Eldorado, Laurent Gaudé

Présentation de l’éditeur :

EldoradoGardien de la citadelle Europe, le commandant Piracci navigue depuis vingt ans au large des côtes italiennes, afin d’intercepter les embarcations des émigrants clandestins. Mais plusieurs événements viennent ébranler sa foi en sa mission.
Dans le même temps, au Soudan, deux frères (bientôt séparés par le destin) s’apprêtent à entreprendre le dangereux voyage vers le continent de leurs rêves, l’Eldorado européen…
Parce qu’il n’y a pas de frontière que l’espérance ne puisse franchir, Laurent Gaudé fait résonner la voix de ceux qui, au prix de leurs illusions, leur identité et parfois leur vie, osent se mettre en chemin pour s’inventer une terre promise.

 

 

Il y a Piracci, commandant à qui la fonction confère sur la vie des hommes un pouvoir dont il ne veut plus, et qui rêve que brille dans ses yeux l’éclat de la volonté qu’il a si souvent lu dans les yeux des migrants. Au même moment, il y a deux frères partis du Soudan, Jamal, malade, et Soleiman, qui porte des espoirs doublés.

Mais que l’on soit migrant ou commandant, quitter sa vie n’est pas si simple, et il peut s’écouler un temps infini avant que celui qu’on a été nous paraisse étranger – si tant est que cela se produise jamais…

 

Gaudé parle des émigrants et nous fait nous demander quand on leur a enlevé leur préfixe. Il raconte l’enclave de Ceuta et les gestes que l’on fait pour se sauver soi plus que pour sauver l’autre, pour pouvoir se supporter en tant qu’homme pour la suite de sa vie, après la sauvagerie qui entoure les grilles. Et ce qu’on laisse de soi et de son âme en passant de l’autre côté…

Il convoque Massambalo, dieu fantasmé des émigrants, pour que les hommes aient quelque chose à quoi se raccrocher.

Il dit, aussi, ce qu’il advient quand l’esprit abdique, quand la vie se retire et qu’on ne vit plus pour rien. Ce qu’il advient quand on choisit l’évanouissement au monde. Ce qu’on fait pour tenter d’encore appartenir à l’humanité.

 

Un grand roman, à l’écriture qui coule avec précision, découpé en courts chapitres dans un rythme très cinématographique, auquel il reste à ajouter des images qui, hélas, appartiennent à notre réalité.

 

Actes Sud, 2006, 240 pages, 19 €

 

En chemin :

 

« Nous n’osons plus. Nous espérons. » (page 61)

 

« Les hommes, sur le dos bombé de la mer, ne sont rien. » (page 71)

 

« Je veux savoir qu’un d’entre nous a échappé à la laideur de ces vies gâchées. » (page 93)

 

« Aucune frontière ne vous laisse passer sereinement. Elles blessent toutes. » (page 99)

 

« Il était vide et plein de silence. » (page 119)

 

« Je suis parti il y a sept ans. Chaque kilomètre parcouru durant ces sept années m’empêche à jamais de rebrousser chemin. » (page 133)

 

« Les passeurs, en me prenant tout ce que j’avais, me condamnent au voyage. » (page 133)

 

« Ils ne peuvent plus rien atteindre en moi. » (page 138)

 

« On ne fait pas ce métier si c’est pour essayer de sauver ceux qu’on arrête. » (page 138)

 

« Quitter sa vie demande beaucoup d’obstination. » (page 140)

 

« Les hommes ne sont décidément beaux que des décisions qu’ils prennent. » (page 141)

 

« Dans combien de vies peut-on être soi-même ? Dans combien d’existences qui n’ont rien à voir les unes avec les autres et sont peut-être même parfaitement antinomiques ? » (page 143)

 

« Nous sommes des hommes fatigués qui ne peuvent plus dormir. » (page 153)

 

« Le voyage impose ses épreuves et nous vieillissons à chacune d’elles. » (page 159)

 

« Une fois passés, nous ne pouvons plus être renvoyés. » (page 189)

 

« Il suffit d’un pied posé sur la terre derrière les barbelés, un petit pied pour connaître la liberté. » (page 189)

 

« Nous nous en remettons à Dieu parce que nous savons que nous ne pouvons pas compter sur nous. » (page 193)

 

« Je n’ai réussi que parce que d’autres ont échoué. » (page 223)

 

« Nous ne laissons rien derrière nous, qu’un manteau lourd de pauvreté. » (page 225)

 

« Il avait quasiment disparu de lui-même. » (page 230)

 

« Les hommes allaient peut-être continuer à mourir en mer, mais cela ne dépendait plus de lui. » (page 232)

 

« Il n’est pas de mer que l’homme ne puisse traverser. » (page 237)

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5 réflexions sur “Eldorado, Laurent Gaudé

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