Le puits à souhaits de Markus14

puitsBesoin de choisir ? Avenir incertain ?
Le puits à souhaits répond à vos interrogations secrètes.
Mieux que l’horoscope,
il vous dit la vérité !

Markus14, dont j’avais déjà pu apprécier quelques-uns des talents avec les kits grigris et doudous, a lancé il y a quelques mois un puits à souhaits en ligne. Une question, un clic, et l’univers répond par un tirage de trois mots. On peut recommencer à l’infini ! Et si c’est aussi addictif, c’est parce que cet heureuscope non seulement est amusant, mais qu’en plus l’univers se trompe rarement.

Et tous les tirages sont gagnants !

Alors, à la veille de cette nouvelle année, de ces nouvelles résolutions, de cette nouvelle vie… vous jouez ?

Le puits à souhaits en ligne

La page Facebook du puits à souhaits

hapiness

Quand Hitler s’empara du lapin rose, Judith Kerr

Présentation de l’éditeur :

Hitler lapin roseImaginez que le climat se détériore dans votre pays, au point que certains citoyens soient menacés dans leur existence. Imaginez surtout que votre père se trouve être l’un de ces citoyens et qu’il soit obligé d’abandonner tout et de partir sur-le-champ, pour éviter la prison et même la mort.

C’est l’histoire d’Anna dans l’Allemagne nazie d’Adolf Hitler. Elle a neuf ans et ne s’occupe guère que de crayons de couleur, de visites au zoo avec son « oncle » Julius et de glissades dans la neige. Brutalement les choses changent. Son père disparaît sans prévenir. Puis, elle-même et le reste de sa famille s’expatrient pour le rejoindre à l’étranger. Départ de Berlin qui ressemble à une fuite.

Alors commence la vie dure – mais non sans surprises – de réfugiés. D’abord la Suisse, près de Zurich. Puis Paris. Enfin Londres. Odyssée pleine de fatigues et d’angoisses mais aussi de pittoresque et d’imprévu – et toujours drôles – d’Anna et de son frère Max affrontant l’inconnu et contraints de vaincre toutes sortes de difficultés – dont la première et non la moindre: celle des langues étrangères! Ce récit autobiographique de Judith Kerr nous enchante par l’humour qui s’en dégage, et nous touche par cette particulière vibration de ton propre aux souvenirs de famille, quand il apparaît que la famille fut une de celles où l’on s’aime…

Ce récit autobiographique est celui d’une enfance en exil. Judith Kerr est née en 1923 à Berlin. Dans le roman, Judith devient Anna. Les années 30 s’ouvrent dans la joie. Mais bientôt, Hitler accède au pouvoir. Le père d’Anna est un écrivain et journaliste dont les textes ne plaisent pas à tout le monde. La famille est juive. Elle n’est plus en sécurité en Allemagne.

Anna et les siens quittent leur confort berlinois pour la chambre d’une petite auberge en Suisse. De là, ils partiront pour Paris, puis quand Paris ne sera plus sûre non plus, pour Londres.

« Eh bien alors, dit-elle, si vous ressemblez à tout le monde et que vous n’allez pas à une église spéciale, qu’est-ce qui te dit que vous êtes juifs ? Comment pouvez-vous en être sûrs ? » 

Judith Kerr raconte les constantes adaptations requises par la vie que mènent Anna et sa famille : les coutumes suisses, différentes des allemandes, la vie à l’hôtel plutôt que dans une maison, la nouvelle école ; puis la France, de nouvelles coutumes encore, un appartement exigu, un nouveau langage surtout ; enfin l’Angleterre, où il faudra à nouveau tout réapprendre.

La vie est rude mais les enfants ne sont pas si malheureux : ils se savent et se sentent aimés, et surtout la famille reste unie. Judith Kerr livre des tranches de vie délicieuse au sein de cette famille attachante, faisant de son roman une pépite pleine d’humour et de tendresse. En arrière plan se dessine l’ombre menaçante du conflit mondial qui éclatera bientôt. Mais son récit fera l’objet d’un autre livre, le deuxième des trois romans autobiographiques de l’auteur.

