Échapper, Lionel Duroy

Présentation de l’éditeur :

Echapper Duroy« Vous me demandez ce que Susanne a de plus que vous, je vais vous le dire : Susanne est en paix avec les hommes, elle ne leur veut aucun mal, elle n’ambitionne pas de me posséder et de m’asservir, elle aime au contraire me savoir libre et vivant pour que je continue d’être heureux et de lui faire l’amour. Longtemps, longtemps. Vous comprenez, ou il faut encore que je vous explique ? »

Avec la profondeur et l’intensité narrative qu’on lui connaît, Lionel Duroy parvient à mêler dans un même récit des thèmes aussi variés que la création littéraire, l’origine du mal et le deuil de la relation amoureuse. Une prouesse renversante.

Le narrateur a tellement aimé le roman de Siegfried Lenz La leçon d’allemand qu’il aurait aimé vivre dedans, y habiter littéralement et ne plus en sortir. Il ambitionne d’en écrire une sorte de suite, qui ne peut se construire que sur les lieux du roman. Il part donc pour le nord de l’Allemagne, mu par une ambition littéraire qui masque à peine une forme de fuite – la distance nécessaire au roman est aussi celle qu’il lui faut mettre en lui et son ancienne compagne.

Mais le roman de Lenz est une fiction, et sur place le narrateur ne va pas nécessairement trouver ce qu’il venait chercher… Qu’importe, il trouvera autre chose, et de l’inattendu bien sûr, car la vie surgit même lorsqu’il n’y a pas de roman.

Dans la lignée de Vertiges qui racontait, ou tentait de le faire, la fin d’une histoire d’amour, Lionel Duroy entraîne son lecteur dans un nouveau tourbillon dans lequel la fiction se mêle à (ce qu’on croit être) la vraie vie. On y retrouve avec bonheur le point de vue définitif de l’auteur sur l’écriture, partagé et véhiculé par un narrateur qui écrit « tout ce qui [le] traverse, tout ce qu’[il] rencontre », qui écrit pour dire ce dont nous sommes faits, et pour tout garder, et sa plume dansante, dense et légère à la fois, enveloppante comme un cocon.

Ils sont rares, les romans qui nous laissent cette impression d’avoir plongé, un temps, dans une eau vierge et pourtant déjà connue. Celui-ci, ceux de Lionel Duroy sont de ceux-là.

Échapper est un nouveau, remarquable, grandiose et inoubliable roman du récit.

Editions Julliard, janvier 2015, 288 pages, 18,50 euros

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Vertiges

Ecrire

La leçon d’allemand, Siegfried Lenz

Éclats :

echapper« Tandis que j’escomptais qu’elle me sauverait, elle espérait de toutes ses forces que je la sauverais. » (page 17)

« Pourquoi écririons-nous si la vie réelle nous satisfaisait ? » (page28)

« Où se loge la vie après l’effondrement ? » (page 73)

« Nous sommes dans un train dont nous ne connaissons pas la destination, et il faudrait accepter de bavarder gaiement et de chanter ? » (page 74)

« Les gens censés nous aimer sont souvent ceux qui tentent de nous empêcher de vivre. Ils nous étouffent avec leur prétendu amour. » (page 150)

« Tout bonheur est une innocence. » (Marguerite Yourcenar, citée page 183)

« Que dire après cela qui ne vienne pas en éteindre le souvenir ? » (page189)

« Nous sommes là pour vivre, c’est la seule chose à laquelle nous ne devons pas échapper. Et pour vivre, nous avons tous les droits. » (page 211)

« Vous me demandez ce que Susanne a de plus que vous, je vais vous le dire : Susanne est en paix avec les hommes, elle ne leur veut aucun mal, elle n’ambitionne pas de me posséder et de m’asservir, elle aime au contraire me savoir libre et vivant pour que je continue d’être heureux et de lui faire l’amour. Longtemps, longtemps. Vous comprenez, ou il faut encore que je vous explique ? «  (page 218)

« Se peut-il qu’après six mois seulement loin l’un de l’autre il faille tout un livre pour rattraper ce que nous avons raté ? » (page 236)

« Nous n’échappons pas à l’enfant, nul n’est assez fort pour tuer l’enfant en soi. » (page241)

« Quand je n’écris pas, il me semble que la vie continue sans moi, que je la regarde passer sur le fleuve depuis la berge. Il n’y a qu’en écrivant que je parviens à l’attraper, que je la fais exister… alors aussitôt surgit le désir. De manger, de faire l’amour. Je ne sais pas comment font les gens qui n’écrivent pas. » (page 246)

« Se peut-il que nous nous aimions sur un malentendu ? » (page 261)

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4 réflexions sur “Échapper, Lionel Duroy

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