Pourquoi écrivez-vous, Julie Moulin ?

Julie Moulin (c) Coline Sentenac

Julie Moulin est née en 1979 à Paris.
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Jupe et Pantalon est son premier roman.

 

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Photo © Coline Sentenac

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Pourquoi écrivez-vous ?

J’écris pour penser le monde. Je lutte souvent avec les mots, les phrases ; écrire relève de la nécessité davantage que du plaisir. Quand j’écris, je me sens citoyenne.

 

J’ai renoncé à me comparer aux Grands Auteurs. Ils seront toujours plus grands que moi. Mais peut-être que certains lecteurs trouveront du réconfort ou bien matière à réfléchir dans mes romans, de la même manière que, lectrice, je m’en remets parfois aux écrivains peuplant ma bibliothèque.

 

Moulin 1J’écris dans l’espoir de laisser des traces, une sorte de témoignage. Il ne s’agit pas de me forger une biographie, de m’octroyer une forme d’immortalité ou d’universalité dans le roman. Je n’écris pas pour obtenir de la reconnaissance. J’écris des récits possibles de l’époque dont je suis contemporaine.

 

Je n’ai pas pour autant le souci du vrai et du réel. Influencée par les auteurs russes, je nourris un goût prononcé pour l’absurde et le grotesque ; le rabaissement est une technique que j’affectionne pour dire le lourd, le grave. Loin de moi l’idée de m’inscrire dans une littérature engagée, de me draper dans l’humour afin de diffuser, sous le masque de guignol, des idées. J’aspire à partager une vision singulière du monde au travers de la fiction.

 

Suite aux attentats du 13 novembre 2015, Laurent Mauvignier a signé un article majeur dans le Monde des livres. Le roman, écrit-il, est profondément humain. J’attache une importance particulière aux tourments, aux mouvements intérieurs de mes personnages. À la lecture de cet article, j’ai pris conscience de la nécessité, aussi, de m’intéresser scrupuleusement aux personnages secondaires. Étendre notre bienveillance à tous, c’est affirmer la singularité et la nécessité de chacun. J’écris en quête de l’humain.

 

Bien que l’acte d’écrire soit un acte solitaire, au risque d’isoler l’auteur, son aboutissement dans le livre comporte une fonction sociale importante. L’auteur invité à des signatures ou des présentations va à la rencontre de ses lecteurs, se soumet à leurs questions et leurs jugements. Ensemble, ils initient un dialogue et tissent des liens. L’auteur et son lecteur font société.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un aspirant écrivain ?

Moulin 2J’ai retourné la question plusieurs fois, je l’ai emmenée dans mon lit, sous ma douche, au volant, mais voilà, la primo-romancière a-t-elle légitimité à répondre ? Je suis parvenue difficilement à étouffer ma culpabilité sous l’oreiller et noyer mon sentiment d’usurpation pour me concentrer sur la question. Alors voilà mon premier conseil, cher collègue : éloigne ce qui en toi fait obstacle à ton envie d’écrire. Écris.

 

Lorsque je suis passée à l’acte, j’ai cessé de lire. Je me devais cela, de découvrir ce qu’il y aurait d’intrinsèque dans ma manière d’écrire, dans le contenu de mon récit. Ce fut une expérience tout à la fois jouissive et pénible. C’est encore ces deux sentiments qui m’habitent alors que je travaille sur un deuxième roman. Si j’ai une vision globale du sujet que j’ai l’ambition de traiter, je n’ai pas de plan préalable, je ne m’appuie sur aucune trame bien définie. Je me jette à l’eau, je prends un risque, je perds le contrôle ; et j’en souffre beaucoup. Cher collègue : donne cette liberté à tes personnages, quoiqu’il t’en coûte, de ne pas évoluer dans le sens que tu avais vaguement prévu pour eux.

 

Puis vient le temps de la réécriture. Pour ma part, c’est ce mouvement que je préfère, ajuster une phrase, travailler le rythme du texte, écouter sa musique, tenter de le rendre mélodieux, chercher le mot juste. C’est un travail laborieux, décourageant parfois – ces passages sur lesquels on a tant transpiré et qu’il faudra pourtant effacer – mais je me sens davantage la main sur le texte que lors du mouvement créatif initial. Je lis beaucoup à ce moment-là, je tiens un lexique, je prends des bains de mots, je demande des conseils. Cher collègue : ne ménage pas ta peine, pour écrire il faut peut-être un peu de talent, mais surtout beaucoup de travail, de la patience et une grande ténacité.

 

Précédent rendez-vous : Amélie Nothomb

Prochain rendez-vous : Julien Jouanneau

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