Les Cahiers d’Esther, Riad Sattouf

Présentation de l’éditeur :

 

couvertures-esther-pantone-rvbÉcrits d’après les histoires vraies d’Esther A. (les noms des vraies personnes ont été modifiés), Les Cahiers d’Esther nous plongent dans le quotidien d’une fille de 10 ans qui nous parle de son école, ses amis, sa famille, ses idoles.

Que sont Tal, Kendji Girac ou bien les têtes brûlées ? Quels sont les critères de beauté que doivent avoir les garçons et les filles pour être populaires ? Comment fait-on quand on a des copines plus riches que soi ? Qu’est-ce que le petit pont massacreur ? Comment les attentats du 7 janvier ont-ils été vécus dans la classe d’Esther ? Comment faire quand on a peur d’avoir des gros seins ?

couvertures-esther-pantone-rvb - CopieEn cinquante-deux pages qui sont autant de saynètes sur un thème à chaque fois différent, Esther nous raconte sa vie et son époque. Ce qu’elle ne dit pas à ses parents, elle le raconte dans ce journal intime, tour à tour drôle et émouvant, tendre et cruel : un portrait de la jeunesse d’aujourd’hui et un miroir de notre société.

 

 

Esther ecoleRiad Sattouf s’illustre par la justesse de son regard porté sur la jeunesse, qu’il s’agisse de la sienne ou de celle des autres. Il a rencontré Esther, la fille d’amis, et l’a écoutée. Des histoires qu’Esther lui raconte, il fait des planches, prépubliées dans L’Obs. Ces cahiers reprennent les 52 planches de l’année des 10 ans d’Esther, que Riad Sattouf a pour projet de suivre jusqu’à ses 18 ans.

Esther a des préoccupations tellement liées à son temps qu’elles ne sauraient s’inventer. C’est ce qui rend ce roman graphique fascinant. L’album est drôle, mais parfois aussi consternant. Le syndrome du « c’était mieux avant » guette…

 

C’est une expérience à laquelle nous convie Riad Sattouf en nous faisant assister à l’évolution de cette Esther totalement ancrée dans son époque. Ces Cahiers se dégustent de façon fractionnée et nous donnent à comprendre l’évolution des mœurs dans la cour de récré.

Peut-on proposer meilleur baromètre de la jeunesse d’aujourd’hui ?

 

Allary éditions, janvier 2016, 56 pages, 16,90 €

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L’Arabe du futur, tome 1

L’Arabe du futur, tome 2

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Esther plage

Guide pratique à l’usage des écrivains qui veulent (très) bien faire sans (trop) se fatiguer, Guillaume Lacotte

 

 

Présentation de l’éditeur :

1507-1Roman de guerre

Trouvez une formule qui aurait pu choquer il y a quatre-vingts ans mais qui passera totalement inaperçue aujourd’hui (et n’oubliez pas d’imiter Céline du mieux que vous pouvez) :

La guerre est une porcherie : dégueulasse !… puante !… et remplie de fange et de cochons !

 

Roman de science-fiction

Un titre de SF se compose de la façon suivante : Le/La [mot 1] de [mot 2]. Pour le mot 1, choisissez entre Trône, Terre et Tour. Pour le mot 2, entre Feu, Fer et Glace. Si vous obtenez La Planète des Singes, c’est qu’il y a eu un problème quelque part.

 

La littérature est une chose trop sérieuse pour qu’on ne puisse se moquer d’elle. Autofiction, biographie, roman de plage, pamphlet, thriller… Plus de trente genres littéraires sont passés au crible avec un brin de dérision et une pointe de cocasserie. L’écrivain en mal d’inspiration n a plus qu à se servir ! (Sans rire.) Des éditeurs aux critiques en passant par les lecteurs, ils n attendent que ça.

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L’écrivain à l’épreuve du quotidien #4 : Écrire et lire les manuscrits des autres

SA-lecrivain-a-lepreuve-du-quotidien-1024x302L’écrivain à l’épreuve du quotidien, c’est le titre de l’une des rubriques que je propose sur la plateforme Les Nouveaux Talents.

Un écrivain ne devrait pas faire les courses… il faut pourtant bien qu’il mange ! Dans cette rubrique, rencontre avec des écrivains qui se livrent sur la place de l’écriture dans le quotidien… et la place du quotidien dans l’écriture !

