Pourquoi écrivez-vous, Marie-Sabine Roger ?

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Née en 1957 à Bordeaux, Marie-Sabine Roger est l’auteur de nombreux romans en littérature jeunesse et en littérature générale. Parmi ces derniers, ont notamment été publiés aux éditions du Rouergue La tête en friche (2009), Vivement l’avenir (2010), Bon rétablissement (2012). Son dernier roman en date, Trente-six chandelles, est paru en janvier 2015, toujours au Rouergue.

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Pourquoi écrivez-vous ?

La question que je me poserais plus volontiers serait plutôt « Pourquoi est-ce que je n’écrirais pas? », sachant le plaisir et la liberté que j’y trouve.

Pour moi, écrire, c’est me donner le luxe de vivre plusieurs vies, de voyager sans quitter mon bureau (même s’il m’est souvent arrivée de voyager aussi « pour de vrai »).

Je ne vous ferai pas le coup de « la bouteille jetée à la mer », parce qu’un roman, ce n’est pas une seule bouteille qui contient un message, c’est autant de bouteilles qu’il y aura de lecteurs. Et le message enfermé n’attend pas de réponse, au sens propre. Il attend un regard. Et les lecteurs sont parfois loin, très loin, très souvent anonymes.

Pourtant il y a un peu de ça, dans le fait de jeter des mots sur une page blanche, sur un écran d’ordinateur.

J’écris pour moi, bien sûr, très égoïstement, mais j’espère toujours que j’aurai des complices, des compagnons de route, ici ou là.

D’autres que moi pour rire, s’émouvoir, s’indigner, réfléchir, s’attendrir. Vivre, en fait.

La rencontre avec les lecteurs, lorsqu’elle a lieu, c’est exactement ça. J’ai soudain en face de moi des gens qui font partie de ma bande, qui ont trouvé mes bouteilles, qui ont lu les messages, et qui s’en sont servi pour repeindre leur horizon, pendant une heure ou deux, pendant un jour ou deux.

Eux et moi, nous partageons désormais les mêmes personnages, nous avons en commun leur histoire, car je ne me sens pas plus propriétaire de mes héros que mes lecteurs ne le sont. Sans doute moins, même. Je n’ai même pas le sentiment d’avoir réellement « inventé » ces personnages. Ils sont venus vers moi, un jour, ils ont commencé à me raconter leur histoire, et plutôt que de les écouter, seulement, je me suis mise à ma table et j’ai écrit, sous leur dictée ou presque.

RogerJe suis la première lectrice des romans que j’écris, et si les personnages ne me touchent pas, le travail s’arrête.

J’ai besoin de nouer des liens forts avec eux, de me sentir concernée par ce qui les concerne.

Dit comme ça, on peut s’inquiéter de mon équilibre. Mais j’ai toujours parlé de mes personnages comme s’ils étaient vivants, car pour moi, réellement, ils le sont, tout le temps de l’écriture. Ensuite, ils sont comme de vieux amis que j’aurais un beau jour perdus de vue, et ils vont raconter leur vie chez tous ceux qui auront la curiosité d’ouvrir le livre et de tourner les pages. Ce miracle de la lecture, nous le partageons, tous autant que nous sommes, et d’un bord à l’autre du monde, nous, l’immense peuple des lecteurs, des rêveurs.

Je me sens lectrice avant tout. Et si j’ai commencé un beau jour (c’était un très beau jour) à écrire, c’était peut-être par crainte (absurde) de manquer un jour de lecture, comme un gourmand, une gourmande, feraient leurs propres confitures, pour le côté rassurant, la certitude de ne jamais tomber en panne de goûter.

 

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

… D’ouvrir leurs yeux et leurs oreilles?… Et de savoir être patient.
A mon sens, écrire ne demande pas d’être bardé de diplômes, ni même d’être un grand lecteur. Écrire demande avant tout et surtout d’être curieux de la vie, des gens Roger2autour de soi, du monde environnant. Ce n’est pas pour rien que ce métier commence vraiment – la plupart du temps – à l’âge adulte. Parfois même très tard dans l’existence.
Pour écrire, il faut avoir du grain à moudre, il faut avoir vécu. Rien n’empêche de commencer à écrire très jeune, d’ailleurs ce n’est pas un choix, c’est un besoin, parfois très impérieux. Mais l’écriture se nourrit de ce que nous sommes, de notre vécu, même lorsque nous ne parlons pas de nous.
Plus nous vivons, plus nous avons vécu de situations diverses, plus nous avons de choses à raconter.
Ce qui fait la véracité, l’authenticité d’une scène, d’un dialogue, c’est toute notre expérience de la vie, parce qu’elle sert de fondation à nos histoires, même les plus délirantes.
Mon conseil, ce serait d’écrire dès que l’on ressent le besoin de le faire.
Mais également de ne jamais écrire « pour » être publié, ni « pour » un lectorat. Ne pas se censurer, ne pas se formater, en se demandant qu’est-ce qui fera pleurer ou rire le lecteur, car « Le » lecteur n’existe pas.
Demeurer le seul juge de son propre travail, tout le temps de l’écriture, me semble la garantie d’un travail honnête, exigeant, sans complaisance, et qui ne sera pas perverti par le souci de plaire ou de ne pas déplaire, ni affaibli par une critique trop précoce, qui serait faite sur un travail qui n’est pas encore abouti.
Et puis, se dire en permanence qu’écrire « bien » n’a aucun intérêt.
Ce qu’il faut, c’est écrire « juste ». En tout cas, il faut le tenter.

 

 

Précédent rendez-vous : Alexandre Grondeau

Prochain rendez-vous : Sophie Noël

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A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Trente-six chandelles

Bon rétablissement

Toutes les réponses à « Pourquoi écrivez-vous ? »

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