Ce que j’appelle jaune, Marie Simon

Présentation de l’éditeur :

 

JauneUn enfant à naître, omniscient et audacieux, s’adresse à sa mère. Il a décidé de sa propre conception, et compte bien modifier le cours des choses et la vie de celle qui le porte. Pour la jeune femme qu’il a élue, aux prises avec une enfance douloureuse et des déceptions récurrentes, cette grossesse provoque une onde de choc. Mais l’enfant-surprise est intrépide, et depuis le ventre qui l’abrite, il crée la mère à son image.

La détermination, la (re)naissance et l’espoir sont les motifs de ce voyage immobile  : la venue au monde du fils engendre la libération de la mère et ce sont deux êtres qui verront le jour ensemble. Ce que j’appelle jaune devient alors métaphore du processus d’écriture  : le bébé anime la mère comme le verbe donne naissance à l’écrivain.

 

 

Depuis son cocon silencieux, depuis sa quasi-immobilité aqueuse, depuis ce ventre qui est « [sa] première cabane et [son] livre d’histoires », un bébé s’adresse à celle qui le porte. Le bébé est un petit garçon. Il a attendu des années pour être « simplement envisagé par elle » ; désormais, il sait que rien ne lui sera impossible.

Dans les lumières et les couleurs qu’il perçoit, filtrées, aléatoires, il aime le jaune – ce qu’il appelle jaune. Ce jaune qui représente pour lui la beauté de la lumière du dehors.

 

La mère est un bateau fragile. L’enfant l’amarre. En même temps qu’il lui apprend la patience. Elle l’espérait mais ne l’attendait pas. Elle l’a laissé s’installer mais c’est lui qui l’a élue. Ce bébé est un trésor. Peut-être même qu’il va la sauver.

Car la femme qui porte ce bébé est d’une famille dans laquelle on ne sait pas être mère. Alors, avec l’enfant arrive la tranquillité.

 

Le lecteur assiste, fasciné, à ce voyage immobile. Dans une écriture nerveuse, parfois violente, Marie Simon relate, esquisse ou crache tout ce dont il faut se défaire pour pouvoir accoucher – donner la vie, dit-on sans bien savoir, de la mère et de l’enfant, qui la donne à qui.

C’est une grossesse racontée de l’intérieur par un être sans visage, sans voix, qui rapporte le plus grand mystère depuis la nuit des temps – qui n’est peut-être pas celui qu’on croit.

 

Et, au fil des pages, l’enfant fait naître la mère.

 

En filigrane plane Peter Handke, dont je ne résiste pas à partager à nouveau ce passage fétiche extrait de Par les villages :

Joue le jeu. Menace le travail encore plus. Ne sois pas le personnage principal. Cherche la confrontation. Mais n’aie pas d’intention. Évite les arrière-pensées. Ne tais rien. Sois doux et fort. Sois malin, interviens et méprise la victoire. N’observe pas, n’examine pas, mais reste prêt pour les signes, vigilant. Sois ébranlable. Montre tes yeux, entraîne les autres dans ce qui est profond, prends soin de l’espace et considère chacun dans son image. Ne décide qu’enthousiasmé. Échoue avec tranquillité. Surtout aie du temps et fait des détours. Laisse-toi distraire. Mets-toi pour ainsi dire en congé. Ne néglige la voix d’aucun arbre, d’aucune eau. Entre où tu as envie et accorde-toi le soleil. Oublie ta famille, donne des forces aux inconnus, penche-toi sur les détails, pars où il n’y a personne, fous-toi du drame du destin, dédaigne le malheur, apaise le conflit de ton rire. Mets-toi dans tes couleurs, sois dans ton droit, et que le bruit des feuilles deviennent doux. Passe par les villages, je te suis.

 

Éditions Léo Scheer, janvier 2016, 204 pages, 18 euros

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Échos :

 

« Je porte l’enfance ratée qu’elle a remisée pour que son corps accepte de m’accueillir. » (page 18)

 

« Une rivière, ça se remonte. » (page 20)

 

« S’entendre assez pour couvrir le brouhaha des autres. » (page 34)

 

« Une minute plus tôt elle n’était pas enceinte. » (page 49)

 

« Je suis une famille neuve. » (page 68)

 

« Nous n’avons pas besoin de renoncer à ce que nous sommes individuellement pour devenir une famille et un début de lignée. » (page 69)

 

« C’est le monde qui s’adapte à cet enfant, même s’il arrive après. » (page 87)

 

« Il y a des histoires dont on sait tout de suite qu’elles ne finiront pas bien. » (page 89)

 

« Il ne connaît pas la peur, dont il ne voit pas l’intérêt. » (page 120)

 

« La présence de l’enfant vers ce qu’elle ne veut pas voir et auquel elle rêvait d’accéder. » (page 122)

 

« L’enfant sera le message et elle le coursier. » (page 137)

 

« Ses rires sont nos secrets. » (page 145)

 

« Je défie la pluie, l’orage et ma naissance. » (page 158)

 

« Je serai la vague qui déborde et elle sera d’accord. » (page 168)

 

« Je l’ai choisie et elle m’a reconnu. » (page 196)

 

« L’aventure n’est pas d’être seul, non, l’aventure est d’être deux. » (page 197)

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4 réflexions sur “Ce que j’appelle jaune, Marie Simon

  1. Pingback: Pourquoi écrivez-vous, Marie Simon ? | Sophielit

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