24 dessins de Judith Kerr, dont l’un d’eux figure en couverture de cette édition, ouvrent les 24 chapitres de cet inoubliable roman.

A partir de 12 ans

L’école des loisirs, médium, 1985, 236 pages, 7,70 euros

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Un portrait par la journaliste Marina Al Rubaee

Portrait MarinaIl y a quelques mois, comme un cadeau d’anniversaire, la journaliste Marina Al Rubaee a fait mon portrait. Un portrait long, dense, fouillé, comme on prend de moins en moins le temps d’en faire.

Parce que je m’y retrouve, et que j’ai envie que l’on puisse y accéder depuis « chez moi », je le partage ici.

Merci beaucoup à son auteur. C’est cette fois comme un cadeau de Noël pour moi.

Pour découvrir le portrait, cliquer sur l’image ci-contre ou sur ce lien.

Voyage à Pitchipoï, Jean-Claude Moscovici

Présentation de l’éditeur :

voyage-a-pitchipoiVoyage à Pitchipoï raconte la tragédie d’une famille juive, en France, pendant la guerre, une tragédie qui fut celle de millions d’autres familles. En 1942, l’auteur de ce livre avait six ans. Sa famille fut arrêtée, par des gendarmes allemands et français, et dispersée. Le narrateur et sa petite sœur furent d’abord confiés à des voisins jusqu’à ce que le maire du village fasse appliquer la décision du capitaine S-S, Commandeur de la région et responsable des mesures de répression antisémite : « L’accueil d’enfants juifs dans des familles françaises est indésirable et ne sera autorisé en aucun cas. » Les deux enfants furent alors enfermés dans une prison, puis transférés au camp de Drancy, où la petite fille tomba malade, par malnutrition. Pendant toute cette période, ils restèrent sans nouvelles de leur mère, qui avait miraculeusement réussi à s’échapper et n’avait pas été reprise, malgré les portes qui s’étaient souvent fermées lorsqu’elle avait demandé de l’aide. Après des mois de vie clandestine, à la Libération, ils retrouvèrent leur maison. Ils ne devaient jamais revoir leur père.

Pitchipoï est un néologisme apparu parmi les enfants dans le camp de Drancy, pendant la Seconde Guerre mondiale, pour désigner la destination inconnue, à la fois mystérieuse et effrayante, des convois de déportés, là-bas, quelque part, très loin « vers l’Est », au pays de nulle part.

Jean-Claude Moscovici est, avec Henri Raczymow, auteur des Contes d’exil et d’oubli (Gallimard, 1979), l’un de ceux qui ont rapporté ce surnom. En 1942, Jean-Claude Moscovici, âgé de six ans, a été détenu à Drancy.

« Chaque souvenir était une douleur. »

Voyage à Pitchipoï est le récit de cette enfance arrachée, de cette famille séparée, de la survie d’un petit garçon qui tient plus que tout à protéger sa petite sœur de quatre ans sa cadette, un petit garçon qui est loin de tout saisir aux événements – si ce n’est leur gravité, et leur caractère irrémédiable.

« Plus tard seulement, je sus qu’il revenait de ce lieu que nous appelions Pitchipoï,

et dont le véritable nom était Auschwitz-Birkenau. »

Un récit nécessaire, dont la nécessité est soulignée par les mots de Georges Perec, cité en exergue : « L’écriture est le souvenir de leur mort et l’affirmation de ma vie. » (W ou le souvenir d’enfance)

A partir de 12 ans

L’école des loisirs, 1995, 138 pages, 7,10 euros

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L’Arabe du futur 2, Riad Sattouf

