La vacation, Martin Winckler

Présentation de l’éditeur :

La vacation«Tout en surveillant les mouvements du rideau, tu rabats les feuillets et tu poses le dossier derrière toi sur la paillasse.
Tu attends, les bras croisés, le bassin calé contre le plan carrelé, et parfois avec un peu d’impatience, que la femme se soit dévêtue et qu’elle apparaisse enfin en longue chemise de nuit ou en robe légère.
– Venez, Madame.
Tu lui souris, tu fais deux pas dans sa direction ; tu l’invites à s’approcher.»

Bruno Sachs, médecin généraliste, pratique des avortements lors de vacations hebdomadaires dans un hôpital.

Le premier roman de Martin Winckler.

 

Avec l’aveuglement de sa jeunesse, les hésitations de sa petite expérience, les maladresses du manque de distance, ce jeune médecin raconte. A l’hôpital où il fait ses vacations, on est priés de déposer ses armes ses larmes à l’entrée du service. Le narrateur a besoin de l’écriture pour préciser les contours des gestes ; « les exposer, sans pour autant trahir leur vérité ».

Le bon docteur Sachs écrit pour digérer

Les craintes, les courbatures, la fatigue, l’agacement devant les patients revendicatifs

Épuiser la colère

Pour entendre, parfois pour la première fois, les mots qui ont été dits

Et les comprendre.

 

De ses journées, le bon docteur Sachs se venge la nuit en crachant de l’encre.

 

Les variations du baromètre intérieur de Sachs nous le rendent familier et attendrissant. Derrière lui se dessinent aussi, plus ou moins nettes, les ombres de toutes ces dames qui ont choisi de ne pas garder cet enfant parce que.

 

Pour ce premier roman, Martin Winckler propose un anti-journal servi par une écriture nerveuse qui rend compte des humeurs traversées, de l’absence de répit laissé par l’enchaînement des consultations, une écriture fourre-tout qui tente de circonscrire un périmètre trop large pour la page, pour la plume, car il y a les émotions personnelles – celles de la patiente celles de l’agente celles de l’homme ou de la sœur qui parfois accompagne -, les émotions de l’instant et celles qu’on a trimballées jusque là, et le matériel, et le décor, et l’administratif, tout cela trop large, trop grand, trop pour la page, pour la plume.

Mais ainsi c’est la vie que Martin Winckler retranscrit. C’est là son projet. Et c’est réussi.

 

Si l’on adhère, on a en refermant La vacation la certitude qu’on lira tout de lui.

(J’adhère. Ceci est une déclaration.)

 

Folio, 2014, 224 pages, 6, 40 euros

 

A lire aussi sur Sophielit :

Le chœur des femmes

Tous les premiers romans

Bruits de couloir :

 

« Ton livre ne se vend que parce qu’il étanche la soif d’atrocités de tes congénères. » (page 158)

 

« La douloureuse vocation de l’artiste comme témoin est une bien piètre justification. » (page 159)

 

« Écrire est un acte de pouvoir. » (page 164)

 

« Au détour d’une page dactylographiée, les mots te font signe d’avancer. » (page 181)

 

« Écrire, c’est tuer quelque chose en soi pour pouvoir continuer à vivre. » (page 205)

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