L’enfant sans étoile, Raphaël Delpard

Présentation de l’éditeur :

L enfant sans etoileMai 1943. Louise Leblanc, habitante de Parigné-l’Évêque, village de la Sarthe, accepte d’héberger un orphelin de six ans, rescapé du camp de Gurs. L’enfant, qui semble traumatisé, ne se rappelle rien, pas même son prénom.
Néanmoins, Louise l’élève comme son propre fils, et le garçon, prénommé Jean, parvient à se faire peu à peu accepter par la communauté. Tant est si bien que, s’acclimatant à son nouvel environnement, il commence à retrouver progressivement quelques fragments de sa mémoire…
Pourtant, quelque temps après, Louise apprend qu’on l’a dénoncée auprès de la gendarmerie. Le village se divise alors entre ceux qui choisissent d’être solidaires, et ceux qui dissimulent leur complicité… Mais c’est surtout pour Louise et Jean le début d’une course contre la montre

 

Ce que signifie grandir en tant qu’enfant caché, Raphaël Delpard le sait : lui-même était enfant lorsque ses parents, résistants, ont été enlevés par la Gestapo. Il a été recueilli par une seconde famille qui l’a élevé.

Dans la Sarthe, où se déroule l’action de L’enfant sans étoile, ce sont plus de 700 enfants, répartis dans 17 communes et 22 hameaux, qui ont vécu dans la clandestinité pendant quatre ans.

Ce roman est le récit de l’intégration de l’un d’eux, à qui l’on attribue ne nom de Jean Leblanc, dans le petit village de Parigné-l’Évêque où la curiosité des mauvaises langues et des potentiels délateurs n’a d’égal que la détermination des membres du réseau de la Résistance à protéger ces enfants qui n’ont rien demandé.

On est embarqué dans les tribulations de Jean, on partage ses angoisses et ses espoirs. Le récit est trépidant, l’écriture rythmée. Cette histoire d’enfant est bel et bien destinée aux adultes, qui connaissent les risques et les enjeux, et qui sont sensibles aux questions que se pose le jeune héros sans être en capacité de les formuler : comment grandir, lorsqu’on est un enfant du vide ? Comment se construire une identité, quand on n’a aucune idée de ses origines ?

Une très agréable lecture, pour un roman historiquement passionnant.

Archipoche, mars 2015 (et Calmann-Lévy, 2010), 288 pages, 7,65 euros

 

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Cinq extraits :

« Comment répondre à un nom qui n’est pas le sien ? Comment habiter une identité étrangère ? C’est mettre un costume trop large ou trop étroit, porter un chapeau de travers. Tout le monde voit bien que cela ne vous va pas. Un nom, c’est en apparence peu de chose, mais cette addition de lettre forme une musique unique. Il est faux de croire qu’on peut en changer facilement, que n’importe quelle suite de lettres peut faire l’affaire. Un nom est un signe dans le ciel, un rendez-vous permanent avec soi-même, un miroir tendu qui ne vous quitte pas, une balise par temps de brouillard. » (page 124)

« Que reste-t-il de l’enfance quand on devient adulte ? » (page 148)

« On ne choisit pas toujours le moyen qui vous fait revenir à la vie. » (page 205)

« Elle était devenue adulte sans cesser pour autant d’être une enfant, une adulte en permanence sur le qui-vive, une enfant en quête d’affection. » (page 225)

« Il y a une différence entre comprendre la nécessité du départ et le vivre. » (page 250)

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Nos vies désaccordées, Gaëlle Josse

nos-vies-d-saccord-es_9782746731448Présentation de l’éditeur :

« Avec Sophie, j’ai tout reçu, et tout perdu. Je me suis cru invincible. Je nous ai crus invincibles. Jamais je n’ai été aussi désarmé qu’aujourd’hui, ni plus serein peut-être. »
François Vallier, jeune pianiste célèbre, découvre un jour que Sophie, qu’il a aimée passionnément puis abandonnée dans des circonstances dramatiques, est internée depuis plusieurs années. Il quitte tout pour la retrouver.
Confronté à un univers inconnu, il va devoir se dépouiller de son personnage, se regarder en face. Dans ce temps suspendu, il va revivre son histoire avec Sophie, une artiste fragile et imprévisible, jusqu’au basculement.
La musique de nos vies parfois nous échappe. Comment la retrouver ?

J’attendais (j’espérais ?) un coup de cœur, il n’est pas venu. Preuve qu’on ne décide pas de l’effet que les livres ont sur soi.

