Bellevue, Claire Berest

Présentation de l’éditeur :

BellevueAlma se réveille à quatre heures du matin. Dans un hôpital psychiatrique.

Deux jours plus tôt, elle fêtait ses trente ans. Écrivain prometteur, Alma est une jeune Parisienne ambitieuse qui vit avec Paul depuis plusieurs années ; tout lui sourit. Et, d’un coup, tout bascule. Son angoisse va l’emporter dans une errance aussi violente qu’incontrôlable et la soumettre à d’imprévisibles pulsions destructrices.

Que s’est-il passé pendant ces quarante-huit heures ?

 

Il y a la rencontre entre Alma, jeune femme malheureuse dans un couple dont elle n’arrive pas à sortir, qui se raccroche à sa mythologie – ce n’est pas suffisant – et l’écrivain Thomas B., animal « nourri malgré lui par sa notoriété ». Il y a l’alcool pour horizon, et Alma qui n’est plus elle-même – ou qui l’est complètement, enfin.

Alma qui atterrit à Bellevue, ce lieu où les êtres échoués n’osent soutenir le regard les uns des autres derrière le bouclier des médicaments, ce lieu « où chacun est seul bien que très entouré, « ce lieu où l’on se retrouve quand on s’est perdu de vue ». Ce lieu sans après.

Entre temps, Alma s’est perdue. Et quand on est perdu, comment résister à la tentation du saccage ? Et peut-on vraiment se débarrasser de soi-même ?

 

Oui, j’écris, oui, des projets, oui, célibataire, oui, nouvel appartement, oui, dernier livre très contente, oui, j’ai maigri, oui, en forme, oui, j’ai lu Houellebecq.

 

Dans ce roman qui se lit en apnée, dans un seul souffle, Claire Berest questionne le fait d’avoir 30 ans, cet âge où l’on est « jeune et vieille en même temps », et où l’on peut être tenté de devenir fantôme, tout en interrogeant la capacité qu’a l’être humain à faire taire sa mémoire – une capacité parfois salvatrice.

C’est une peinture de l’après-jeunesse déboussolée, de la folie qui guette, tapie dans l’ombre, et se nourrit de ce qu’elle peut, du couple qui parfois englue au point de rendre impossible tout sursaut, et aussi d’un certain milieu littéraire qu’on est autorisé à fuir pour se préserver. C’est brut, déroutant, cynique, inattendu.

Il est des journées que l’on vit comme des îles. Les deux que raconte Claire Berest dans son saisissant roman sont de celles-là.

 

Éditions Stock, janvier 2016, 198 pages, 17,50 €

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Brisures :

« Les couples peuvent être lâches, chaque membre préférant attendre que l’autre déclenche les hostilités, pour ne pas être l’instigateur de la brisure du calme. » (page 27)

« Je me suis rendue floue. » (page 31)

« J’ai écrit un livre comme on tombe d’une chaise, en se faisant mal et sans réfléchir. » (page 33)

« Écrire est anticapitaliste. » (page 34)

« Je fume comme si tirer sur cette tige encore et encore me réalisait. » (page 62)

« Le Valium suspend le libre arbitre. » (page 80)

« Il n’y a jamais un seul fautif quand les couples se désagrègent. » (page 87)

« Les couples éclatent sur des points d’achoppement inattendus. » (page 88)

« Nous n’avons rien pu nous dire, ou alors tout, ce qui revient au même. » (page 93)

« Je me suis mise en pause de la vie. » (page 98)

« Être habillée du même vêtement jour et nuit contribue à annihiler la notion du temps. » (page 119)

« Elle était épuisée par son job alimentaire, qu’elle endurait afin de nourrir sa vocation, vocation à laquelle elle n’avait pas de temps réel à accorder, ruinée par l’investissement de son job alimentaire. Sacerdoce artistique. » (page 140)

« Combien de temps peut-on rester ensemble en ayant cessé de s’aimer ? » (page 142)

« A trente ans l’homme ou la femme qui t’accompagne depuis quelques années permet aux autres de t’identifier. » (page 145)

« Dire que l’on va bien en toutes circonstances, ce n’est pas de l’hypocrisie, ce serait plutôt de la pudeur. » (page 178)

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5 réflexions sur “Bellevue, Claire Berest

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