Les insoumises, Celia Levi

Présentation de l’éditeur :

Les insoumisesLes Insoumises est un « roman par lettres », entre deux jeunes filles exaltées et idéalistes, Renée et Louise, qui apprendront à leurs dépens qu’il est impossible de rêver dans la société actuelle.

Dans sa forme, Les Insoumises se présente comme un équivalent moderne du roman épistolaire de Balzac, Mémoires de deux jeunes mariées, même si l’histoire rappellerait plutôt le roman d’apprentissage du 19e siècle.

La correspondance commence avec le départ de Renée pour l’Italie, où celle-ci compte entreprendre des études de cinéma et surtout « devenir plus Italienne que les Italiennes ». Au même moment, Louise, restée à Paris, commence à se radicaliser politiquement.

Les lettres échangées au cours des trois années suivantes apparaissent tour à tour comme le journal passionné des jeunes filles — écrit sous l’emprise de la rêverie pour Renée, rédigé dans le feu de l’action pour Louise — et comme la critique mutuelle, sans concessions, des impasses symétriques dans lesquelles chacune s’engage et finira par se fourvoyer dramatiquement.

Loin d’atténuer la virulence du propos, le naturel et le classicisme apparents de l’écriture de Celia Levi jettent une lumière crue sur l’époque et le destin de ces deux héroïnes d’aujourd’hui.

D’un côté des Alpes, il y a Louise, pour qui l’étude est une échappatoire. De l’autre, en Italie, il y a Renée, qui n’occupe son temps qu’à le perdre, Renée qui n’aspire qu’à trouver sa place dans le monde et y être bien, qui surtout veut « devenir plus italienne que les Italiennes ».

« Finalement nous sommes toutes les deux déraisonnables ; toi tu es une idéaliste, tu penses vivre dans la réalité, du moins pour elle, tu crois que tu vas pouvoir changer le monde toute seule alors qu’en fait tu rêves éveillée, moi je suis une évaporée, qui recherche le bonheur à tout prix, et le plaisir comme une forcenée. Qui aura raison de la vie ou de nous ? » 

Louise s’enivre de l’idéalisme estudiantin et de sa concrétisation par les manifestions dans la rue, les assemblées générales, le siège des universités, les affrontements avec les CRS, les émeutes, la nécessaire violence. Pour elle, la révolution a commencé et elle s’y trouve en première ligne. Le sens de sa vie est dans l’engagement politique. Louise se marginalise à mesure qu’elle se radicalise, au risque, si la révolution meurt, de devenir sa veuve.

Pendant ce temps, Renée subit le cours de son existence, ballotée entre les hommes, les jobs, plongée dans le milieu du cinéma dont elle rêve mais dont la réalité est bassement cruelle, Renée que « l’envie immodérée d’indépendance a conduite à une servitude [qu’elle n’avait] pas imaginée dans [ses] pires cauchemars. »

Au fil de leur correspondance, ces deux amies naguère si proches se dévoilent dans leurs changements, et bientôt la vie que mène chacune semble à l’autre étrangère. S’il n’y avait le socle que constitue leur amitié, elles n’auraient plus rien à se dire. D’ailleurs elles s’écrivent de moins en moins.

Les insoumises dresse le double portrait d’une jeunesse romantique et désenchantée, qui se lance dans la vie à corps perdu, fait de l’existence un combat – sans s’apercevoir qu’elle ne possède pas d’armes. Que reste-t-il quand on a perdu sa dernière illusion ? Que peut encore l’amitié ?

Chacune des deux héroïnes vit, en plus de son existence, celle de l’autre par procuration.

Un premier roman à la construction remarquable, et qui pose cette question de poids : quel est le prix à payer pour l’insoumission ?