Présentation de l’éditeur :

arabefutur2webhd-tt-width-300-height-430-bgcolor-FFFFFFNé d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad Sattouf raconte dans L’Arabe du futur sa jeunesse au Moyen-Orient.
Dans le premier tome (1978-1984) le petit Riad était balloté entre la Libye, la Bretagne et la Syrie.
Dans ce second tome, qui couvre la première année d’école en Syrie (1984-1985), il apprend à lire et écrire l’arabe, découvre la famille de son père et, malgré ses cheveux blonds et deux semaines de vacances en France avec sa mère, fait tout pour devenir un vrai petit syrien et plaire à son père.
La vie paysanne et la rudesse de l’école à Ter Maaleh, les courses au marché noir à Homs, les dîners chez le cousin général mégalomane proche du régime, les balades assoiffées dans la cité antique de Palmyre : ce tome 2 nous plonge dans le quotidien hallucinant de la famille Sattouf sous la dictature d’Hafez Al-Assad.

Ce deuxième volet de la trilogie à succès – mérité – de Riad Sattouf se focalise sur l’année de cours préparatoire du jeune Riad. 160 pages pour une année riche en petits bonheurs et en grandes mésaventures. Avec ce rythme et ce regard, qui s’attache à relever les absurdités de l’enseignement et à dépeindre le quotidien à hauteur d’enfant, on embarquerait volontiers pour un tome par année d’enfance du narrateur (ça tombe bien, un tome 3 est attendu pour l’année prochaine).

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sattouf_maitresseLa cruauté du régime se trouve ici rapportée à l’échelle de l’école et de la vie locale. C’est féroce et drôle, édifiant et marquant. En Syrie, l’école est un lieu où l’on apprend (la vie) davantage que l’on s’instruit, un lieu comme d’autres du pays qu’il vaudrait mieux éviter mais qui échappe à tout contrôle. Le corps enseignant y sévit en toute impunité, l’arabe rentre à coups de règle sur les doigts, et les humiliations ne sont pas réservées à la cour de récréation. Quant à la violence, elle ne se limite pas ce qu’on appelle « école »…

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Une nouvelle réussite.

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Allary Editions, juin 2015, 160 pages, 20,90€

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L’Arabe du futur, tome 1

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Les échoués, Pascal Manoukian

Présentation de l’éditeur :

Les-echoues-jpg_3010637« Le chien était revenu. De son trou, Virgil sentait son haleine humide. Une odeur de lait tourné, de poulet, d’épluchures de légumes et de restes de jambon. Un repas de poubelle comme il en disputait chaque jour à d’autres chiens depuis son arrivée en France. Ici, tout s’était inversé, il construisait des maisons et habitait dehors. Se cassait le dos pour nourrir ses enfants sans pouvoir les serrer contre lui et se privait de médicaments pour offrir des parfums à une femme dont il avait oublié jusqu’à l’odeur… »

1992. Lampedusa est encore une petite île tranquille et aucun mur de barbelés ne court le long des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Virgil, le Moldave, Chanchal, le Bangladais, et Assan, le Somalien, sont des pionniers. Bientôt, des millions de désespérés prendront d’assaut les routes qu’ils sont en train d’ouvrir.
Arrivés en France, vivants mais endettés et sans papiers, les trois clandestins vont tout partager, les marchands de sommeil et les négriers, les drames et les petits bonheurs.

Chanchal est arrivé du Bangladesh caché dans un camion-citerne. Virgil a fui la Moldavie après l’éclatement du bloc communiste, et désormais, tel une bête sauvage, il vivait dans les bois. Assan est parti de Mogadiscio avec Iman, sa fille excisée, mutilée, déguisée depuis en garçon, dans la benne d’un camion, avant de voguer au large du Yémen le temps d’une traversée longue des 296 kilomètres qui séparent les côtes libyennes de l’île de Lampedusa, ces 296 kilomètres qui séparent l’Afrique sans espoir de l’Europe de toutes les attentes.
Ces êtres venus du chaos partent à la recherche de leur Amérique, porteurs des espoirs de tous ceux qui ne partent pas – uniques porteurs. Sacrée responsabilité. L’exode prend des allures de « course d’obstacles entre désespérés ». Mais il existe d’autres façons de survivre qu’en piétinant les autres, et c’est ce que cette poignée de personnage va apprendre, avec courage et patience, dans de remarquables démonstrations d’humanité.

