L’importun, Aude Le Corff

Présentation de l’éditeur :

L importunUne nouvelle maison, pleine de charme, qui se révèle inquiétante. L’ancien propriétaire ombrageux qui s’impose. Lorsque la narratrice emménage avec son mari et ses enfants, elle n’imagine pas que sa vie va étrangement basculer. Quels souvenirs hantent le vieil homme ? Quelle réparation cherche-t-il auprès d’elle ? De quelle mémoire les murs de la maison sont-ils les gardiens ?

Aude Le Corff livre un second roman subtil, qui sonde les fragilités de l’âme humaine et s’interroge sur les stigmates de l’Histoire.

La narratrice de ce joli roman en écrit : elle est auteur de polars. Elle s’y consacre même entièrement, elle dont la famille a quitté la capitale pour davantage d’espace et de quiétude. La maison qu’ils ont choisie est tout à fait ce qu’il fallait. Dans le silence de la journée, quand les enfants sont à l’école et le mari au travail, la narratrice écrit enfin. Mais l’ancien propriétaire de la maison, qui en a conservé une clé, y pénètre et, de la cave au jardin, vaque à ses occupations comme s’il n’était pas désormais logé en résidence médicalisée ; comme si d’autres occupants n’avaient pas investi nouvellement les lieux.

La narratrice n’ose rien dire qui, renvoyée à son image de petite fille, admet quand on ne le lui demande pas que la maison appartient plus au vieil homme qu’à elle.

Il faudra bien cesser de s’ignorer et finir par se parler. Le vieil homme et la narratrice s’y résolvent. Et à mesure que les jours passent, ce vieil homme évoque de plus en plus à la narratrice des hommes qu’elle a connus, son grand-père et son propre père. Quant au vieil homme, qui a deux filles avec qui il n’a jamais su communiquer, il se surprend à se découvrir doué de parole avec cette jeune écrivain.

Avec douceur et finesse, Aude Le Corff dépeint le muet processus par lequel les êtres se rendent inaccessibles, elle dépeint les murs invisibles qui s’érigent entre eux et le reste du monde. Elle raconte la naissance de la confiance et l’apparition des mots qui s’échappent « tels des oiseaux trop longtemps retenus en cage. » Elle dit les regrets d’être passé à côté de ses proches. Quand on a connu la souffrance, pour s’en protéger on se conditionne parfois à ne plus s’attacher qu’à soi-même. Elle raconte ces pères qui font tout pour être des héros, alors que personne, dans le fond, n’attend d’eux autre chose que le fait qu’ils soient des pères.

Quand il est arrivé dans son quartier, Guy en était le plus jeune habitant. A présent, il est le doyen. Aude Le Corff dit le temps qui passe sans bruit, le progrès pas toujours bénéfique. Surtout, elle raconte les deuils impossibles, les blessures d’enfants qui ne guérissent jamais, les souffrances qui se transmettent de génération en génération et les refuges que l’on se fabrique pour supporter l’existence.

Le tout avec douceur, finesse et sensibilité, dans le décor d’une bâtisse que chacun a dans un coin de sa tête. Un deuxième roman très réussi.

Éditions Stock, avril 2015, 198 pages, 17,50 euros

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Pourquoi écrivez-vous, Aude Le Corff ?

Entre les murs :

« J’aimerais l’intéresser autant qu’il m’intéresse. » (page 41)

« Ses yeux sont pleins d’une enfance ravagée. » (page 51)

« C’est tellement bon, l’alcool, pour engourdir l’inquiétude. » (page 75)

« Les abandons finissent toujours par se produire, surtout quand on en a peur. » (page 102)

« Une maison, ça endure tout, même les sautes d’humeur de ses habitants, une maison, ça ne part pas, c’est l’ultime cocon quand il n’y a plus personne. Une maison nous connaît mieux que quiconque. Elle nous voit pleurer, menacer, rire, penser, rêver, déambuler nus ou habillés, elle connaît nos amis, notre famille, voit nos enfants grandir, les protège. » (page 127)

« J’aurais aimé que mon père soit un lâche et qu’il survive. » (page 138)

« La meilleure protection contre les hommes réside dans le repli et l’indifférence. » (page 139)

« Je suis la victime collatérale de souffrances vécues alors que je n’étais pas née. » (pages 180-181)

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Une réflexion sur “L’importun, Aude Le Corff

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