On a beaucoup parlé de la romancière à l’occasion de la rentrée littéraire (Les Enfants de chœur de l’Amérique, éditions Anne Carrière). Quand elle n’écrit pas, Héloïse Guay de Belissen lit… les manuscrits des autres. Lectrice pour des maisons d’édition, elle organise son quotidien de façon à conjuguer écriture et contraintes matérielles, et trouve un espace pour écrire dans la musique qu’elle écoute. Rencontre.
 .

Entre la vie matérielle jouable et le sourire aux lèvres chaque matin, j’ai choisi les deux

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Brillante, Stéphanie Dupays

Présentation de l’éditeur :

brillanteClaire est une trentenaire comblée. Diplômée d’une grande école, elle occupe un beau poste dans un groupe agro-alimentaire où elle construit sa carrière avec talent. Avec Antonin, cadre dans la finance, elle forme un couple qui est l’image du bonheur parfait. Trop peut-être.

Soudain, Claire vacille. Au bureau, sa supérieure hiérarchique lui tourne ostensiblement le dos, de nouvelles recrues empiètent sur ses dossiers, elle se sent peu à peu évincée. Après une phase de déni, Claire doit se rendre à l’évidence : c’est la disgrâce.

Elle qui a tout donné à son entreprise s’effondre. Claire va-t-elle réussir à exister sans «briller»?  Que vont devenir ses liens amicaux et amoureux fondés sur un même idéal de réussite?

Satire sociale grinçante, Brillante traite de la place qu’occupe le travail dans nos vies, de la violence au travail – et notamment de celle faite aux femmes, et de ses répercussions intimes.

Stéphanie Dupays est haut fonctionnaire dans les affaires sociales. Brillante est son premier roman.

 

Pour Claire, la réussite est une question de volonté. Issue de la meilleure des écoles, elle est de ceux qui gèrent leur couple comme une entreprise. Mais dans l’entreprise qui l’emploie, justement, rien ne va plus. Elle avait le vent en poupe chez Nutribel, voilà qu’on lui retire son projet-phare et qu’on lui en confie un autre qui bientôt est abandonné. L’on s’aperçoit dans le même temps que son bureau mesure quelques mètres carré de plus que ce à quoi la classification de son poste lui donne droit, et l’on rapproche les murs.

A mesure que le temps passe, ce sont tous les murs qui se rapprochent, y compris les murs invisibles. Claire s’enferme dans le silence de son placard. Même à son conjoint, elle n’ose rien dire. Du lundi au vendredi, la première personne à qui elle s’adresse désormais est celle qui lui sert son plat à la cantine.

 

Dans ce premier roman bref et rythmé, Stéphanie Dupays, dont le parcours affiche quelques similitudes avec celui de son héroïne, dresse le portrait d’une jeunesse sacrifiée à l’essor de l’entreprise, de jeunes gens qui, s’ils ne sont pas bien nés, ont reçu très tôt les armes utiles aux combats de la vie, et auxquels l’entreprise donne une identité.

C’est aussi une intéressante peinture de l’entreprise, avec ses codes et ses jeux de rôle, sa logique de puissants et de courtisans, sa complaisance et sa cruauté. Et un texte qui met en scène des personnages déshumanisés : car les armes que ces jeunes gens brillants ont reçues ou gagnées ne sont utiles que pour collectionner les titres de gloire et sauver les apparences, et elles n’empêchent nullement de passer à côté de ce qui est essentiel pour vivre.

 

Mercure de France, janvier 2016, 180 pages, 17 €

 

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Alexandre Lacroix, L’homme qui aimait trop travailler

Fabienne Swiatly, Gagner sa vie

Frank De Bondt Le bureau vide

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Delphine de Vigan, Les Heures souterraines

Thomas Zuber et Alexandre Des Isnards, L’open space m’a tuer

Toute la rentrée d’hiver 2016

Tous les premiers romans

Extraits :

 

« Tout privilège suscite chez ceux qui en sont exclus l’envie d’y accéder ». (page 9)

 

« Les gens finissent par se ressembler à force de vouloir les mêmes choses. » (page 18)

 

« La réussite est une question de volonté. » (page 32)

 

« Le désarroi est bon pour le commerce. » (page 56)

 

« Le surmoi a remplacé le contremaître. » (page 56)

 

« Le surmoi est plus sévère que la pointeuse. » (page 104)

 

« Le vide est encore plus épuisant que l’urgence. » (page 166)

J’ai toujours ton cœur avec moi, Soffía Bjarnadóttir

Présentation de l’éditeur :

jaitoujourstoncuravecmoiplat1-l-572127Phénix excentrique tant de fois ressurgi de ses cendres, Siggý n’est plus. Elle qui n’a jamais été là pour personne a légué à sa fille Hildur son mal étrange et une petite maison jaune sur l’île de Flatey.

