Des milliers de places vides, Alain Wagneur

Présentation de l’éditeur :

places videsRentrée des classes, automne 1942. Des enfants manquent à l’appel, laissant des milliers de places vides sur les bancs des écoles de France. Arrêtés lors de la grande rafle de juillet, ils seront portés absents, souvent sans autre commentaire.
Alain Wagneur, directeur d’école à Paris, a cherché dans les comptes rendus des conseils des maîtres, les registres d’inscription et les circulaires administratives de l’époque, comment ses collègues avaient réagi face aux lois antijuives et à l’arrestation de leurs élèves.
À travers ce récit, qui se lit comme un roman de l’enquête, il retrouve le souvenir de ces écoliers “partis sans prévenir” et interroge une institution scolaire encore insuffisamment confrontée à son histoire. Il rend aussi hommage aux enseignants qui ont contribué à sauver leurs élèves menacés.
Ce texte qui entre en résonance avec notre époque pose inlassablement la question de l’attitude que nous aurions eue en ces heures tragiques, et de celle que nous pourrions avoir si le racisme et la xénophobie devaient gagner la partie sur les principes de la République et de son École.

Lors de la rafle du Vel d’Hiv’, en juillet 1942, 4 115 enfants ont été arrêtés. Cela correspond aux effectifs de plus de cent classes. Mais dans les faits, ils appartenaient à bien plus de classes, dans des écoles de toute la capitale.

A l’école de la rue des Hospitalières-Saint-Gervais, dans le 4ème arrondissement de Paris, seulement quatre enfants se présentent le jour de la rentrée de septembre 1942. Les autres ont été arrêtés pendant l’été – ils seront au total 260 élèves de cette école à disparaître.

« Dans la rédaction du récit historique, le premier acteur est celui ou celle qui décide de conserver un document plutôt que de le détruire. », affirme Alain Wagneur. Directeur d’école à Paris, il a fouillé dans les archives, consulté les registres, cherchant à savoir comment l’institution, et ses collègues prédécesseurs, avaient réagi et agi.

La tache n’est pas simple. Wagneur livre ici le récit de ses recherches, de ses espoirs, raconte l’absence de documents ou d’indications à laquelle il se trouve trop souvent confronté. Par le biais de ses recherches, Wagneur rencontre ceux qui se sont tus – mais se taire ne signifie pas nécessairement oublier pour autant.

Quand les enfants arrêtés sont mentionnés dans les registres, on les découvre radiés en juillet 1942, avec ce commentaire : « Israélite. Parti sans prévenir. »

Ce livre est passionnant. Il se lit comme une enquête dont on connaît depuis toujours le coupable. Depuis soixante-dix ans, du moins. C’est aussi un hommage rendu à la laïcité et cette institution de la République, de plus en plus malmenée, qui reste un lieu de protection où l’enfant est la priorité.

Il est admirable qu’Alain Wagneur ait eu l’idée, et l’énergie, de mener à bien ce travail de fourmi.

Et, alors que l’écrivain-directeur d’école souligne que les plaques qui ornent les écoles de Paris donnent un monument funéraire à ces enfants qui n’en avaient pas, le lecteur sait que ce livre aussi.

Actes Sud, octobre 2014, 256 pages, 22, 80 €

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Au tableau :

« Des bâtiments historiques tellement réhabilités qu’ils en ont perdu leur passé. » (page 15)

« On passe sa vie à passer des examens, sans même le savoir. » (page 39)

« Dans la rédaction du récit historique, le premier acteur est celui ou celle qui décide de conserver un document plutôt que de le détruire. » (page 102)

« C’est toujours un peu dangereux, une bibliothèque. La connaissance n’est pas sans risques. » (page 203)

« Eduquer, c’est semer à tout vent. Sur quel terrain ces graines tomberont-elles ? Qu’importe ! » (page 233)

« Ça fait près de cinquante ans que je redouble mon CM2. » (page 253)

« Pour nous, la mort existe un peu comme ces trains que l’on ne prend pas. » (page 260)

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2 réflexions sur “Des milliers de places vides, Alain Wagneur

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