Editions Tristram, janvier 2009, 192 pages, 18 euros

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Dans les enveloppes :

« Il ne faut pas rêver, il faut agir. » (page 16)

« Je suis nostalgique d’un temps que je n’ai pas connu. » (page 17)

« Le refus est la première forme d’insoumission. » (page 34)

« Je n’occupe mon temps qu’à le perdre. » (page 37)

« Ton excentricité, c’est de ne pas l’être. » (page 49)

« L’amitié comme tout rapport humain est un rapport de confrontation. La rencontre avec l’autre ne peut être que violente. » (page 50)

« Dieu vomit les tièdes. » (page 51)

« Je comprends à quel point l’engagement aide à oublier le reste. » (page 58)

« Si tu te passionnes pour les mouvements sociaux, n’est-ce pas aussi parce que la foule est belle ? » (page 81)

« Pourquoi devrait-on sans arrêt choisir entre la raison et le bonheur ? Se réprimer ne me semble pas plus un signe de santé mentale que de se laisser aller aux inclinations de sa nature. » (page 83)

« Le couple ne fait que reproduire le modèle de domination de notre société. » (page 90)

« Le mouvement est mort, je n’irai pas à son enterrement. » (page 95)

« Je veux devenir plus italienne que les Italiennes. » (page 105)

« Etre réaliste est plus rassurant que s’imaginer ces petits scénarios totalement dépourvus de sens dans l’espoir de supporter le poids de la vie. » (page 112)

« La Méditerranée a tendance à endormir la pensée. » (page 125)

« Le temps de l’adolescence est fini, il faut que j’apprenne à supporter ce monde fait de soumission, de compromis, de petits humiliations. » (page 132)

« Je n’arrive pas à combattre mon attirance, elle est plus forte que mon amour-propre. » (page 136)

« La culture est un voyage dans le monde aseptisé de la consommation de l’art. » (page 146)

« L’aboulie est une forme de résistance. Au moins on ne nuit pas. » (page 146)

« Je ne comprends pas que malgré tous mes efforts pour me couler dans le moule, je me sente toujours en porte-à-faux. J’ai le sentiment que n’importe quel idiot, à part nous, réussit. » (page 149)

« Je préfère me tromper encore dix fois plutôt que de perdre mes espoirs et mes illusions. » (page 150)

« Je n’ai pas l’audace de mes ambitions. » (page 150)

« Il n’y a pire torture que la faim. » (page 156)

« Le syndicalisme n’a rien à voir avec la contestation. » (page 157)

« La lutte me tient compagnie. » (page 158)

« Contester avec leurs mots, c’est coopérer. » (page 161)

« Où aller pour échapper au règne de la bêtise et de la méchanceté ? » (page 162)

« Je m’enlise dans un présent sans avenir à force de vivre au jour le jour. » (page 168)

« Le monde n’a pas voulu de moi, j’ai échoué dans mon entreprise de le conquérir. » (page 175)

« Le monde m’a brisée avant même qu’il me soit donné de le pénétrer. » (page 176)

« Cesser de vivre ne signifie pas forcément mourir. » (page 182)

« Quand les héros des grands romans meurent cela doit sûrement être allégorique, beaucoup doivent s’être retirés à la campagne. » (page 182)

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Mon blog est mort, vive mon blog !

Le blog qui existait depuis plus de cinq ans à une autre adresse a sombré dans les profondeurs du web, victime, comme tous ceux de la plateforme qui l’hébergeait, de diverses attaques.

C’est reparti pour un tour ici !

Les anciens billets ont été rapatriés, les nouveaux piaffent d’impatience. Les liens seront mis à jour petit à petit.

Je serais ravie de vous retrouver entre ces nouveaux murs.

Vous me suivez ?

Les Monologues du vagin, Eve Ensler

Présentation de l’éditeur :

Monologues vaginJ’ai décidé de faire parler des femmes, de les faire parler de leur vagin, de faire des interviews de vagins…, et c’est devenu ces Monologues… Au début, ces femmes étaient un peu timides, elles avaient du mal à parler. Mais une fois lancées, on ne pouvait plus les arrêter. Les femmes adorent parler de leur vagin. 

Depuis sa parution aux États-Unis en 1998, Les Monologues du vagin a déclenché un véritable phénomène culturel : rarement pièce de théâtre aura été jouée tant de fois, en tant de lieux différents, devant des publics si divers… Mais que sont donc ces Monologues dans lesquels toutes les femmes se reconnaissent? Il s’agit ni plus ni moins de la célébration touchante et drôle du dernier des tabous : celui de la sexualité féminine. Malicieux et impertinent, tendre et subtil, le chef-d’œuvre d’Eve Ensler donne la parole aux femmes, à leurs fantasmes et craintes les plus intimes. Qui lit ce texte ne regarde plus le corps d’une femme de la même manière. Qui lit ce texte ne pense plus au sexe de la même manière.