Une lettre de sa mère pour seul viatique, Hildur s’embarque vers ce point minuscule perdu dans l’océan. Avec pour ange tutélaire l’homme aux yeux vairons. Et une foule de souvenirs sans pareils – les extravagances de Siggý et de son voisin Kafka, les mantras de grand-mère Láretta contre les idées noires, l’appel des phoques sacrés ou les fantômes de la rue Klapparstígur… Qui tous portent la promesse d’une singulière renaissance.

Comme une consolation venue d’ailleurs, J’ai toujours ton cœur avec moi est la belle chronique de ces quelques jours sans boussole – mélancolique, insolite et décalée.

 

Hildur enterre l’auteur de ses jours. Mais la mort de Siggý, sa « maman qui jamais n’endossa le rôle de mère », que l’on peut croire alcoolique quand elle n’est qu’ « ivre de naissance », est l’occasion de convoquer Lire la suite

Cher Zoo, Rod Campbell

Présentation de l’éditeur :

Cher_ZooSoulève les rabats et découvre ce que le zoo t’a envoyé :

peut-être l’animal de compagnie dont tu rêves !

 

Un enfant écrit au zoo pour avoir un animal. Le zoo lui répond en lui envoyant dans une caisse… un éléphant ! C’est bien trop gros pour l’enfant. Il le renvoit et demande autre chose… Lire la suite

Ta façon d’être au monde, Camille Anseaume

Présentation de l’éditeur :

COUV_CA_TA_FACON_HD« C’est l’heure du départ, la fin de l’été. Il faut rentrer. Dans la chambre, je reste transie, incapable de bouger. C’est l’angoisse et les regrets qui me paralysent. Je comprends que je n’ai pas pris le temps de défaire mes valises, ni même de regarder à la fenêtre. Maintenant que je réalise qu’on y voit la mer, il est temps de m’y arracher. Le séjour est passé sans moi. J’étais là, et je ne le savais pas. J’en conçois une tristesse et une culpabilité infinies, sans commune mesure avec les faits. Tu connais ce rêve étrange que je t’ai souvent décrit.
Il m’a hantée chaque nuit pendant des années. Et puis un jour je ne l’ai plus fait.
Ce jour-là, j’ai compris que l’été avait duré vingt-six ans. »

Elles sont amies d’enfance. L’une est inquiète, rêveuse, introvertie ; l’autre est souriante, joyeuse, lumineuse. Ensemble, elles grandissent, découvrent la vie, l’amour. Jusqu’à ce qu’un drame bouleverse le monde qu’elles se sont bâti… Un roman poignant sur l’amitié, le deuil, et sur ce point de bascule irréversible qui sonne la fin de l’insouciance.

 

J’avais été séduite par le premier roman de Camille Anseaume, Un tout petit rien. Je me réjouissais de retrouver la plume et la sensibilité de l’auteur. Il m’aura fallu attendre la deuxième partie de ce deuxième roman pour l’apprécier à nouveau. La première partie, chronique de deux enfances puis de deux adolescences croisées, m’a ennuyée par son propos, agacée par sa forme (l’une des protagonistes est « elle », l’autre est « tu » – intéressant en théorie, perturbant à la lecture – inutilement, m’a-t-il semblé). Les choses n’y sont qu’effleurées, quand il y aurait eu à dire sur cette somme de passages initiatiques qu’est l’enfance, cet âge où l’on n’espère rien tant que s’attirer des ennuis qu’est l’’adolescence.

 

Survient le drame par lequel le roman commence enfin. Là se révèlent la justesse et la lucidité de Camille Anseaume, qui parvient à saisir ce qui se trouve bouleversé par la conscience que plus rien ne sera parfait, désormais ; que plus rien ne sera pareil, du moins.