De cette lecture me reste surtout une collection de jolies phrases – on a fait pire souvenir.

« Sait-on réellement ce que l’on donne ? » (page 8)

« Il faut savoir apprécier cette minuscule et intense satisfaction de situer un amer dans un espace inconnu, de croire un instant que l’on a toujours vécu là, simplement parce qu’en deux jours on est entré trois fois dans le même café. » (page 34)

« On croit la passion intacte, mais qu’en est-il lorsqu’elle se déplie sur trois ou quatre années d’agenda, entre des aéroports, des chambres d’hôtel, des cocktails, des valises et des taxis, des studios d’enregistrement, des loges et des salles de concert ? » (page 35)

« Donner un récital, c’est aller chercher chacun, sur chaque note, au fond de son fauteuil. » (page 35)

« Le talent est une chose, la chance en est une autre, et leur rencontre aléatoire. » (page 36)

« L’ennui réside dans une absence d’attente, de tension, de désir. » (page 50)

« Je crois appartenir à la confrérie de ceux qui regardent par-dessus leur épaule lorsqu’on s’avance dans leur direction avec un bouquet de fleurs. » (page 66)

« Elle m’a enfin regardé. Le moment qui a suivi appartient à mes heures éblouies. » (page 68)

« J’étais jaloux. […] Le moindre geste envers autrui me dépossédait d’une présence dont je n’étais jamais rassasié. J’aurais voulu la soustraire aux yeux du monde. » (page 72)

« Par la musique, je remplissais ses jours et ses heures, chaque note comme un infime maillon d’une chaîne dont je ne savais si elle l’aidait à vivre ou l’en empêchait. » (page 98)

« On m’a trouvé la grâce, la puissance, l’intériorité. Je ne sais pas comment je joue. Je joue, c’est tout. Je suis heureux que cela touche d’autres cœurs. » (page 112)

« Ensemble ils apprennent qu’il y a des larmes sans partage possible, et que rien n’est juste. » (page 113)

Editions Autrement, mars 2012, 13 euros

Trois fois le loyer, Julien Capron

Présentation de l’éditeur :

Trois fois le loyerIl s’agit d’une quête. Peut-être pas la plus arthurienne des quêtes, mais pas forcément la moins épique : trouver, de nos jours, un logement à Paris. Et les moyens de se l’offrir.
C’est l’histoire d’un couple qui a commis une erreur : croire qu’il faut faire ce qu’on aime dans la vie. Cyril est photographe de presse, Pauline cuisinière free-lance. Ils naviguent entre Montmartre et les jolis cafés des bords de l’Ourcq. En clair, ce sont des bobos. Mais des bobos sans complexe de supériorité et qui défendent courageusement leurs rêves.
Célibataires, ils se débrouillaient avec des miettes de revenus. Ils se sont rencontrés, ils sont tombés amoureux, ils ont décidé de s’installer ensemble. Le deux-pièces où ils devaient emménager leur échappe. Ils n’ont que quelques jours pour trouver un toit.
Les agents immobiliers les éconduisent à une cadence de métronome. Bientôt, c’est la plongée dans l’envers de Paris, celui des trafics et des misères. Pauline et Cyril n’ont plus qu’un moyen de s’en sortir : le poker.
Il va falloir apprendre à jouer. Il va falloir faire équipe au-delà des bonnes intentions et des jolis sentiments.

Ne parvenant à trouver un appartement par leurs propres moyens, y compris avec de faux bulletins de salaire, et ne voulant retourner vivre chez leurs parents, Pauline et Cyril s’installent dans un hôtel miteux qu’ils paient à la semaine. Cyril tente de renflouer les caisses en jouant en ligne au poker. Malgré cela, leurs économies fondent comme neige au soleil…
Jusqu’à ce que se présente ce qui apparaît comme une aubaine : un tournoi de poker avec à la clé un superbe appartement dans les beaux quartiers de la capitale. Sauf qu’il faut impérativement y participer en couple. Cyril entreprend donc d’enseigner à Pauline les règles de ce jeu qui prend cinq minutes à apprendre et toute une vie à maîtriser.
Le poker est ce jeu qui se pratique avec 52 cartes, et dans lequel il existe 1 326 combinaisons de deux cartes avec lesquelles on peut se retrouver au départ. Voici Cyril et Pauline engagés dans le tournoi.
Et si, pour se sortir de l’enfer, ils venaient de plonger dans un autre ?

