Barbe rose, Mathieu Simonet

Présentation de l’éditeur :

Barbe roseAprès La Maternité, consacré à sa mère, Mathieu Simonet reconstitue dans ce livre la personnalité de son père, écrivain, fou de littérature et supportant de moins en moins la vie sociale. Dans une alternance de scènes drôles ou émouvantes, mais aussi d’extraits de lettres échangées avec le romancier et éditeur Jean Cayrol, de fragments de journaux intimes et de livres inachevés, l’auteur sonde la psychologie de cet homme angoissé et bienveillant, tolérant et fuyant, fantasque et imprévisible. Il tente de donner forme à l’œuvre virtuelle que ce père biologique et littéraire n’aura jamais publiée. Sans vouloir figer une image globale de cette figure paternelle, il esquisse un véritable manifeste de l’écriture morcelée et intime, en rendant compte des rapports complexes, d’amour et de rivalité, entre père et fils. Au point de se demander si, au fond, cette esthétique du fragment, qu’il défend jusque dans sa vie personnelle et professionnelle, il ne la tient pas de ce père, attachant et insaisissable.

 

Mathieu Simonet écrit sur son père. Pour ce faire, il propose un « polyptyque autofictionnel », d’après l’expression de Sean J. Rose (Livres Hebdo, 5 février 2016). Il assemble, rassemble, coupe et intercale, proposant un collage (lettres, pensées, dialogues, texto…) par lequel il offre au lecteur de marcher avec lui dans les pas paternels.

Mathieu Simonet a publié plusieurs livres. Son père était « un écrivain qui ne publie pas ». Mais un écrivain qui lui a transmis l’écriture en héritage. Et dont le fils fait un écrivain en publiant dans son propre livre des extraits de ses lettres et de ses manuscrits.

Mathieu Simonet est un fils fasciné par l’homme qu’était son père avant qu’il ne soit père. Entre eux, l’écriture comme lien. Avec pour ambition éternelle de réparer la cicatrice.

Et si, en tentant d’analyser la folie de son père, Mathieu prenait conscience de la sienne ? Des chercheurs ont déclaré la schizophrénie héréditaire. Mais on peut être fou sans jamais avoir été interné à Sainte-Anne.

« La Cour de cassation a posé pour principe que la liberté de l’écrivain a rigoureusement la même valeur que le respect de la vie privée d’autrui (écrire sur mon père est donc strictement autorisé ; et strictement interdit). »

Barbe rose est un livre généreux et triste, impudique et tendre, violent et touchant, lent et rythmé, dans lequel on retrouve la langue inimitable de son auteur. Mathieu Simonet se souvient du génie de l’enfance, et ce qui rend son roman formidable. De son propre aveu, il s’est construit pas l’écriture. Visiblement, il continue de le faire. Souhaitons-lui que ce livre le rende plus solide pour résister aux éléments que l’existence déchaîne.

 

Éditions du Seuil, mars 2016, 192 pages, 16 €

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Indiscrétions :

 

« Je joue l’enfance à chaque livre. » (page 24)

 

« Pour écrire, il faut que le temps soit rare. Il ne faut pas qu’il le soit trop, mais il faut qu’il le soit un peu. » (page 58)

 

« Un roman, c’est comme un sudoku : tout a déjà été écrit ; tout a une place. Il faut tâtonner pour effleurer les bonnes combinaisons. » (page 59)

 

« L’art c’est réaliser des rêves d’enfant avec des gestes d’adulte. » (page 62)

 

« Les livres sont des médicaments ; ils ne sont pas à prescrire à tous. » (page 69)

 

« L’écriture est un pansement que je pose sur ma bouche. » (page 83)

 

« Il faut accepter de laisser dans l’écriture, dans chaque livre, une cicatrice. » (page 91)

 

« Son empathie ressemblait à du sirop d’enfance. » (page 98)

 

« Je n’écris pas toujours bien, mais j’écris. » (page 107)

 

« Il y a des membranes mystérieuses entre les faits réels et les mots écrits. Elles sont indécelables pour le lecteur. » (page 112)

 

« La mort de maman m’avait rendu adulte. » (page 124)

 

« Un livre est nécessaire lorsqu’il nous dépasse. » (page 126)

 

« L’imaginaire est une cicatrice. » (Hubert Aquin, cité page 141)

 

« Mon écriture est consanguine. » (page 159)

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