Pourquoi écrivez-vous, Martin Page ?

Martin Page

Martin Page est né en 1975. Il est l’auteur entre autres de Comment je suis devenu stupideL’Apiculture selon Samuel Beckett et Manuel d’écriture et de survie. Il écrit également pour la jeunesse. Il écrit parfois sous le pseudonyme de Pit Agarmen. 

Son dernier roman, Je suis un dragon, est paru en janvier 2015 aux éditions Robert Laffont.

Son site : www.martin-page.fr

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 Photo © Astrid di Crollalanza

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Pourquoi écrivez-vous ?

Les raisons d’écrire ne manquent pas. Pour moi, le mystère est plutôt pourquoi ne pas écrire ? pourquoi ne pas jouer d’un instrument de musique ? pourquoi ne pas dessiner ?
Si je devais donner quelques raisons, je dirais ceci :
J’écris parce que j’aime voir mes idées se transformer en un livre, parce que ça permet des rencontres, parce que c’est une façon de continuer à m’inventer, parce que je peux jeter mes angoisses et mes obsessions sur le papier comme dans une arène, parce qu’ainsi ma conscience et mon inconscient entrent en conversation, parce que c’est une manière d’affronter des problèmes personnels et des impasses existentielles.
Page1J’écris pour contre-attaquer, réagir à tout ce qui me blesse et me désespère. J’écris aussi pour avoir une bonne excuse d’être à l’écart et de me soustraire aux jeux sociaux. J’écris parce que l’encre sur le papier m’émeut. J’écris par plaisir, pour en recevoir et pour en donner. J’écris parce que j’aime la fiction et que je crois que l’imagination est une force nécessaire à la politique de nos existences.
J’écris aussi pour des raisons moins nobles : parce que ça me donne l’occasion de prendre une revanche sur mon passé, et parce que, désespérément, je veux qu’on m’aime. C’est absurde, je le sais, rien d’extérieur à moi-même ne résoudra mes problèmes narcissiques. Mais c’est ainsi.
Un de mes livres porte sur ce sujet : Manuel d’écriture et de survie.
De façon plus prosaïque, je ne sais pas ce que je ferais si je n’écrivais pas. Je n’étais pas un bon élève, et l’art est un des rares domaines encore un peu accueillant à l’égard des anciens cancres.
Je conçois la littérature comme une vie d’aventure : je veux aller partout et ne rien m’interdire. Je ne crois pas aux frontières entre littérature blanche et genre, entre littérature érudite et populaire, etc. En tout cas je ne compte pas les respecter. Depuis quinze ans, j’ai écrit des romans adultes, des livres pour enfants, pour adolescents, une bande dessinée, un livre d’histoires illustrées, des nouvelles, des textes pour la radio, pour des journaux et des magazines, des textes critiques et des préfaces à des livres d’auteurs que j’aime (Wilde, Balzac). J’ai créé des home-made books et des textes numériques. Il y a trois ans, je me suis créé un double : Pit Agarmen. J’ai écrit un livre de zombies, et aujourd’hui je sors un roman de super-héros.
J’écris pour que mes livres comptent dans la vie de quelques lecteurs, comme certains livres ont compté, et comptent, dans ma vie.
La littérature est une forme d’action, c’est un moyen d’avoir prise sur nos vies, de continuer à nous créer, et de nous battre contre ce qui voudrait nous blesser. On y trouve des armes et de l’énergie, du répit aussi parfois.

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Je lui conseillerais de n’en faire qu’à sa tête. C’est très important : désobéir aux modes du temps, ne pas espérer de reconnaissance, mais suivre son chemin.
Ensuite je lui dirais de lire des livres sur la création, des livres écrits par des écrivains, des peintres, des musiciens, des scientifiques. Que sa curiosité soit sans limites, qu’elle ne soit pas limitée à la littérature. Tout est intéressant. Rien n’est mineur.
Je lui conseillerais de jouer d’un instrument de musique et de dessiner, de faire des vidéos, de faire de la sculpture ou de la peinture. Pratiquer d’autres arts.
Page2Il me semble important qu’il trouve un proche qui relira son travail et en discutera avec lui. Un ami bienveillant et délicat et capable de pointer des faiblesses. La lecture à voix haute me paraît un exercice très précieux.
Je lui dirais de s’accrocher, car il y aura des obstacles et du rejet sur sa route. Ce sera très violent. Il faudra s’accrocher, résister, se battre sans s’autodétruire, sans se plaindre. Se trouver des alliés, des amis fidèles, est primordial.

 

 

 

Précédent rendez-vous : Emmanuelle Allibert

Prochain rendez-vous : Claude Clément

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Une réflexion sur “Pourquoi écrivez-vous, Martin Page ?

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