Étant donné le titre – c’est lui qui m’a attirée -, j’aurais aimé que davantage d’importance soit accordée aux recherches immobilières, qui ne servent finalement que de prétexte à la suite. A défaut, j’ai découvert le déroulement d’un tournoi de poker et, même si j’ai sauté bien des pages en expliquant les règles, je me suis laissé prendre par le suspense qui rythme la compétition – et donne au roman des airs de thriller psychologique.
D’autant que Julien Capron parsème régulièrement sa prose de phrases bien senties qui disent tout son talent de fin observateur des êtres faibles que nous sommes et du ridicule de nos existences, le plus souvent.
Bien qu’il n’ait pas ressemblé à ce que j’imaginais, un très bon moment de lecture.

Flammarion, 2012, 384 pages, 20 euros

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Breaks :

« La chance ne donne jamais. Elle prête. » (proverbe suédois page 11)

« Etre adulte, c’est se rendre compte que les revenus, ce n’est pas de l’argent, c’est la définition stricte de ce qu’on pourra et de ce qu’on ne pourra pas vivre. » (page 42)

« De toute évidence, il est difficile de faire admettre à un propriétaire qu’il existe de nos jours toute une économie qui ne fonctionne pas à la paie fixe et à l’échelon hiérarchique. » (page 51)

« Le management, c’est récompenser, mais c’est aussi tenir ses employés sous pression. » (page 54)

« Sa vie est un appareil démonté qu’elle ne sait comment réparer. » (pages 136-137)

« Paris est un piège qui ne veut pas de ses habitants. » (page141)

« Selon Gore Vidal, au poker, il ne suffit pas de gagner. Il faut que les autres perdent. » (page 159)

« Pourquoi faut-il vaincre pour gagner ? » (page 175)

« D’après Walter Matthau, le poker représente le capitalisme dans ce qu’il a de pire. Et donc le meilleur des États-Unis. » (page 214)

« Ça coûte de plus en plus cher d’être pauvre. » (page 239)

« Parfois, aimer quelqu’un, ça consiste à ne pas relever ses injustices. » (page 245)

« Ainsi le grand silence se ride de nos murmures. » (page 269)

« Un couple est une religion, qui construit sans relâche son ciel et sa terre. » (pager 316)

« Pour les Américains, le poker est l’activité la plus violente qu’on puisse pratiquer assis. » (page 324)

« Ils ne jouent pas leur vie mais leur ego. » (page 326)

« Si, au bout d’une demi-heure, t’as pas repéré qui est le pigeon de la table, c’est que le pigeon, c’est toi. » (page 331)

« Comment se fait-il que nos désirs puissent être si forts et que ça ne fasse aucune différence pour la réalité ? » (page 353)

« Les finances peuvent s’effondrer, la rue peut les reprendre, tant que Cyril sera là, son monde tiendra d’un seul morceau. » (page 365)

Dernier été avant l’orage, Françoise Grard

Dernier été avant l'oragePrésentation de l’éditeur :

Charles et Florian sont amis d’enfance inséparables. Jusqu’à Mathilde rien n’a jamais troublé leur entente. Mais cet été, la montagne où ils se retrouvent avec elle leur réserve une terrible mise à l’épreuve. Au détour d’un sentier, tous trois vont vivre la nuit la plus longue de leur vie.

Un été, Florian emmène son ami Charles dans ces montagnes qu’il connaît par cœur, où il va souvent en vacances, où il a ses habitudes. Charles, le Parisien blondinet habitué au confort, enfant gâté, ne sait rien de la montagne. Charles est de ceux à qui tout réussit. Il joue du violon, et il plaît aux filles. Un petit prodige.
Florian est son ami. Charles et lui sont inséparables. En le faisant venir sur son territoire, en lui présentant « ses » montagnes, c’est comme s’il prenait sa revanche : il a, lui aussi, enfin, un moyen d’impressionner son camarade. Un moyen d’évacuer son éternelle jalousie à son égard. Il est fier des massifs, fier des chalets, fier de ses connaissances des lieux.
Connaissances qui font qu’il part sans risque en excursion avec Charles et Mathilde, une vacancière de leur âge rencontrée au village. Mais la volonté de plaire ne risque-t-elle pas d’effacer la prudence ? Florian ne les met-il pas en danger, tous les trois ?
Après cet été, après ces vacances, plus rien ne sera comme avant entre les deux camarades.
Juste avant la rentrée, Florian tente in extremis de rompre le silence et de justifier de ses actes, au fil d’une correspondance électronique, plus souvent monologue que véritable échange, dans laquelle il revient sur ce qui s’est passé et essaye de sauver ce qui reste de leur amitié…
Un petit roman vif et percutant, en forme d’échanges de mails, qui met en scène un moment précis de l’existence où tout bascule et interroge sur la capacité au pardon et sur ce que l’on sait vraiment de ses amis, loin de tout sensationnalisme et de toutes révélations fracassantes.