« Ça sonne comme une infection, ou peut-être un instrument médical :

« Vite, infirmière, passez-moi le vagin. » »

Le vagin, ce tabou, dont le nom même hésite souvent à être prononcé, se trouve sous la plume d’Eve Ensler doué de parole. Parfois il hurle, parfois il jubile. Il connaît plaisir et souffrance, humiliations et incompréhension. Avec lui, ce sont les femmes qui s’expriment, toutes les femmes. Cette expression est libératrice. Parfois salvatrice. Elle fait un bien fou.

Le vagin, ce grand cœur rouge qui bat.

Nouvelle édition, nouvelle traduction. Cet écrin inédit permet de (re)découvrir cette série de textes forts et intemporels, jouée dans tant de théâtres de par le monde, portée par les voix de tant de comédiennes. Son petit format et sa couverture élégante en font un objet aussi précieux que son contenu, qu’il est indispensable d’avoir dans sa bibliothèque.

« Le cœur est capable de sacrifice. Comme le vagin. »

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Lili Sztajn

Editions Denoël, juin 2015, 112 pages, 12,50 euros

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Lève-toi et charme, Clément Bénech

Présentation de l’éditeur :

Leve-toi-et-charme-de-Clement-Benech-Flammarion_reference2Trop distrait par sa vie parisienne et sa petite amie Annabelle, un étudiant s’exile à Berlin pour finir sa thèse. Très vite, il se montre réceptif à tout ce qui peut différer le moment de s’adonner à la tâche. S’en remettant au hasard et au désir, notre jeune héros prend la vie comme elle vient, persuadé qu’il finit toujours par se passer quelque chose. Et, effectivement, grâce à son chat et à une laverie automatique, il va rencontrer Dora. « Pour se déplacer en ville, elle utilisait la marche. Pour tout le reste, Dora était invivable. » Il cherchera à aller plus loin que ce déroutant constat, quitte à troubler sa relation avec Annabelle.

Clément Bénech, avec ce deuxième livre, a écrit un singulier roman d’apprentissage, où les atermoiements amoureux et les déboires de la vie adulte ne sont pas des rites de passage mais plutôt des expériences parmi d’autres. Ce qui compte, c’est de rester curieux et de toujours se dire « Lève-toi et charme ». Et le charme opère.

Étudiant en géographie, peinant à avancer sur sa thèse, le narrateur, sur les conseils de son directeur, s’envole pour Berlin, une ville « où l’on croise l’histoire à chaque coin de rue ». Là, il fait la connaissance de Dora, jeune demoiselle invivable mais attachante, qui invente sa vie et s’immisce, doucement mais sûrement, dans la sienne. Ensemble, ils passent des moments hors du temps, improbables, mais qui font pourtant bien partie de la vie terrestre.

On retrouve dans ce deuxième roman de Clément Bénech le flegme et la désinvolture qui faisaient déjà le charme de son premier, L’été slovène. L’auteur a le bon goût, par rapport au précédent livre, d’économiser les jeux de mots et de saupoudrer ses lignes de davantage de sensibilité. Se glissent parfois, entre les paragraphes, des photographies, des schémas, des tentatives de dessins, qui ajoutent à la grâce (une forme de) qui enveloppe le texte.

Cette émotion et cette fantaisie concourent au charme et à la fraîcheur de l’ensemble, qui respire la jeunesse et la légèreté, dans un Berlin verdoyant. On s’en délecte – et on attend le prochain opus.

Flammarion, mars 2015, 176 pages, 16 euros

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L’été slovène

Pourquoi écrivez-vous, Clément Bénech ?

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Extraits :

« Il arrive ainsi que quelques mots de notre lecture du soir parviennent à traverser la nuit, pour revenir émerger sur nos lèvres le lendemain matin. » (page 41)

« Nadine aurait été capable de revendiquer son groupe sanguin. » (page 46)

« Habiter dans la même ville que Dora, c’est renoncer à faire des plans pour la journée. » (page 82)

« On oublie trop souvent que tout glisse sur le corps humain. » (page 96)

« L’amour est la seule denrée qui ne se négocie qu’une fois épuisée. » (page 116)

« Le problème de la nostalgie, c’est qu’elle est intransmissible. » (page 161)