Dans ce premier roman au thème particulièrement fort et qui, treize ans plus tard, est plus que jamais d’actualité, Pascal Manoukian met en scène les rêves illégaux, ces grammes d’humanité qu’on sème en route, perdus à jamais, et la vie nouvelle dans la clandestinité, cet état où tout est menace, où l’on risque à chaque pas le retour à la case départ. Il met en scène les rares appels au pays, au cours desquels d’un côté comme de l’autre on enjolive la situation, la solitude, des heures, des jours qui passent sans avoir quiconque avec qui échanger une parole, et la quête ultime – celle de l’affranchissement.

Manoukian est journaliste, il a témoigné dans de nombreuses zones de conflits. Son roman est aussi le récit des politiques d’accueil et d’immigration de l’Europe, de la France, et le portrait de ces proxénètes de la sueur, négriers de la misère, de la clandestinité et de l’espoir pour lesquels les hommes ne sont pas moins qu’autre chose une marchandise.

Un roman coup de poing qui révèle des ombres qu’on ne voit pas, mais que Pascal Manoukian parvient à faire formidablement exister.

Lu dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire de Price Minister #MRL15

Lecture commune avec Martine

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Éditions Don Quichotte, août 2015, 304 pages, 18,90 euros

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Toute la rentrée littéraire 2015

Tous les premiers romans

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Errances :

« Croiser leur regard, c’était déjà mourir. » (page 21)

« La géographie modèle les caractères. » (page 32)

« Avant de sauter le pas, Chanchal avait tout envisagé du voyage : la crasse, la peur, la violence des passeurs, les vols, la faim, la cupidité, les risques de noyade, les poux, la gale. Pas cette solitude-là. » (page 37)

« C’était à chaque fois pareil, personne ne comprenait rien. Les hindous devaient être indiens, les musulmans arabes et les Noirs africains. » (page 40)

« Côtes, bleus, fractures, plaies : tout se répare avec de la souffrance et du temps – mais pas les dents. » (page 43)

« L’obscurité, c’est la première chose à laquelle doit s’habituer un clandestin : vivre loin des lumières, dans la pénombre, à la marge, en arrière-plan. Ne jamais attirer l’attention pour ne jamais s’attirer les ennuis. » (page 45)

« Trois choses importent quand on est clandestin. Conserver de bonnes dents pour se nourrir de tout, avoir des pieds en bon état pour être toujours en mouvement, se protéger du froid et de la pluie pour rester vivant. Le reste est superflu. » (page 47)

« On croise trop d’injustices pour s’apitoyer sur chacune d’elles, trop de morts pour les enterrer tous. » (page 55)

« Les gens d’ici n’appréciaient pas assez l’asphalte : ils le considéraient comme un dû. » (page 64)

« Il s’adaptait à la forêt comme il s’était adapté aux années de communisme, aux hivers en Sibérie et à la misère. » (page 84)

« Les animaux et les clandestins ont des besoins communs : vivre cachés au milieu des vivants, à proximité d’une source d’eau et de deux lignes de fuite. » (page 84)

« Désormais, son dictionnaire remplaçait le Coran. » (page 108)

« Chaque fois qu’un clandestin réussissait à entrer en Europe, dix nouveaux prenaient la route et cent préparaient leurs sacs pour Chypre ou l’Italie. » (page 132)

« On ne pouvait demander aux assoiffés de vivre près d’une source sans venir s’y désaltérer. » (page 132)

« Même si tous les poissons avaient soif en même temps, ça ne viderait pas l’océan. » (page 133)

« Tous les hommes à bord trimballaient leurs propres cauchemars. » (page 151)

« Un tigre est un tigre, même à l’intérieur d’une cage. » (proverbe afghan, page 172)

« Seul le sommeil leur rendait la liberté. » (page 183)