Editions Oskar, 2015, 72 pages, 6 euros

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Au fil des pages :

« En cinquième, la moitié des garçons joue encore aux Playmobil. L’autre regarde les filles. » (page 15)

« La faim se supporte, mais la soif a un goût de mort. » (page 34)

« Pour grimper, la force suffit. Pour descendre, il faut une vigilance de chaque instant. » (page 38)

« Le paysage est méconnaissable quand on le prend à rebours. » (page 39

« Le talent rachète-t-il les torts ? » (page 40)

« Plus je me sens coupable, plus ça m’arracherait la bouche de le reconnaître. » (page 50)

« L’important, ce n’est pas l’erreur. C’est la rapidité avec laquelle on la répare. » (page 64)

C., Lolita Sene

Présentation de l’éditeur :

C lolita seneC’est la Chandeleur. Deux amies, que je n’ai pas vues depuis plusieurs mois, viennent passer l’après-midi chez moi. J’ai préparé des crêpes, on a ouvert une bouteille de cidre. Tout pourrait être tranquille, une partie de cartes ou simplement bavarder, mais je les sens ailleurs.
Très vite, la cocaïne s’invite au centre de la discussion.

Elles racontent combien elle était bonne, le premier dealer qui n’est pas venu, l’argent qu’elles se doivent. Je ne dis rien, je n’ai plus rien à dire sur le sujet. Muette, je les considère en sirotant mon verre.

Elles finissent par sortir la poudre.

« Ça te dérange si on se fait une ligne ? »

À travers le personnage de Juliette, Lolita Sene raconte ses années d’addiction à la cocaïne.

De sa province natale à Paris ou elle travaille dans l’événementiel, du monde euphorique de la nuit aux soirées en appartement, de son cercle d’amis à ses histoires d’amour, Juliette rencontre de la cocaïne partout. Soutien factice de la confiance en soi, celle-ci s’est considérablement banalisée. Comme les autres, Juliette sombre dans la dépendance.

Portrait d’une génération sans cesse en représentation, avide de rêves mais désorientée, C. montre toute la détermination qu’il faut pour s’affranchir de cette drogue dure et redonner un sens à sa vie.

Sous-titré « La face noire de la blanche », ce premier livre de Lolita Sene, qui se cache derrière le prénom de Juliette pour se raconter, est le récit d’une descente aux enfers qui prend les allures d’une intégration pétillante et joyeuse dans le monde parisien de la nuit.

Les journées de Juliette deviennent de plus en plus courtes, ses nuits de plus en plus longues, elle se met à mépriser ceux qui occupent les leurs à dormir – les nuits blanches n’ont jamais aussi bien porté leur nom. « J’ai toute la vie », pense-t-elle avec l’insouciance de son âge. Mais quelle est la véritable consistance du présent quand tout est biaisé ?

La cocaïne, cette drogue qu’on a aimé faire rimer avec réussite, performance et créativité, que certains milieux ont totalement banalisée, qui donne l’impression de maîtriser son corps et sa vie alors que c’est précisément l’inverse, se fait festive avant de devenir un antidépresseur lorsque l’organisme s’y est habitué.

Lolita/Juliette raconte l’accoutumance qui s’installe imperceptiblement, le craving, cette furieuse envie de coke qui vient avec l’alcool, les descentes qui empirent, de plus en plus vertigineuses, les chemical relationships, amitiés ou amourettes nées autour de la drogue et qui ne tiennent que par elle, la prise de conscience, la décision d’arrêter qui se heurte à l’incompréhension de l’entourage, la honte tenace de ne plus rien prendre, de passer pour une fille rangée, une oie blanche, et les rechutes, les « juste une » qui refont plonger dans la spirale infernale, la blanche qui noircit tout.

Son livre est aussi la peinture du milieu dans lequel évolue la narratrice, celui de l’événementiel, des soirées, de la musique, où l’on paye tout naturellement une jeune femme en cocaïne pour qu’elle pose nue sur la pochette d’un disque.

C. est la trajectoire d’une jeune femme qui grandit une paille à la main, qui en quelques années « vieillit avec fulgurance », et c’est aussi un avertissement quant à cette drogue dont on oublie facilement qu’elle en est. Édifiant.

