Je ne lis pas d’auto édition

bodEnfin, le plus souvent.
Bien sûr, je l’ai déjà fait. Et plusieurs fois avec bonheur, dans des genres différents.
Mais les bons textes auto édités sont des aiguilles dans la botte de foin de la production globale. Et puis mon œil, qui souffre déjà trop des coquilles subsistant dans les textes relus et corrigés (combien de « grands » éditeurs sont passés de deux à un seul correcteur, ces dernières années ?), a du mal à supporter une relecture non professionnelle.
Par ailleurs, je sais quel rôle peut jouer un éditeur ; un rôle tout sauf accessoire pour un texte. Je ne crois pas que les maisons d’édition publient les mauvais textes de gens connus au détriment des bons textes d’anonymes. Je crois que le système est rodé, que le tamis fonctionne, qu’un bon texte jamais ne passe à la trappe – si tant est que son auteur se donne la peine de trouver l’éditeur, le seul peut-être (la maison, ou la personne) qui saura le considérer à sa juste valeur.

(ce qui n’empêche pas la publication de mauvais textes de gens connus)

.
Je n’ai rien contre l’auto édition. Que l’on veuille faire exister l’un de ses textes est légitime, cela relève d’une décision personnelle, je n’ai pas à en juger. Mais alors, que l’on ne l’impose à personne.

Je ne lis pas d’auto édition, et en plus, je suis discourtoise.
Je ne réponds plus depuis longtemps aux messages que je reçois quotidiennement pour me proposer un roman. Parce qu’ils me poussent à me justifier et que je n’en ai ni l’envie, ni le temps. Parce qu’ils m’horripilent, souvent – le roman m’est proposé comme un cadeau, voire une aubaine : l’occasion unique de découvrir une nouvelle plume, etc. Quand ils ne pèchent pas par un opportunisme indécent. Au lendemain des attentats de novembre, une inconnue m’envoyait ceci :

Bonjour Sophie,
Nous nous réveillons hébétés, les yeux bouffis.
Je n’ai perdu personne, et je me suis dit tout le week-end que c’était à nous, qui ne comptions pas de proches parmi les victimes, de célébrer la vie.
A nous de continuer à faire de la musique, à aller au cinéma, à parler littérature, peinture, culture.
Alors je me suis dit que je vous proposerais ce matin de vous faire parvenir *****, paru le mois dernier chez L’****.
Haut les cœurs!*

* En termes d’opportunisme, certaines maisons d’édition ont également fait fort – mais ce n’est pas le sujet ici.

Sans compter les messages qui implorent, s’il vous plaît, de me donner ma chance, moi que les médias boudent parce que je suis auto édité, moi à qui les maisons d’édition n’ont même pas daigné répondre, moi qui ai vécu des choses suffisamment difficiles pour ne pas que s’y ajoute le silence autour de leur récit, toi qui as un blog et, peut-être, le pouvoir d’enfin faire exister mon livre. Qui peut croire que la pitié est une incitation à la lecture ?

Test proposé par un blog BD, qui résume assez bien ma pensée :

Généralement, on choisit l’auto-édition parce que :

A – On a envie d’autonomie… de LI-BER-TÉ !!!

B – Son projet a été refusé par une ou plusieurs maisons d’édition !

(Rayez la mention inutile)

Puis, on décide quand même de continuer alors que les signaux étaient négatifs :

A – Parce qu’on pense être un génie incompris.

B – Parce qu’on retentera l’édition plus tard (sur un malentendu, on peut conclure) !

C – Parce qu’on est fêlé du bocal…

(je maintiens : l’auto édition est un choix respectable, il y a de bonnes raisons à (presque) tout, mais il s’agit de prendre ses responsabilités)

livres___edite_yourself___9696_north_584x0Tenir un blog est un loisir, personne ne me l’a demandé, personne ne m’oblige à continuer, je m’y astreins par goût du partage, par enthousiasme pour les échanges que cela procure. Cela ne me rapporte pas d’argent, cela me coûte du temps – parce que je le veux bien. Mon plaisir est d’y parler de ce que je veux, comme je le veux, quand je le veux.
Et je lis par envie, je choisis un livre parce qu’il m’attire – son titre, son sujet, son résumé, son auteur, sa couverture -, parce qu’il me fait la promesse que je vais passer un bon moment. Pas pour aider quiconque. Je lis des amis, volontiers, souvent, avec plus ou moins de plaisir. Mais je lis avant tout pour moi. Comme tout le monde. La lecture est un acte intime, personnel. Égoïste.
Et je continuerai à partager ici mes avis.

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138 réflexions sur “Je ne lis pas d’auto édition

  1. Je comprends ce billet, j’aurais pu écrire ces lignes il y a quelques années.

    Et puis, il y a 6 ans, j’ai été éditée par une petite maison associative qui n’avait ni les moyens, ni l’envie de se transformer en publicitaire. J’ai reçu malgré tout de très belles critiques, plus qu’encourageantes et j’ai eu conscience de la chance que j’avais même si je vivais cette aventure à une bien petite échelle.

    La maison d’éditions a disparu de façon soudaine et tragique avec la mort de son président. Le dernier exemplaire du recueil dans lequel se trouvaient mes nouvelles prenait la poussière sur mon étagère. J’ai tenté, en vain, d’autres éditeurs pour les faire revivre, et puis je me suis lancée en auto-édition, en format e-book. Elles ont une seconde vie, elles sont lues et aimées. Et j’ai gagné la confiance nécessaire pour finir d’autres écrits qui dormaient dans mon ordi (et changé de point de vue sur l’auto-édition). Reste à savoir par quel biais elles paraîtront, je ne suis (plus) fermée à quoi que ce soit…

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  2. Article intéressant avec beaucoup de vérité. J’adore le fait qu’il y ait ce mot LIBERTÉ qui ressort ici. Perso je lis ce que je veux (édité ou auto-édité), tant que le livre m’intéresse. Alors lorsqu’un auteur me contacte pour un SP, qu’il sorte de la meilleure maison d’édition ou qu’il soit auto-édité m’importe peu. Si le livre m’attire, je le lis, sinon je ne lis pas, au mieux je me garde de répondre. Je suis tout à fait d’accord avec toi sur tout ce que tu as dit. Je trouve juste que mettre une barrière devant tous les livres auto-édités juste à cause de leurs méthodes non conventionnelles ou à cause d’un bain de coquilles suite à une lecture antérieure (j’en ai vu rassure toi et j’avoue que c’est decevant) est un peu limite. Je suis conscient qu’il s’agit de choix mais ce serait quand même mieux de tamiser si tu veux, trier par rapport à tes goûts et tout (juste une suggestion)… je ne sais pas , mais mettre une croix définitive est quand même un peu trop noon? d’autant plus qu’il y a quand même de bonnes découvertes à faire. Sinon, moi je suis d’accord et apprécie la franchise de ton article, et définitivement contre les auteurs qui harcèlent littérallement les bloggeurs. En tou cas, pour mon nouveau blog, je trie à souhait mes lectures et personne ne peut m’imposer quoi que ce soit. Merci encore pour ce billet

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