Il n’y a pas de bon âge pour prendre conscience de sa mortalité. Entre la narratrice et Justine, sa meilleure amie, sa presque sœur, les choses réputées acquises se trouvent bouleversées par le deuil. Camille Anseaume raconte les attentes et les absences qui sont parfois plus douces que les présences et comment, avec la conscience nouvelle d’appartenir aux vivants, se retrouve peu à peu le goût de vivre.

Elle dit surtout combien les amis peuvent être des alliés précieux pour trouver sa place dans le monde. Même si l’amitié parfois repose sur un contrat percé de coups de canif.

Car l’amitié est le véritable sujet de ce roman, qui sans avoir l’air d’y toucher saisit ce qui fait l’essence des groupes de potes, et il est trop rarement traité en littérature pour qu’on passe à côté quand c’est fait aussi joliment.

 

Éditions Kero, janvier 2016, 234 pages, 17,90 €

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Un tout petit rien

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Entre les pages :

 

« La beauté est un danger. » (page 71)

 

« Elle va enfin pouvoir faire de sa vie une habitude. » (page 96)

 

« Elle s’aime si peu qu’elle refuse d’estimer quelqu’un qui la considère. » (page 103)

 

« Les nouvelles vont vite, surtout quand elles sont tristes. » (pages 135-136)

 

« On n’envisage jamais vraiment la possibilité de parler de ses amis à l’imparfait. » (page 142)

 

« Toutes les veuves ont 70 ans. » (page 151)

 

« Il y a quelque chose de parfait dans l’imperfection du moment. » (page 168)

 

« Un ange passe, dont on connaît tous le prénom. » (page 189)

 

« Ça fait maintenant six mois que c’est dimanche soir dans ta vie. » (page 201)

 

« Voilà ce qu’a été ma vie. Une maison secondaire face à la mer, dont j’ai longtemps perdu les clés. » (page 210)

 

« On est tous des maisons secondaires, pour soi-même et pour les autres. » (page 211)

 

« Savoir qu’on est heureux, c’est la moindre des politesses. » (page 221)

Le chat Beauté, Florence Hinckel

Présentation de l’éditeur :

chat beauteJe suis un chat et je m’appelle Pitre. Ce que je préfère dans la vie, c’est faire la sieste sur mon coussin douillet. Malheureusement, mes maîtres ont toujours plein d’idées pour troubler ma tranquillité. La dernière : me faire participer à un concours de beauté !

 

Entre Malo, le magnifique chat de la voisine, et Pitre, la guerre est déclarée. A moins que ce ne soit entre leurs maîtres respectifs ? De part et d’autre de la haie, on décide de se servir du chat pour regagner sa dignité. Et le vainqueur sera désigné lors d’un concours de beauté auquel Pitre a moins que jamais envie de participer. Même s’il déteste perdre !

 

Dans ce roman de la série des aventures du chat Pitre, qui peut parfaitement se lire isolément, Florence Hinckel adopte Lire la suite

Télé Bertille : La petite mauvaise humeur, Isabelle Carrier

Tele Bertille 3Bertille a 5 ans. Elle va à la médiathèque. Chaque jeudi, elle présente une découverte qu’elle a aimée ; chaque samedi, on la retrouve ici.

Il n’est jamais trop tôt pour partager ses passions.

 

 

La petite mauvaise humeur, d’Isabelle Carrier, éditions Bilboquet, 2011

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Télé Bertille 4 : Dans la cour de mon école, Sylvain Victor

Télé Bertille 3 : Adrien qui ne fait rien, Tony Ross

Télé Bertille 2 : Tandem, Séverine Vidal & Irène Bonacina

Télé Bertille 1 : Crin-Blanc, Albert Lamorisse

Voyage au bout du livre #6 : Importer en France des romans étrangers inédits

SA-voyage-au-bout-du-livreVoyage au bout du livre, c’est le titre de l’une des rubriques que je propose sur la plateforme Les Nouveaux Talents.

De l’éditeur au traducteur en passant par les animateurs d’atelier d’écriture, la rubrique Voyage au bout du livre est un patchwork de tous les métiers qui accompagnent le manuscrit jusqu’à ce qu’il devienne un livre.

 

Comment les ouvrages publiés chez nos voisins se retrouvent-ils sur les tables des librairies françaises ? Germaniste, lecteur et traducteur pour plusieurs maisons d’édition, Brice Germain, 34 ans, nous fait découvrir ce parcours peu connu au travers de son expérience du roman allemand.
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Donner à l’éditeur de la matière pour prendre la meilleure décision

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