Robert Laffont, mars 2015, 216 pages, 17 euros

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Flashs :

« A vouloir se démarquer, ils se ressemblent tous. » (page 34)

« Quand tu consommes, je suis ton âme. » (page 77)

« On avait perdu ces corps brûlants, j’aurais dû m’en apercevoir plus tôt. » (page 84)

« Quand la nuit te happe, c’est comme une couverture sombre qui t’enveloppe. Au début, tu t’y sens bien parce que c’est chaud, moelleux. Et puis un jour, tu commences à avoir froid. » (page 139)

« Existerait-il une hiérarchie de la dépendance dans laquelle je ne serais pas assez gradée ? » (page 160)

« S’il en prend seul, il n’y a plus le même enjeu. S’il en prend seul, il reconnaît qu’il est dépendant. » (page 165)

« Paris est vêtue de nuit. » (page 168)

« Je suis un trou qui s’est creusé. » (page 185)

« Depuis la fin de mon sevrage, il ne m’est pas venu une seule fois l’envie de mourir. » (page 203)

Dans la mer il y a des crocodiles, Fabio Geda

Présentation de l’éditeur :

dans la mer il y a des crocodilesDix ans, ou peut-être onze. Enaiat ne connaît pas son âge, mais il sait déjà qu’il est condamné à mort. Être né hazara, une ethnie persécutée en Afghanistan, est son seul crime. Pour le protéger, sa mère l’abandonne de l’autre côté de la frontière, au Pakistan. Commence alors pour ce bonhomme « pas plus haut qu’une chèvre » un périple de cinq ans pour rejoindre l’Italie en passant par l’Iran, la Turquie et la Grèce. Louer ses services contre un bol de soupe, se dissimuler dans le double-fond d’un camion, braver la mer en canot pneumatique, voilà son quotidien. Un quotidien où la débrouille le dispute à la peur, l’entraide à la brutalité. Mais comme tous ceux qui témoignent de l’insoutenable, c’est sans amertume, avec une tranquille objectivité et pas mal d’ironie, qu’il raconte les étapes de ce voyage insensé.

Ce récit est « l’histoire vraie d’Enaiatollah Akbari », qui a quitté l’Afghanistan à l’âge supposé (on n’est jamais certain de son âge quand on n’a pas de date de naissance officielle) de dix ans, a passé plus d’un an au Pakistan, trois en Iran, avant de traverser la Turquie et la Grèce pour enfin arriver en Italie.

A Fabio Geda, Enaiatollah raconte son périple. L’Afghanistan, où retourner est bien plus facile que d’en sortir. L’Iran où, quand on expulse quelqu’un, c’est lui qui doit payer son retour. La Turquie, où le groupe dont il fait partie part à 77, à pied, à destination d’Istanbul, en passant par la montagne, et arrive avec douze personnes de moins, mortes en chemin.

Il raconte les mésaventures, la peur, la nécessité d’avancer la nuit, de dormir le jour. Et ce moment où l’on décide qu’on ne reviendra pas en arrière.

Partir est facile et donné à (presque) tout le monde ; arriver, en revanche, est plus incertain. Ce court livre, qui a été traduit dans de nombreuses langues, est le récit par un adolescent, fort et sans pathos, de cette quête ultime, celle d’un endroit qu’il puisse enfin appeler « chez lui ».

traduit de l’italien par Samuel Sfez

Éditions Liana Levi, collection Piccolo, 2011 (et grand format 2012), 176 pages, 8,50 €

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En chemin :

« Il faut toujours avoir un désir devant soi. » (page 12)

« Sur les trottoirs tellement de gens qu’il ne devait plus y avoir personne dans les maisons. » (page 20)

« La peur est attirante quand on ne sait pas la reconnaître. » (page 28)

« Mon corps a dormi, mais dans mes rêves j’étais éveillé. » (page 33)

« Pour vivre nous sommes disposés à faire des choses qui ne nous plaisent pas. » (page 48)

« Je n’ai pas envie de parler des gens. Je n’ai pas envie de parler des lieux. Ce n’est pas important. Les faits sont importants. L’histoire est importante. Ce qui change ta vue, c’est ce qui t’arrive, pas les lieux ni les gens. » (page 50)

« Je me sentais à la maison, ou du moins j’espérais y être, avoir trouvé un endroit où on me traiterait bien, ce qui revient au même. » (page 65)

« Destin et destination, ça se ressemble, pas vrai ? » (page 68)

