Traité du débutant, Jean Prévost

Présentation de l’éditeur :

Traité du débutantDans une édition de 1929, on pouvait lire en postface aux Conseils aux jeunes littérateurs de Charles Baudelaire, un Traité du débutant signé Jean Prévost. L’auteur, pourtant jeune, a déjà une bonne connaissance du milieu des Lettres. Inspiré par les maîtres à penser que furent pour lui Montaigne et Stendhal, fort de son expérience, il conçoit ici un petit exercice de style, drôle et très moderne. Adoptant un ton délibérément ironique, il distille, comme l’a fait Baudelaire, ses conseils en de brefs avertissements. Jean Prévost a déjà beaucoup écrit, bien vécu, et il adresse ses propos illustrés d’anecdotes et de références aux amoureux de l’écriture, de la littérature, de la vie. Car si ce traité, est un guide du savoir écrire, il est aussi un guide du savoir vivre : « Pour réussir une belle œuvre, ce n’est point à l’œuvre qu’il faut se consacrer exclusivement, c’est à soi-même. »

Une friandise, voilà ce qu’est ce petit Traité. Jean Prévost y évoque la vanité des auteurs, qui les pousse à accepter d’être publié sans recevoir d’argent en retour ; la gloire, cette maladie. Il recommande l’insubordination et conseille de fuir les mondanités comme le narcissisme et tout ce qui menace la vocation. Il y dépeint le milieu des Lettres qui s’élevait contre la bourgeoisie au XIXe siècle, qui s’en est fait une complice ensuite – aujourd’hui, 85 ans après l’écriture de ce Traité, le milieu des lettres et la bourgeoisie de plus en plus souvent se confondent. Pour Prévost, ami de Mauriac et de Saint-Exupéry, le public des vrais lettrés ne dépasse pas 600 âmes en France (mais on en compte 6 000 « qui agissent comme s’ils étaient lettrés »).

Évidemment, certains conseils datent – ceux portant par exemple sur la forme du manuscrit, de préférence tapé à la machine plutôt que manuscrit. Mais la plupart restent délicieusement d’actualité. Ainsi, une fois le texte accepté, Prévost déconseille d’écrire une préface (puisque personne ne les lit). Tout comme il déconseille de dédier le livre à l’être aimé, des fois que celui-ci ait changé entre l’écriture et la parution…
Et ce formidable conseil d’ « ajouter de la concision »…

Jean Prévost, rappelle son fils Michel dans la postface, croyait au travail, pas au génie. Les parents  de Michel se sont d’ailleurs rencontrés dans une librairie.

A mettre entre toutes les mains qui tiennent un stylo ou tapent sur le clavier, ce Traité est, comme l’affirme Jérôme Garcin dans la préface, un guide du bien-vivre plutôt que du bien-écrire. Et tout commence par là.

Préface de Jérôme Garcin
Le Passeur, 1996, 120 pages, 75 francs

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Première ligne, Jean-Marie Laclavetine

Propos :

« La plupart des vocations [d’écrivain] n’ont que des causes occasionnelles. » (page 17)

« Jamais le désir de gloire ne va sans jalousie. » (page 18)

« Il y a toujours eu crise, de tous les genres, pour tout ce qui est invendable. » (page 30)

« Les gens qui se présentent chez les éditeurs devraient deviner qu’il s’y présente beaucoup de fous, et conclure d’eux-mêmes que les propos sensés et une mise décente sont plus nécessaires là qu’ailleurs. » (page 34)

« Traduire trompe l’appétit d’écrire, comme mâcher de la gomme trompe la faim. » (page 37)

« La publicité vient au secours du succès. » (page 44)

« La hâte que ce siècle a voulu mettre en toutes choses, il l’a mise aussi dans sa lecture. » (page 49)

« Étant donné que le public est bête, tout grand et immédiat succès d’une belle œuvre est le fruit d’un malentendu. » (page 51)

« Si vous voulez uniquement vous enrichir, ce n’est pas une bien bonne spéculation que de faire de mauvais romans. Faites plutôt du mauvais théâtre. » (pages 59-60)

« Si vous voulez en vivre [des Lettres], tâchez, avant de faire ce plongeon, de tenir en réserve de quoi subsister un an. » (page 80)

« Aujourd’hui nous trouvons les lettres de Flaubert meilleures que ses livres. » (page 93)

« Tout écrivain qui s’est ennuyé en écrivant ennuie. » (page 93)

« Pour réussir une belle œuvre, ce n’est point à l’œuvre qu’il faut se consacrer exclusivement, c’est à soi-même. » (page 95)

« Dans l’éloge d’un caractère, louer le talent serait piper les dés. » (page 107)

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