« Dieu a inventé les mères parce qu’il ne peut être partout. » (proverbe juif, page 192)

« Chaque nouvel obstacle lui faisait presque regretter le précédent. » (page 195)

Les chiffres, « quand on sait les faire parler, [sont] le meilleur rempart contre la bêtise et l’ignorance. » (page 202)

« Des hommes alignés sur la même ligne de départ mais pas sur la même piste. » (page 206)

« Les Français ne se rendaient pas compte du bonheur de vivre dans un pays achevé. » (pages 209-210)

« Iman sentit une chaleur autre que celle du soleil. » (page 217)

« Personne ne souhaitait la fin des filières, tout le monde espérait seulement tomber sur la bonne. » (page 233)

« Ça ne s’arrange que pour les morts. » (page 253)

« Il ne fallait jamais forcer la beauté. » (page 258)

« Personne ne peut passer sa vie à vivre pour les autres. » (page 274)

Voyage au bout du livre #5 : Reconstruire l’identité littéraire d’une maison installée depuis 1852

SA-voyage-au-bout-du-livreVoyage au bout du livre, c’est le titre de l’une des rubriques que je propose désormais sur la plateforme Les Nouveaux Talents.

De l’éditeur au traducteur en passant par les animateurs d’atelier d’écriture, la rubrique Voyage au bout du livre est un patchwork de tous les métiers qui accompagnent le manuscrit jusqu’à ce qu’il devienne un livre.

Comment donner un coup de jeune à des collections installées ? Comment faire souffler un vent nouveau dans un port littéraire bien établi ? Lisa Liautaud, 32 ans, nous raconte comment son dynamisme se répand au sein d’une maison française historique, les éditions Plon, et nous livre sa vision de l’accompagnement des romanciers.
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Établir des lignes éditoriales claires et cohérentes avec l’identité de la maison et trouver les gemmes à mettre dans l’écrin

Mon arrivée chez Plon en juillet 2014 était en fait un retour : j’y avais fait mes premières armes comme assistante d’édition, avant de m’occuper de la communication à la Fondation Jean-Jaurès. Retour donc, pour reprendre la fiction française dans cette maison que je connaissais bien.

 

Lisa Liautaud (c) JL

Lisa Liautaud (c) JL

Etape 1 (été 2014) : définir avec Vincent Barbare, PDG d’Edi8, et Muriel Beyer, directrice éditoriale de Plon, la feuille de route pour remplir ma mission – reconstruire une identité littéraire dans cette maison plus connue pour ses essais et ses docs. Mon idée était simple : établir des lignes éditoriales claires et cohérentes avec l’identité de la maison. En littérature (résolument) contemporaine : des romans qui explorent les failles et les bouleversements actuels, des textes très contemporains qui permettent de s’emparer du monde autrement et de se poser, par la fiction, des questions sur la réalité – une « évasion dans le réel ». ; côté romans historiques : développer la tradition de Plon (maison de Druon, de Benzoni…), de grandes fresques populaires avec une grande solidité historique, où le romanesque doit toujours primer sur l’Histoire ; poursuivre la collection « Miroir », dirigée par Amanda Sthers, dans laquelle sont publiés des romanciers déjà installés (Philippe Grimbert, David Foenkinos…). Un discours structuré, un plan de bataille. Trois lignes, trois chantiers menés de front, avec une attention particulière à la littérature contemporaine, qui supposait le plus de bouleversements (ligne éditoriale, charte graphique, fonctionnement) et pour laquelle nous nous étions fixé pour horizon la rentrée littéraire 2015.