« J’ai changé mes billets en pièces ; ainsi, j’avais l’impression d’en avoir beaucoup plus. » (page 73)

« Un cadeau, ce cahier à la couverture noire dans lequel j’oubliais des choses que je pouvais ensuite oublier, vu que je les avais notées. » (page 75)

« Je commençais à penser que dormir était une erreur. Qu’il valait peut-être mieux rester éveillé la nuit, pour éviter que les gens dont j’étais proche disparaissent dans le vide. » (page 75)

« Quand on n’a pas de famille, les amis sont tout. » (page 76)

« Le choix d’émigrer naît du besoin de respirer. » (page 83)

« Même à quelqu’un qui n’a rien, on peut prendre quelque chose. » (page 92)

« Pour savoir les choses, il suffit parfois de demander. » (page 96)

« A partir d’un certain moment, j’ai cessé d’exister. » (page 112)

« Il faut toujours avoir des vêtements neufs quand tu arrives dans un endroit où tu comptes pour rien. » (page 118)

« Au bout d’un moment, mon estomac a commencé à gronder plus fort que mon orgueil. » (page 144)

« De temps en temps, les immigrés sont une arme secrète. » (page 146)

« La patience sauve la vie. » (page 153)

« Le temps ne passe pas à la même vitesse dans toutes les parties du monde. » (page 167)

« Tu deviendras un homme dans une langue que tu n’as pas apprise par ta mère. » (page 169)

Splendeurs et misères de l’aspirant écrivain, Jean-Baptiste Gendarme

Présentation de l’éditeur :

splendeurs et miseresDu désir d’écrire à la parution du premier roman, ce livre révèle et décrypte tous les us et coutumes de la chose littéraire. Témoignages d’écrivains et d’éditeurs à l’appui, ces vingt-sept chapitres sont autant de cailloux blancs pour éviter les pièges et trouver son chemin à travers le monde des lettres.
Jean-Baptiste Gendarme accompagne avec humour et impertinence l’aspirant écrivain dans le singulier marathon qui mène à la publication d’un livre.

Ce petit livre n’est pas tant un guide pratique qu’un recueil de propos censés et d’expériences éloquentes quant à l’écriture, la publication et autres petits drames de la vie littéraire. Une compilation de bon sens qui devrait figurer en annexe de tout contrat d’édition, voire de toute lettre de refus, qu’elle soit type ou (puisque cela existe) personnalisée.

Où l’on a confirmation que l’attente de la réponse, après l’envoi d’un manuscrit, est « la partie la plus sombre de son existence, ce qui empêche toute forme de vie sociale, professionnelle et littéraire » ;
Où l’on apprend que Jean-Philippe Blondel a essuyé 236 lettres de refus (en seize ans) avant de voir son premier roman publié ;
Que les grands éditeurs parisiens reçoivent entre 3 000 et 6 000 manuscrits chaque année ;
Qu’en 1992, Le Figaro littéraire a envoyé un manuscrit de Marguerite Duras à Gallimard, P.O.L. et Minuit, ses trois éditeurs, qui l’ont tous trois refusé ;
Que « ceux qui ont pratiqué un sport de combat ou un art martial seront grandement avantagés » dans la promotion d’un livre ;
Que le fameux « droit de retour » des libraires est une invention de Louis Hachette et date du XIXème siècle ;
Qu’on compte en France près de mille prix littéraires ;
Que la vie mondaine littéraire n’est ni nécessaire ni obligatoire, et que l’on peut tout à fait « restreindre à l’occupation d’écrire le métier d’écrivain » (Fernand Divoire) ;
Que la critique littéraire engendre, tôt ou tard, la complaisance ;
Que nombre d’écrivains dont la renommée n’est plus à faire ont dans leur tiroir des dizaines de manuscrits refusés ;
Que seulement 2 % des écrivains vivent de leurs livres et seulement de leurs livres ;
Et que le livre n’est pas une fin en soi.

« Cher jeune auteur, nous avons le regret de vous annoncer que la publication de votre livre ne va rien changer à votre vie. »

Un petit livre drôle et plein d’esprit, pour se sentir moins seul, ne pas se décourager et relativiser : rien n’est grave, tout ceci n’est que de la littérature. Les illusions perdues, il n’y a plus qu’à se remettre au travail.

