); le premier, et le second, voire le troisième.

    Si on voit bien que l’auteur n’a aucune intention cruelle, je crois que la réalité l’est suffisamment pour donner un arrière gout amer.

    En tout cas, moi, je n’ai pas pu le finir.

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