Etape 2… (lire la suite)

A LIRE AUSSI SUR SOPHIELIT :

Voyage au bout du livre #1 : L’éditeur, passeur professionnel

Voyage au bout du livre #2 : L’atelier d’écriture, aiguillon pour l’imagination

Voyage au bout du livre #3 : Le traducteur, garant de la vérité du texte

Voyage au bout du livre #4 : L’accompagnement éditorial, du manuscrit à l’objet-livre

Tous les articles de la rubrique « Les Nouveaux Talents »

Courir après les ombres, Sigolène Vinson

Présentation de l’éditeur :

Courir après les ombresDu détroit de Bab-el-Mandeb au golfe d’Aden, Paul Deville négocie les ressources africaines pour le compte d’une multinationale chinoise.
De port en port, les ravages de la mondialisation lui sautent au visage et au cœur la beauté du monde dont il ne peut empêcher la destruction. Les merveilles qui ne s’achètent pas ne risquent-elles pas de disparaître dans un système ou toute valeur se chiffre ?
Paul se met alors à chasser un autre trésor : les « écrits jamais écrits » d’Arthur Rimbaud – il veut le croire, le marchand d’armes n’a pas tué le poète. Inlassablement, il cherche. Trouvera-t-il plus que le soleil aveuglant, la culpabilité d’être et la fièvre ?

Paul Deville est un type « qui signe des contrats aux enjeux économiques considérables tout en s’imaginant que l’avenir de l’humanité réside dans les poèmes jamais écrits d’Arthur Rimbaud ». Un type qui court après les poètes tout en travaillant à l’installation de bases navales qui sont les éléments du collier de perles, un type qui allie le rêve au matérialisme et qui a choisi de « participer au modèle existant pour en précipiter la perte ».
A la recherche des écrits jamais écrits d’Arthur Rimbaud, il croise des personnages autant que lui en marge, quoique chacun bien à sa façon…

Après J’ai déserté le pays de l’enfance et Le caillou, Sigolène Vinson signe un troisième opus patronné par la difficulté d’être au monde. Entre ceux qui rejettent le profit, « cette quête d’argent qui se faisait contre le travail, les travailleurs et les êtres humains », celui qui souhaite attraper au moins le paludisme, cette fièvre fidèle, celle qui ne veut plus faire l’effort d’appartenir à ses contemporains, les regards que propose d’adopter l’auteur soulignent le caractère vain de nos existences passées à accumuler et à courir avant la mort et invitent à se recentrer sur l’essentiel – ce qui nous lie aux autres, ce qui nous fait hommes comme eux. La poésie en fait partie.
Un roman dont le rythme même impose de ralentir, servi par une sensibilité exacerbée et une colère exposée sans prosélytisme.

Sigolène Vinson, femme artisan d’une poésie ancrée dans le réel, met en scène les jeunesses trahies et les vies d’adultes non assumées, les destins des naufragés de la vie moderne à laquelle la poésie ne peut (presque) plus rien. Ces destins particuliers s’unissent au grand tout dans ce roman d’une Afrique mal aimée par l’Occident qui en a fait sa poubelle, qui appartient à ceux qui l’habitent autant qu’à ceux qu’elle habite.

Éditions Plon, août 2015, 208 pages, 17,90 euros

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Le caillou

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Sigolène Vinson, de la robe à la plume

Toute la rentrée littéraire 2015

Fragments :

« Paul a inventé cette histoire dans le seul but d’y croire. » (page 21)

« Dans leurs silences, dans leurs paroles trop rares ou trop folles, certains vieux sont des tyrans. » (page 24)

« L’Afrique ne savait rien des flocons. » (page 28)

« Les pleurs qui coulent des yeux de Paul sont des embruns. » (page 40)

« Une cargaison d’or n’évite pas les naufrages. » (page 41)

« Ses cheveux bouclés ont encore éclairci depuis qu’il l’a vue. Le soleil et le sel créent ainsi les sirènes. » (page 55)

« Mariam ne vit pas d’espoir, elle vit de poissons. » (page 60)

« Être chamelier en Afrique, ce n’est pas être prisonnier, c’est avoir forme humaine. » (page 63)

« L’exil est une course en solitaire et ceux qui se noient n’existent pas. » (page 86)

« Où est le bâton qui l’aidera à se relever ? » (page 89)

« Ils parcourent le globe sans savoir s’ils y sont. Or personne n’y est jamais. Les hommes se sont absentés du monde. » (page 91)