Flammarion, 2014, 178 pages, 13 euros

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

La politesse, François Bégaudeau

Hommage de l’auteur absent de Paris, Emmanuelle Allibert

Tu seras écrivain mon fils, François Bégaudeau

Écrivain (en 10 leçons), Philippe Ségur

Petits bonheurs de l’édition, Bruno Migdal

Première ligne, Jean-Marie Laclavetine

Discrétion assurée, Marie-Odile Beauvais

Petites phrases :

« Lire c’est bien, mais bien lire c’est mieux. » (page 18)

« Ecrire est un besoin féroce, tragique, chez tous les écrivains et souvent davantage chez les mauvais que chez les bons. » (Raymond Queneau, cité page 34)

« Avant d’envoyer votre manuscrit, si vous avez quelques amis dans le milieu littéraire, on vous conseille de vous brouiller avec eux. » (page 42)

« L’activité principale d’un éditeur n’est pas de publier, mais de refuser de publier. » (page 53)

« Cher jeune auteur, nous avons le regret de vous annoncer que la publication de votre livre ne va rien changer à votre vie. » (page 62)

« Un article n’a jamais fait vendre un livre. » (page 103)

« L’écrivain est comme un nageur de 1 000 mètres dans sa ligne : il se croit seul dans la piscine alors qu’autour de lui d’autres nageurs enchaînent brasse coulée et papillon crawlé. » (page 105)

« La plupart des livres à succès ne doivent rien à la littérature. » (Jean Carrière, cité page 108)

« Les légendes ne naissent pas par enchantement ; elles se bâtissent. » (page 143)

« Publier son deuxième roman s’avère plus difficile que le premier. » (page 148)

« Ecrire est une longue patience. » (Albert Cossery, cité page 154)

« Ecrire, ça veut dire se retirer du monde, être replié dans un non-lieu où la vie n’a plus cours, avec à la clé cette croyance qu’il peut y avoir quelque chose de mieux que la vie. » (Bayon, cité pages 154-155)

« Ecrire est un travail d’artisan. » (Françoise Sagan, citée page 157)

« Je ne peux rester au travail pendant des journées complètes que quand le livre va vers sa fin, quand il m’intimide moins, quand je me sens plus proche de lui. » (Jean Echenoz, cité page 159)

Il était 2 fois dans l’Ouest, Séverine Vidal

Présentation de l’éditeur :

il-etait-2-fois-620x929Quand Luna arrive à Monument Valley, en territoire indien pour les vacances d’été, elle ne sait pas qu’elle vient de mettre les deux pieds dans l’aventure ! En réalité, Luna va vivre des vacances… complètement dingues.
Ça commence par sa rencontre avec Josh, un (très beau) garçon Navajo qui va lui faire découvrir à cheval les paysages incroyables du territoire indien ; et ça continue avec de la magie, des croyances indiennes, des animaux sauvages, un vieux cow-boy fou surnommé « Sloppy Joe »…
Bref : Luna et Josh vont vivre les « mille façons de frémir en Arizona » !!!

Séparée de son père et de son frère pour 33 dodos – rien à l’échelle d’une vie, mais beaucoup à l’échelle d’un été -, Luna accompagne sa mère, maquilleuse de cinéma, sur le tournage d’un film à effets spéciaux et gros budget en Arizona. Entre les séquences, Luna est promise à un peu d’ennui ; mais c’est sans compter sur Josh, un jeune Navajo de son âge, avec qui vont se nouer des liens d’amitié… et même un peu plus.
Mais la vie en Arizona est loin d’être un long fleuve tranquille, et les deux amis ne sont peut-être pas aussi invincibles qu’ils le croient…

Alternant les voix de Luna et Josh, Séverine Vidal nous emmène dans l’Ouest à un rythme trépidant. Entre les coulisses du tournage, les révélations sur la vie des Navajos et la naissance d’une histoire d’amour, on se laisse gagner par la fascination. Le ton est enlevé, les dialogues truffés d’humour, tandis que les rebondissements s’enchaînent. Jusqu’au moment où tout bascule…
Un roman qu’on ne lâche pas, et dont on se souviendra aussi longtemps que Luna et Josh, eux, se rappelleront de ces vacances.

Illustrations d’Anne-Lise Combeaud
A partir de 8 ans
Éditions Sarbacane, août 2015, 192 pages, 10,90 euros

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Trois phrases :

« J’ignorais que parfois, les paysages peuvent vous retourner le cœur comme une crêpe. » (page 78)

« Peut-être bien qu’on a les légendes qu’on mérite. » (page 96)

« Pour les Navajos, la nature est une chanson. » (page 133)

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Je n’avais rien compris, Diego De Silva

Présentation de l’éditeur :

Je n'avais rien compris« Dans le miroir, je vois un type que je connais, en costume cravate, qui n’a pas la moindre idée de la façon dont il va pouvoir s’en tirer. »
Prenez la personne la plus sympathique que vous connaissez. Puis la plus intelligente. Maintenant, la plus narcissique. La plus généreuse. La plus folle. Mélangez bien. Voici, grosso modo, le protagoniste de ce livre.

