Les corps inutiles, Delphine Bertholon

Présentation de l’éditeur :

Les corps inutile« Elle avait décidé d’aller à la fête. Ne savait pas où aller, en fait. Elle avait pleuré tout son saoul sur le bord du trottoir, pleuré et pleuré encore, puis les larmes s’étaient taries, séchées par le vent. Le ciel passait de bleu à noir, il était vingt heures trente (pile, comme un signe) sur la Casio vintage.
Elle avait quinze ans depuis quelques jours.
Elle avait mille ans depuis quelques minutes. »

Ce soir, Clémence doit fêter la fin du collège avec ses amis. Le sort en décidera autrement. Mauvaise rencontre.
Quinze ans plus tard, la jeune femme, solitaire et sauvage, travaille à la Clinique, une étrange usine qui fabrique des poupées grandeur nature pour les hommes esseulés…
Mais que peut la vengeance sur nos blessures les plus secrètes ?

Portrait intime de l’adolescence, drame psychologique aux accents de roman policier, Les Corps inutiles déroule le fil d’une vie tourmentée par les démons du passé.

Clémence, chevelure rousse flamboyante et yeux vairons, est, à ceci près, une adolescente comme les autres lorsque tout bascule. Dès lors, elle rêve à l’impossible – revenir au temps d’avant la catastrophe. Et les années passent.

A trente ans, la narratrice ne survit que par le désir des autres, celui des hommes en particulier, qu’elle valide le 29 de chaque mois. Clémence, expatriée de son propre corps, souffre d’un coma sensoriel. Son agresseur a durablement pris ses quartiers au fond de sa conscience. Les choses resteront toujours ce qu’elles sont, croit-on. C’est compter sans quelque bienveillance, une ou deux bonnes rencontres qui viennent contrebalancer la mauvaise, et une certaine envie de vivre, peut-être inavouée. Peu à peu, à mesure que la culpabilité disparaît, Clémence redevient humaine sous les yeux du lecteur fasciné.

Les corps inutiles est un roman à la fois dense et aérien. L’écriture riche et imagée, presque cinématographique, de Delphine Bertholon, nous entraîne à un rythme trépidant au cœur d’un parcours initiatique au bout duquel il faudra bien se pardonner. Un chemin que l’on fait aux côtés d’une formidable héroïne, à la personnalité détonante, aux fragilités inoubliables. Une renaissance enfermée dans un livre qu’on ne lâche pas.
Les corps inutiles est le magistral récit d’une reconstruction, d’un combat pour retrouver sa place dans le monde. Et une nouvelle preuve qu’on ne peut aimer que lorsqu’on a cessé de se haïr.

Éditions JCLattès, février 2015, 358 pages, 19 euros

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Fragments :

« Les choses qu’on ne dit pas restent-elles à tout jamais vivantes ? » (page 45)

« Elle ne savait pas encore qu’il fallait quelquefois se méfier de ses désirs. » (page 64)

« Les couleurs du monde s’estompaient peu à peu, grisaillaient, linges mal lavés, trop lavés, passés au détergent. Elle était une victime et, désormais, allait les attirer, tous les tarés du monde, limaille de fer contre un aimant, battue d’avance. Ne serait plus tranquille, ne vivrait plus en paix et ne siffloterait plus. Chaque pas serait ainsi cadenassé par la trouille, son visage à jamais marqué du signe de la proie, enseigne écarlate vissée au-dessus du front (attaquez-moi, violez-moi, tuez-moi, il a ouvert une brèche et je suis là pour ça, allez-y, allez-y donc, qu’est-ce que vous attendez ?). » (page 66)

« Avouer l’agression, dans cette famille-là, ce serait se condamner à la perpétuité. » (page 70)

« Nous n’avions plus grand-chose en commun, mais nous nous ressemblions assez pour nous aimer. » (page 98)

« En famille, on ne sait que mentir. » (page 110)

« Vous êtes notre progrès. » (page 151)

« J’aime beaucoup mes parents, davantage en prenant de l’âge, sans doute parce qu’ils deviennent peu à peu des personnes et plus seulement ces gens qui m’ont fabriquée, à qui j’en ai voulu, contre qui je me suis battue, non, juste des êtres humains – discutables, merveilleux. » (page 190)

« Je ne parviens pas à déterminer si je trouve tragique ou rassurante l’idée que ceux qui m’ont engendrée soient également ceux qui me connaissent le moins. » (page 190)

« Nul besoin de pull rouge, de pantalon en cuir ; le rouge était en elle, implanté dès la naissance. » (page 197)

« Elle n’était plus personne ; mais sans les garçons, elle ne serait plus rien. » (page 203)

« Je m’étais trompée de perpétuité. » (page 275)

« On a l’abri qu’on mérite. » (page 298)

« Parler, ce n’est pas toujours la meilleure solution. » (page 321)

« Les âmes sœurs n’émergent pas toujours dans les histoires d’amour. » (page 338)

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Une réflexion sur “Les corps inutiles, Delphine Bertholon

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