« Entendre sa langue natale à l’autre bout du monde, c’est comme rentrer au bercail. » (pages 92-93)

« Il a enfin trouvé quelque chose à faire de moins important que changer le monde. » (page 93)

« Ça ne sert à rien de dire à quelqu’un qu’on l’a attendu toute la nuit, parce que ce n’est jamais tout à fait vrai. On reste éveillé pour bien d’autres raisons, pour toutes les questions sans réponse que la nuit fait surgir. » (page 99)

« Une douleur qui s’appelle « mer », qui ne voudrait en être frappé ? » (page 102)

« Le monde n’attend plus que lui pour renaître. » (page 114)

« La vie est plus vivable quand on la passe à ne pas vouloir la changer. » (page 115)

« Ils s’en allaient à l’étranger pour que les choses soient toujours neuves. » (page 126)

« A travailler si fort, à mettre tant de joie et de conviction dans son travail, il lui semble avoir trouvé la bonne façon de vivre. » (page 134)

« Les somaliens savent que, si la mort n’est pas au bout d’une kalachnikov ou d’une famine, elle est dans un bidon radioactif. » (page 140)

Les 15 livres de Noël 2015

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Voici 15 livres importants dans mon année 2015. Comme, à défaut de croire encore au Père Noël, je ne cesse de penser qu’il n’est de cadeau plus original, plus personnel et plus personnalisé qu’un livre, je partage ici cette liste : qui sait, peut-être y trouverez-vous de quoi piocher et mettre sur vos listes à vous, ou directement sous le sapin !

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Cliquer sur les titres pour en savoir plus.

L’ordre ci-dessous n’en est pas un.

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Gift wrapped books for Christmas

Gift wrapped books for Christmas

  • Le Puits, Iván Repila : un premier roman inclassable autant qu’inoubliable qui voit deux jeunes frères tomber dans un puits qui ressemble à un mauvais rêve
  • Les insoumises, Celia Levi : un premier roman épistolaire qui met en scène l’insoumission et l’idéalisme au travers de deux héroïnes puissantes
  • Les corps inutiles, Delphine Bertholon : le roman d’une fascinante reconstruction et d’une reconquête de son enveloppe par une Clémence inoubliable
  • Le caillou, Sigolène Vinson : une femme qui se rêve rocher et les paysages de la Corse dans un écrin poétique et précieux que chériront tous les « rêveurs d’autre chose »
  • L’Arabe du futur, Riad Sattouf : le Moyen-Orient comme il n’avait jamais été raconté, un formidable roman graphique plein d’humour et de lucidité dont les deux premiers tomes sont disponibles
  • L’importun, Aude Le Corff : la mémoire des murs fait se rencontrer une nouvelle propriétaire et l’ancien habitant de sa maison dans un roman tout en sensibilité
  • Le facteur émotif, Denis Thériault : une fable poétique et drôle autour des haïkus et d’un facteur qui se risque au jeu dangereux de se faire passer pour un autre
  • L’enfant du séisme, Sophie Noël : un roman très court qui aborde le sujet de l’adoption avec l’arrivée mouvementée d’une petite sœur d’Haïti pour Flore, elle-même née à port-au-Prince
  • Et je danse, aussi, Anne-Laure Bondoux & Jean-Claude Mourlevat : roman épistolaire à l’heure de l’électronique, un échange de mails enlevé et trépidant
  • Je ne veux pas d’une passion, Diane Brasseur : un deuxième roman juste et délicat autour du cliché des points communs entre le père et l’homme aimé
  • In utero, Julien Blanc-Gras : un journal de grossesse au masculin, lecture parfaite pour tous les futurs papas qui paniquent et/ou s’interrogent
  • Max et les poissons : il ne devrait pas figurer là mais pourtant il ne pouvait en être autrement, tant ce livre est incontestablement le plus marquant de mon année – pour les rencontres et les belles surprises, les retours de lecture et la Comédie-Française, les courriers et les sélections, les projets et les émotions

 

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