La vie de Vincenzo Malinconico est un désastre. Le jour, il fait semblant de travailler dans son minuscule cabinet d’avocat. La nuit, il lambine devant des émissions de téléachat, toujours dans l’attente d’un appel de son ex-épouse, Nives, qui vient de temps à autre se réfugier dans ses bras. Beau-père d’une jeune Alagia, étudiante à la fac, qu’il rencontre clandestinement au Burger King de l’aéroport (la malbouffe est proscrite, chez Nives), il est aussi le père d’un adolescent bizarre, Alfredo, journaliste en herbe, adepte de la prise de risque.
Mais tout change le jour où l’avocate la plus séduisante du barreau de Naples jette son dévolu sur lui ; et que, à ce moment même, il est commis d’office pour défendre un homme de main de la Camorra… Les péripéties rocambolesques commencent !

Un roman subtil et drôle, dans lequel le personnage principal, irrésistible philosophe du quotidien, parle d’amour et de Camorra avec la même énergie, à la fois lucide et railleuse. L’humour napolitain dans toute sa splendeur.

Vincenzo Malinconico est le pire des avocats napolitains qui soit – le plus désœuvré en tout cas. Et alors que sa vie semble avoir atteint son paroxysme en matière d’emmerdes, de complications et de petites catastrophes, voilà que la Camorra le choisit pour défendre l’un des siens…
Vincenzo est un délicieux antihéros qu’on prend un plaisir fou à suivre dans ses mésaventures. En arrière-plan, Diego De Silva croque une galerie de personnages rocambolesques et hauts en couleurs – les couleurs de l’Italie, rendues plus vives encore par l’accent chantant de Naples qui souffle sur le roman.
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Diego De Silva, par son humour, son sens de la dérision, son regard lucide sur ses contemporains, ce qui se joue entre les êtres et le monde qui l’entoure, sa façon de se rire de la Camorra omniprésente, ses dialogues enlevés et son art des digressions, apparaît comme une sorte de Jaenada à l’italienne – un compliment à ne pas prendre à la légère.
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Son roman ne se lâche pas, et on rêve de voir ce Vincenzo Malinconico devenir le héros d’une série rien que pour le bonheur de partager encore son quotidien.

Traduit par Marianne Faurobert
Presses de la Cité, juin 2015, 400 pages, 21 euros

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Télégrammes :

« Quand tu n’as plus d’options, tu envisages la réalité d’un autre œil. » (page 7)

« Raconter de loin, c’est partir d’un point donné pour arriver au bord d’un à-pic au-delà duquel il n’y a plus rien, et tu restes planté là à chercher partout le truc que tu es censé avoir compris. » (page 11)

« Certaines personnes ont le don de te scotcher à ton versant le plus piteux, de te clouer au minimum de tes possibilités. » (page 23)

« Ne tisse pas de liens, brise-les. » (page 55)

« Pour se débarrasser de quiconque t’inflige le récit de sa vie privée, il suffit de lui renvoyer sa version des faits telle qu’il te l’a proposée. » (page 64)

« Les face-à-face avec moi-même m’épuisent, surtout quand c’est l’autre qui a raison. » ‘page 84)

« Quiconque a un peu de bon sens sait que pour faire un faux il faut avoir l’original. » (page 94)

« Si une chose ne t’effraie pas, alors cette chose reste à bonne distance de toi, car elle comprend qu’elle aura du mal à t’atteindre, et avec toutes les victimes potentielles à sa disposition, pourquoi perdrait-elle son temps avec quelqu’un qui s’en fout ? » (pages 114-115)

« Au fond, ce n’est pas mal de garder en cage les gens qu’on aime. » (page 119)

« Lorsqu’ils se sentent observés, les corps ont une furieuse tendance à s’engourdir. » (page 123)

« Un homme qui s’en fout est un homme libre. » (page 164)

« Qui s’accorde du temps pour réfléchir ne fait que repousser le moment de la décision. » (page 188)

« L’amour est une maladie de la dignité. » (page 226)

« Profession libérale, c’est un oxymore. » (page 272)